Corse : qui a décimé le puissant gang de la Brise de mer ?

Le gang corse de La Brise de mer a perdu l'un de ses derniers barons avec la fusillade du 7 juillet 2012. Vengeance ? Racket ? Elimination d'Etat ?
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Après que Suite 101 ait révélé, le 8 août 2012, que Maurice Costa, dirigeant présumé du grand banditisme corse, avait été tué au fusil de chasse le 7 août 2012 dans une boucherie de Ponte-Leccia en Haute-Corse, le Monde.fr publie dans son édition numérique du 09 août 2012 à 14h39, sous la plume d'Yves Bordenave, une enquête sur la disparition du "dernier baron de la Brise de mer", en résumant la fin de carrière en ces termes "Une rafale tirée mardi 7 août à Ponte-Leccia (Haute-Corse) a fini de balayer ce qui restait du gang de La Brise de mer ....".

Il est vrai que les tueurs, non identifiés comme dans les précédentes affaires criminelles, ont abattu l'une des toutes dernières figures de cette redoutable organisation de voyous, constituée en Corse à la fin des années 1970. Avec quelques autres, dont Francis Mariani, Richard Casanova, Pierre-Marie Santucci ou Francis Guazzelli, tous morts de manière violente, au cours des quatre dernières années, Maurice Costa était suspecté par la police et la justice d'être l'un des piliers de cette association de malfaiteurs, spécialisée dans le braquage, le racket et le meurtre.

Des spécialistes des attaques à main armée visant les banques

La récente enquête de Suite 101, qui révélait que deux tueurs avaient abattu Maurice Costa dans une boucherie, a tenté d'expliquer ce regain de violence en Corse. Car le grand public se pose une question : "Que se passe-t-il en Corse ?" L'île connait un regain de tension, et, depuis plusieurs mois, les parains tombent comme des mouches. Même les figures historiques de la Brise de mer, équipe légendaire et redoutée du banditisme insulaire, tombent les unes après les autres. Des règlements de comptes internes ? Cela ressemble en tout cas à la fin d'une époque et rappelle les réglements de compte à Marseille à la fin des années 1970, lorsque Jacky Imbert fut le seul survivant, sur les braises de l'empire Guérini...

L'homme est discret. Il fuit les journalistes "comme la peste", d'autant plus qu'il se dit "rangé des voitures". Il veut surtout qu'on lui "fiche la paix", car il est un honnête retraité. Surtout pas un parrain, encore moins "un juge de paix du milieu". Pourtant, Jacky Imbert , dit "le Mat" (surnom qu'il déteste) est une légende, un "dieu vivant" pour tous les jeunes truands. Pour les anciens aussi. A son époque de gloire, Marseille n'avait rien à envier aux Pâques "sanglantes" en Haute Corse et aux assassinats de Jo Sisti et de J-L Chiodi, ou aux actes de violences perpétrés à Ajaccio, Propriano, Sartène, Porto-Vecchio, Vezzani, avec des meurtres toujours pas élucidés.

(lire aussi sur Suite101: Jacky Imbert, l'immortel parrain marseillais, une légende vivante | Suite101.fr )

Un commissaire de police, longtemps en poste en Corse, joint par téléphone, confie : "C'est une règle immuable, une loi d'airain, que l'on navigue sur l'océan ou dans le milieu : les vents les plus tempétueux finissent par tourner. La Brise de mer, légendaire équipe de malfaiteurs bastiais, connaît ces derniers mois des convulsions dont elle aura du mal à se relever. La Brise agonise, soldant dans le sang les comptes des Trente Glorieuses du banditisme insulaire.....".

Force est de constater quele milieu corse est décimé en rafales et qu'on assiste à une vraie boucherie sur l'îleSans jeu de mots avec le lieu du dernier crime !

Un commissaire de police, d'origine Corse, ayant dirigé le SRPJ sur l'île de Beauté, raconte : "A son apogée, dans la période des années 1980 et 1990, La Brise de mer, qui tirait son nom d'un bar du vieux port de Bastia où ses membres avaient l'habitude de se réunir, a procédé à plusieurs dizaines d'attaques à main armée contre des banques, en France et en Suisse. Ses membres, qui agissaient souvent en ordre dispersé, se partageaient également le contrôle des établissements de nuit et des jeux clandestins sur l'île et sur le continent, notamment dans la région d'Aix-en-Provence. .."

Tous les chefs de la Brise de mer ont péri sous les balles

Le policier se veut le témoin d'une époque héroïque, où flics et truands se côtayaient le soir pour échanger des renseignements, sans risquer de "se retrouver en taule comme dans l'affaire Neyret" :"A partir de fin 2006, début 2007, la bande a commencé à se déchirer. A tel point que, depuis 2008, les meurtres entre anciens amis se sont enchaînés. Les ex-comparses de Maurice Costa, à savoir Mariani, Casanova, Santucci, etc, ont tous péri sous les balles et lors d'une explosion d'origine probablement criminelle.

"Le conflit s'est noué après la mort accidentelle de Jean-Jérôme Colonna, dit Jean-Jé, en novembre 2006, décédé d'une crise cardiaque au volant de sa voiture sur une route de Corse-du-Sud. Jean-Jé, 67 ans, était considéré comme le "parrain" du sud de l'île. Il avait fait ses armes au début des années 1970 avec l'équipe de la French Connection, à Marseille. Arrêté en 1974 pour trafic de stupéfiants, il s'était évadé l'année suivante. En 1985, après dix ans de cavale, du Brésil aux Etats-Unis, il était revenu en Corse, à Propriano en Corse-du-Sud, d'où il faisait régner l'ordre. Sur l'île, sa disparition soudaine a aiguisé des convoitises, notamment au sein de La Brise. La rivalité, d'abord sourde, entre Richard Casanova et Francis Mariani s'est très vite envenimée. Chacun a été sommé de choisir son camp dans un affrontement interne où les morts ont appelé les morts.....".

