Depuis 1540, les julliat cultivent la pomme de terre à St-Alban

Les premières tubercules de France ont été ramenées en Ardèche par le moine Sornas, qui rentrait d'Amérique pour une retraite à Saint-Alban-d'Ay, en 1540.
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Dans ce Nord Ardèche aux rudes hivers et aux étés chauds et secs, certaines familles de paysans ont reçu les premières tubercules au XVIe siècle, des mains du moine Franciscain Sornas. Comme les rois de France recevaient les huiles Saintes en la cathédrale de Reims pour leur couronnement.

Depuis cette époque de rude étoffe, des familles d'agriculteurs ont perpétué la tradition de la culture de la pomme de terre, de père en fils, sur les meilleures terres, avec un savoir-faire remarquable. Dans le hameau de Ménétrieux, à quelques kilomètres de Bécuse, le berceau historique, c'est le cas de la famille Julliat. Chaque année, plusieurs hectares de pommes de terre prospèrent autour de la ferme. Pas de présence au salon international de l'Agriculture pour les Julliat, mais un travail de sélection et de qualité, bien local a l'abri des caméras et des médias.

Tous les historiens sont d'accord. Le moine Sornas a précédé Parmentier dans l'introduction de la pomme de terre en France. Celle-ci dite «truffole» a été introduite pour la première fois en France en 1540 au lieudit Bécuse, paroisse de Saint-Alban d'Ay. « La culture de la Truffole s'étendit aux localités et villages voisins : Annonay, Satillieu, Saint-Romain d'Ay, Saint-Jeure d'Ay, Préaux, Saint-Symphorien-de-Mahun, Quintenas, Roiffieux et Vanosc », précise Eric Joffre, l'un des fondateurs et animateurs de l'association La Truffole, chargée de promouvoir cette richesse locale.

Le témoignage de l'agronome Olivier de Serres

Aux archives départementales de Privas, la pomme de terre est signalée par Olivier de Serres sous le nom de «cartoufle» en 1600 et sa vente est attestée sur le marché de la place Grenette à Annonay en 1694, bien avant les premiers travaux de Parmentier, qui remontent seulement de la fin du XVIIIe siècle.

« Nombreux sont les ouvrages qui mentionnent l'histoire fabuleuse de l'introduction de la pomme de terre en Vivarais », explique pour sa part Joël Ferrand, consul adjoint de France à Genève et actuel président de La Truffole. Il cite le texte de 1785 du marquis de Satillieu, Charles du Faure de Saint-Sylvestre, homme de lettres et politique ardéchois, député de la noblesse sous la Révolution et premier président du Conseil Général de l'Ardèche en 1802.

Ce dernier écrivait: « La pomme de terre était connue sous le nom de truffole, et c'est vers 1540, dans notre Haut-Vivarais, sur le territoire du village de Saint-Alban d'Ay, au hameau de Bécuze à trois lieues d'Annonay que ce tubercule a été semé pour la première fois dans le Royaume, ayant été importée par un moine franciscain de Tolède, en Espagne, nommé Pierre Sornas, natif de Bécuze, qui très âgé, s'était retiré dans sa famille. »

De Saint-alban d'Ay, la culture de la truffole s'étendit aux localités et villages voisins: Annonay, Satillieu, Saint-Romain d'Ay, Saint-Jeure d'Ay, Préaux, Saint-Symphorien-de-Mahun, Quintenas, Roiffieux et Vanosc, puis dans toute la partie septentrionale du Vivarais, où des vastes champs furent ensemencés en truffoles et qu'on appela truffoliers. La truffole fut d'abord une nourriture pour les bestiaux, le porc principalement; mais on ne tarda pas à mettre cet aliment sur la table, chez le paysan et chez l'artisan, puis chez le seigneur. Tous le trouvèrent agréable au goût, nutritif.

« En 1585, il y a deux cents ans, la truffole était une marchandise courante, à Annonay, Satillieu, Saint-Félicien, La Mastre, Le Cheylard et Tournon, puis Saint-Péray et Valence. Au commencement du dix-septième siècle, la truffole se cultivait aussi dans le Dauphiné, le Forez, le Velay, une partie de l'Auvergne, et dans quelques autres provinces. »

Un texte a d'ailleurs été publié et cité sur ce sujet, entre autres par Georges Massot, ( Proverbes et dictons d'Ardèche et savoir populaire , Editions de Candide, Lavilledieu, 1983).

L'Ardèche, terre propice à la culture de la pomme de terre

En matière de production de pommes de terre, le département de l'Ardèche reste pionnier. En 1600 dans le sud du département, le célèbre agronome Olivier de Serres décrit la pomme de terre: « C'est arbuste dict cartoufle porte fruict de mesme nom, semblable à truffes, et par d'aucuns ainsi appelle » ( Olivier de Serres, Théâtre d'Agriculture et Mesnage des Champs , Lyon, Jean Bruyset, 1675, livre VI, page 500 ).

