Cruiser étendu au Colza : Bruno Le Maire défie la justice

Le ministre de l'Agriculture vient d'étendre l'autorisation du Cruiser au colza alors que le Conseil d'Etat a déjà annulé les autorisations précédentes.

Coup de tonnerre dans les campagnes françaises ( http://lesmielsbio07.onlc.fr/ ) après l'annonce faite le 16 juin 2011 ! Le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire vient d'étendre l'autorisation de mise sur le marché de l'insecticide Cruiser au colza. Une fois de plus, le ministre de l'Agriculture défie le Conseil d'Etat, juridiction l'ayant plusieurs fois condamné dans ce dossier.

Le Conseil d’Etat, plus haute juridiction administrative, a déjà annulé les autorisations de mise sur le marché du Cruiser, qui avaient été délivrées par le ministre de l'Agriculture en 2008 et 2009 et la même juridiction doit se prononcer dans les prochains mois sur l’annulation de l’AMM (autorisation de mise sur le marché) délivrées pour les années 2010 et 2011.

Le Cruiser 350 interdit dans presque tous les pays Européens

Le 16 février 2011, alors que débutait le salon international de l'Agriculture à Paris, le Conseil d’Etat avait rendu son délibéré dans l'affaire du Cruiser 350 et avait annulé deux décisions du ministre autorisant la mise sur le marché de l’insecticide pour les années 2008 et 2009. Comme indiqué dans Le Cruiser 350 face au Conseil d'Etat (Suite 101 du 25 janvier 2011) , le rapporteur du gouvernement avait requis, lors des débats, cette annulation en raison de la dangerosité du produit pour l'environnement, et la condamnation du ministre.

A l'origine de cette procédure, plusieurs associations de défense de l’environnement et syndicats agricoles, notamment d’apiculteurs, contestaient les décisions prises par le ministre de l’Agriculture et de la Pêche, sur avis de l’AFSSA, d’autoriser, pour 2008 et 2009, la mise sur le marché du produit phytopharmaceutique «Cruiser» pour un usage en traitement de semences dans la culture du maïs. Les motivations de la justice étaient développées dans l'article de Suite101: Cruiser 350 : le Conseil d'Etat désavoue Bruno Lemaire.

Un manque de respect de la législation

Par la voix de Chrystel Bonnafoux, l’Union Nationale de l’Apiculture Française s’indigne «une fois de plus d’un manque de respect de la législation. Cette décision est d’autant plus regrettable que le colza restait une des rares cultures non traitées d’un attrait majeur pour nos colonies d’abeilles. Après les quatre autorisations successives de mise sur le marché du Cruiser sur le maïs (de 2008 à 2011) et malgré l’annulation des autorisations de 2008 et 2009 par le Conseil d’Etat en février dernier, le ministère de l’Agriculture vient donc de délivrer une nouvelle autorisation de mise sur le marché à Syngenta pour un nouveau Cruiser pour le traitement des semances de colza...»

Autorisé en mai 2011 par le ministère de l’Agriculture sur un avis favorable de l’ANSES d’octobre 2010 (seulement publié aujourd’hui), le «Cruiser OSR» contient trois substances actives : le thiaméthoxam (un insecticide), le fludioxonil et le métalaxyl-M (tous deux des fongicides). Le thiamethoxam, est à l’origine de cas avérés d’intoxication d’abeilles. Son autorisation sur le colza, plante très visitée par les hyménoptères, est gravissime pour l’avenir du cheptel apicole français, ajoutent les responsables de l'apiculture française.

Les apiculteurs dénoncent le mépris du ministre pour les abeilles

Dans différentes régions de France, les condamnations sont unanimes. Ainsi, le président de l'Abeille Ardéchoise et Drômoise, affilié à l'Union Nationale de l'Apiculture Française, et qui regroupe de nombreux apiculteurs professionnels, pluriactifs et familiaux dans la vallée du Rhône, déplore : «C’est un nouveau coup dur pour tous les apiculteurs, pour les abeilles et pour la biodiversité. C'est terrible ! Force est de constater le désintérêt et le mépris du ministère de l'Agriculture pour l'apiculture et les abeilles, et nous craignons un printemps 2012 silencieux dans les plaines de colza ...»

Cette mesure gouvernementale à contre courant intervient alors que les populations d’abeilles domestiques ou sauvages ne cessent de décroître et pourtant, elles sont indispensables à la survie de milliers d’espèces de plantes à fleurs cultivées et sauvages.

Cette autorisation nuisible à l'environnement est prise alors que sur tous les continents, les abeilles domestiques meurent par milliards. Les causes sont multiples : pesticides, eaux polluées, maladies, nouveaux prédateurs, insecticides, absence de biodiversité florale, parasites, etc. L'Europe et la France n'échappent pas à ce dramatique phénomène, et des dizaines de milliers d'apiculteurs voient leurs ruches se vider en période de floraison. Les abeilles partent butiner et ne reviennent jamais à la ruche. A croire que Maya et ses sœurs se «cachent pour mourir». Suite101 a analysé ce phénomène dans l'article Biodiversité menacée: les abeilles se cachent pour mourir.....

Face à cette dramatique situation, le président de l'Abeille Ardéchoise et Drômoise ajoute : «Nos abeilles sont de véritables détecteurs de pollution, des sentinelles de l’environnement : lorsque celui-ci se trouve dégradé par des polluants agricoles. Le déclin et la mort des abeilles alertent immédiatement les apiculteurs qui en ont la garde, et nos abeilles sont les premières victimes d'un environnement pollué qui menace l'homme et toutes les espèces !»

Pour de nombreux apiculteurs français ( http://lesmielsbio07.onlc.fr/ ), cette décision gouvernementale contestée appelle une question : «Le lobby des industriels de l'insecticide a-t-il infiltré les plus hautes sphères de l'Etat français ?»

Lire aussi : Alain Louy, avocat à Strasbourg, a tenté de réduire les droits d'un papa apiculteur, en présentant les abeilles comme féroces, à la veille d'Apidays. Echec.

Suite101: Veille d'Apidays, un avocat strasbourgeois attaque les abeilles

Sur le même sujet