Onze assassinats en quatre ans : les membres de la Brise de mer tombent comme des mouches

Dans son enquête de terrain, la Monde.fr conforte les investigations de Suite 101 en relatant que "les "fondateurs et "historiques" s'entre-tuent. Cette guerre concerne aussi les seconds couteaux et n'épargne pas les plus jeunes. Maurice Costa, qui tentera de jouer les bons offices, en sait quelque chose. En décembre 2010, Florian Costa, 30 ans, son neveu, est exécuté à Biguglia (Haute-Corse), alors qu'il rentrait chez lui, au volant de sa voiture avec ses enfants âgés de 5 ans et 8 mois installés sur le siège arrière. Au cours des quatre dernières années, les policiers dénombrent onze assassinats dont les victimes auraient appartenu à La Brise.

"A ce jour, ajoute la redaction du Monde.fr, ces meurtres restent non élucidés. Se sachant lui aussi menacé, Maurice Costa ne se montrait guère. Il limitait les déplacements et passait le plus clair de son temps au village, à Moltifao, fief de la famille. Las. Mardi matin, il était descendu de ce village perché à flanc de montagne en Balagne – dont Jacques, l'un des frères de Maurice, est maire et conseiller général (PRG) – pour faire des courses à Ponte-Leccia. C'est là qu'il a été pris pour cible. Alors qu'il attendait son tour à la boucherie, deux hommes au visage dissimulé sous des cagoules se sont approchés du magasin. L'un d'eux a tiré à travers la vitrine, blessant au passage une cliente.

"Prise en charge par les secours, elle ne souffre que de légères éraflures. Maurice Costa lui, s'est effondré. Atteint d'au moins trois impacts, dont l'un au thorax, l'homme était déjà mort lorsque les premiers secours sont arrivés. Selon les constatations, l'arme utilisée serait un fusil de chasse. Quatre étuis de chevrotine ont été découverts sur les lieux. Comme c'est souvent le cas dans ce genre de guet-apens, une voiture incendiée a été retrouvée à quelques kilomètres de la scène de crime, moins d'une heure plus tard. Maurice Costa avait sa fiche au grand banditisme depuis le début des années 1980. Sa dernière mise en examen datait de 2010. Il était mis en cause en compagnie de son frère Dominique dans une affaire de blanchiment et d'extorsion de fonds, toujours en cours d'instruction à la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille....".

Maurice Costa était le dernier des évadés de Borgo

D'après un commissaire de police, en poste sur lîle de Beauté, et qui connaissait bien Maurice Costa, "l'homme était présenté comme l'un des parrains de la "Brise de mer". Parmi les exploits qui lui sont imputés, Maurice Costa s'était notamment évadé, en Juin 2001, par la grande porte de la prison de Borgo, près de Bastia, grâce à un envoi à la maison d'arrêt par télécopie d'un faux document judiciaire prononçant son élargissement. Sur les trois "évadés", seul Maurice Costa était encore vivant...

"Le célèbre Francis Mariani avait été tué, en janvier 2009, dans l'explosion d'un hangar agricole à Casevecchie. Pierre-Marie Santucci, qui avait porté le cercueil de son ami Francis Mariani, tombait sous les balles de tueurs un mois plus tard.

"Recherché par la police dans la cadre d’exploitation illégales de machines à sous et de blanchiment d’argent, Maurice Costa s’était rendu à la gendarmerie de Moltifao, en 2010....".

Réglements de comptes ou barbouzes ?

Après l'épisode du préfet Bonnet, l'évasion de Borgo, qui avait ridiculisée le ministre de la Justice et l'Etat centralisateur Français et les pouvoirs publics parisiens, les matons, les shérifs du SRPJ, les gendarmes, etc, certains connaisseurs des dossiers corses n'exclent pas l'hypothèse de "barbouzes" pour éviter des révélations lors de procès retentissants....

D'autres penchent pour des réglements de comptes, des vengeances, la montée en puissance de jeunes voyous. Toujours est-il que les enquêteurs de la gendarmerie ou de la police n'ont obtenu aucun résultat tangible ces quatre dernières années !

Les derniers assassinats spectaculaires visant la Brise de mer

Une longue série d'assassinats a endeuillé l'organisation ces quatre dernières années, alors que les flics semblaient compter les points. Presque un scénario du type "Ne réveillez pas un flic qui dort" ou "le grand pardon".

23 avril 2008 Richard Casanova, 51 ans, l'un des fondateurs de La Brise de mer, suspecté d'être l'un des auteurs du braquage de l'UBS à Genève en 1990 (31 millions de francs suisses de butin jamais retrouvés), est sauvagement abattu à Porto-Vecchio (Corse-du-Sud).

12 janvier 2009 Francis Mariani, 59 ans, considéré comme l'un des "parrains" de La Brise, meurt dans l'explosion d'un véhicule à Antisanti (Haute-Corse).

11 février 2009 Pierre-Marie Santucci, 52 ans, est tué d'une balle à Arena-Vescovato (Haute-Corse).

15 novembre 2009 Francis Guazzelli, 55 ans, est pris pour cible au volant de son pick-up à Penta-di-Casinca (Haute-Corse).

7 août 2012 Maurice Costa, 60 ans, est assassiné dans une boucherie à Ponte-Leccia (Haute-Corse).

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