Le diplomate Joël Ferrand, natif de Saint-Alban-d'Ay, a effectué de nombreuses recherches sur les origines de la truffole. Il note: « A la fin du même siècle (1694), grâce aux écrits journaliers de l'avocat Tourton, il est officiel que la truffe blanche est commercialisée au marché de la place Grenette à Annonay.» Beaucoup plus tard, en 1762 (soit 222 années environ après son introduction supposée) dans la réponse qu'il fit à l'enquête diligentée par les Bénédictins sur l'état des paroisses de Languedoc, le curé de Saint-Alban-d'Ay Descourz de La Grange, prieur d'Empurany et Pailharès, confirme cette réalité.

Sous l'ancien Régime et de la Révolution de 1789 à nos jours, les témoignages ne manquent plus pour rappeler le rôle précieux en alimentation de ce légume quasi providentiel (voir l'article Pomme de terre et Révolution: de Saint-Alban-d'Ay à Paris, du marquis de Satillieu à Boissy d'Anglas , actes du colloque de Villeneuve-de-Berg et d'Annonay, Privas, MATP, 1988). A noter que l'histoire linguistique et la dénomination de ce légume en Ardèche a de quoi surprendre par sa richesse: cartoufle (influence germanique et protestante) chez Olivier de Serres en 1600, tartifle (influence prusssienne) en patois du Bas-Vivarais du côté d'Aubenas à partir de 1820 et truffe et truffole (influence latine et catholique par l'Espagne; en patois: trifolà) du Haut-Vivarais, certainement sous ce vocable depuis l'origine...

En 1883, l'Ardèche est le premier département producteur de pommes de terre

En 1883, l'Ardèche arrive en tête de tous les départements français avec une production de 6,5 millions d'hectolitres (situation quasi-identique pour les départements de l'Allier, de la Dordogne, du Maine-et-Loire, de la Saône-et-Loire et des Vosges). Pour Joël Ferrand, président de la Truffole, « cette situation ira s'amenuisant dans les dernières années du XIXe siècle jusqu'au premier conflit mondial, pour connaître une reprise sensible entre les deux guerres (notamment à partir des années 30) avoisinant les trois millions d'hectolitres. »

Après 1945, la production se stabilise à près d'un million d'hectolitres. A noter qu'à partir des années 70, la moitié de la production française provient des départements du Nord, de la Somme, du Finistère et du Morbihan. Ce qui caractérise cette culture agricole ardéchoise, c'est avant tout une localisation en Haut-Vivarais liée essentiellement à l'altitude et à la nature des sols. De nos jours encore, près de 80% de la production ardéchoise reste localisée pour moitié dans le bassin du Doux, le plateau de Vernoux et bien sûr le Piedmont (où se trouve Saint-Alban-d'Ay) alors que d'autres cultures sont localisées dans la vallée du Rhône (exemple de la Vigne), le sud du département et la vallée de l'Ardèche (avec le maïs)...

On constate ensuite une forte régression des surfaces cultivées avec la disparition progressive du monde paysan. En l'espace de 10 ans, de 1970 à 1980, le nombre des communes où la surface cultivée en pommes de terre est supérieure à 20 hectares, a diminué de moitié.

La tradition se perpétue autour de Saint-Alban-d'Ay

Les cantons de Saint-Félicien et de Satillieu, auquel appartient Saint-Alban d'Ay, sont aujourd'hui un lieu-clé pour la mise en valeur économique de la pomme de terre. Aujourd'hui, près de 80 % de la production ardéchoise reste localisée pour moitié dans le bassin du Doux, le plateau de Vernoux et bien sûr le Piedmont où se situent les communes de Saint-Alban d'Ay, Saint-Félicien, Saint-Victor, Satillieu... C'est ce que révèle le site d'information de l'association «La Truffole», qui contribue à la valorisation de cette production locale, à travers des actions culturelles, scolaires, médiatiques, etc.

Présente surtout sur les terres granitiques du nord, elle est aujourd'hui une culture de plein champ (à peu près vingt hectares par communes) mais aussi de jardin pour bien des familles, ce qui la rend peu quantifiable du point de vue de sa production réelle.

Une production agricole reconnue

Un groupe d'agriculteurs a décidé de relancer la production traditionnelle de la pomme de terre en déposant une marque «La Truffole» garantissant le savoir faire local et les potentialités naturelles du sol et du climat en piedmont ardéchois.

L'association agricole de promotion du tubercule truffole a pour objet de promouvoir la pomme de terre dite Truffole à travers une identification par une marque, développer la production et la commercialisation de ce produit à travers toutes actions de commercialisation.

Au cœur de ce berceau historique, la famille de Jean-Claude et de Nadine Julliat cultive la pomme de terre sur plusieurs hectares, selon des méthodes ancestrales à Ménétrieux. De plus, la famille Julliat effectue une vente directe de sa production, en petits conditionnements, à la différences d'autres producteurs privilégiant la vente en vrac.

Des renseignements peuvent être obtenus sur les variétés, l'accueil du public, la vente directe, auprès de Jean-Claude Julliat au 09.62.12.07.60, ou en se rendant sur place à Ménétrieux.

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