Du boeuf à l'internet, ou l'inexorable chute des prix agricoles

Mois après mois, l'agriculture française va de plus en plus mal, et les décideurs de la République semblent impuissants face à la chute des cours
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Malgré le formidable passage du bœuf à l'internet, en quelques décennies, l'évolution des conjonctures est défavorable aux exploitants agricoles. Non seulement, les principaux prix agricoles, versés aux producteurs, continuent de baisser, à l'image des cours du blé, du lait, des céréales, du porc, etc. Mais en plus les prix du pain, des pâtes, des côtes du porc ou du jambon continuent de grimper pour le panier des ménagères...

Où passe la différence? Dans la poche des intermédiaires? Dans celle des grands groupes? A l'évidence, rien ne va plus, comme au casino, même si les pouvoirs publics ont de plus en plus «les jetons» face au mécontentement grandissant des producteurs et des consommateurs.

A la fin des années 1960, la France comptait quatre millions de paysans. Ils sont moins de quatre cent mille aujourd'hui, et les statistiques officielles du monde du travail présentent cette profession comme celle ayant le taux le plus élevé de suicides.... Bien avant France-Telecom.

Difficultés financières, surendettement, journées interminables, pertes de revenus, cette réalité du monde agricole risque bien d'être occultée, à partir du 19 février, par la mise en scène d'un salon international de l'Agriculture à Paris, où tout est rangé au carré, où les animaux sont lavés, brossés, coiffés.... Et où les difficultés des agriculteurs figurent parmi les sujets tabous.

Car l'agriculture, l'alimentation, le modèle français sont autant de thèmes retenus pour les secteurs spécialisés du salon. Les produits du terroir seront là pour démontrer que l'alimentation fait partie intégrante de l'identité et de la culture française.

L'Etat veut contingenter les productions agricoles, alors que la planète a faim

Pire ! Au moment où l'Etat, l'Europe veulent «contingenter» les productions des agriculteurs, redéfinir les productions et les règles, la faim n'a pas disparu de la plupart des pays de la planète. Elle continue de s'étendre.

A l'évidence, le monde n'arrive pas à nourrir le monde. Ce constat implacable était dressé, voici deux ans, par Edgard Pisani, ancien ministre de l'agriculture du général de Gaulle, dans son livre Une Politique mondiale pour nourrir le monde , couronné par le prix des lecteurs Terra lors du salon de l'agriculture 2009.

Peut-on volontairement ruiner la moitié des habitants de la terre?

«Rangé de la politique» après une belle carrière, Edgard Pisani a eu le mérite de pressentir « qu'un mécanisme de libre-échange agricole mondial aurait pour effet, attendu et même espéré, de ruiner les producteurs les moins rentables au profit des plus rentables...»

Alors, même si beaucoup s'accordent à penser qu'on marche sur la tête, peut-on volontairement ruiner la moitié des habitants de la terre? Et, concrètement, que deviendront ces milliards de miséreux?

La conclusion d'Edgard Pisani, voici deux ans, lorsqu'il présentait son livre au salon international de l'agriculture, mériterait d'être méditée par les dirigeants français et européens.

L'ancien ministre du Général de Gaulle estimait qu'un agriculture moderne à dimension artisanale peut assurer la production de denrées alimentaires nécessaires à neuf milliards d'humains, tout en garantissant la survie économique d'un grand nombre d'agriculteurs dans le monde.

Elémentaire, non? Mais, peut-être trop simple à mettre en œuvre...

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