Egypte : Mohammed Morsi élu président face aux militaires

Le deuxième tour opposait le frère musulman à Ahmed Chafiq, un des piliers de l'ancien régime. La participation n'a pas dépassé les 51% pour ce scrutin

Incroyable. Le processus démocratique a été respecté en Egygte, ou le deuxième tour des élections opposait Mohammed Morsi,leader des frères musulman à Ahmed Chafiq, un des piliers de l'ancien régime. La participation n'a pas dépassé les 51% pour ce scrutin.

Après la Libye, la Tunisie, l'Egypte

Du coup, l'Egypte bascule dans les pays arabes dirigés par un parti religieux, alors que tout laissait penser en 2011 que les militaires veilleraient à préserver un régime laic. Depuis plusieurs années, le général Souleimane fatisait figure de numéro 2 du régime. Il passait aussi pour l'homme des Anglais et des Américains.

Officier supérieur très proche d'Hosni Moubarak, Omar Souleimane prend rang et date dans la succession du raïs, en accédant, ce 29 janvier, au poste de vice-président de l'Egypte. Depuis longtemps, l'homme est considéré comme le véritable numéro deux du régime. Sa particularité ? Il a, depuis plusieurs années, chaperonné Gamal Moubarak pour le préparer à succéder à son père en 2011. À moins qu’il ne change d’avis sous les conseils avisés des nombreux officiers de l'armée qui lui doivent leur carrière.

Omar Souleimane est, selon les observateurs des ambassades occidentales et les conseillers militaires présents en Egypte, le plus fidèle ami d'Hosni Moubarak. Ainsi, en 2007, lorsque le fils du Raïs, Gamal Moubarak a épousé Khadija el-Gamal à Charm el-Cheikh, son témoin – rôle traditionnellement dévolu à l’« oncle » préféré – est Omar Souleimane. Ce qui confirme que l'homme, qui détient le poste stratégique de patron des services de renseignement égyptiens, a accédé au rang de mentor du fils du Président. (Lire aussi Egypte : le général Omar Souleimane prend les commandes)

Le processus démocratique aurait été respecté

Selon un diplomate Français sur place, joint par téléphone et qui souhaite conserver l'anonymat, "L'attente du peuple égyptien, qui a pris cette semaine les allures d'un inquiétant psychodrame, est terminée. La Commission suprême de l'élection présidentielle a annoncé le nom du vainqueur de la présidentielle: le Frère musulman Mohamed Morsi a remporté le scrutin. Il a obtenu plus de 13 millions de voix contre plus de douze millions à son rival Ahmad Chafiq, ancien premier ministre de Hosni Moubarak. Le taux de participation au second tour n'a pas dépassé les 51% (46% au premier tour).

"L'armée, qui a renforcé son dispositif de sécurité dans la capitale, avait auparavant invité les partisans des deux adversaires à respecter le résultat, précisant que les éventuels fauteurs de trouble seront traités «avec la plus grande fermeté....

"Samedi, pour le cinquième jour consécutif, plusieurs milliers de partisans de Mohammed Morsi s'étaient en effet rassemblés sur l'emblématique place Tahrir au Caire pour réclamer l'annonce des résultats ainsi que pour dénoncer le «coup d'État institutionnel» récemment perpétré par l'armée. Ils y éaient encore dimanche pour célébrer la victoire et ont promis d'y rester lundi. Les soutiens du général Ahmed Chafiq, présenté comme le candidat de l'ancien régime, s'étaient pour leur part réunis en nombre dans le quartier périphérique de Nasr City.

"Quelques heures seulement après la clôture du scrutin, qui s'est tenu les 16 et 17 juin dernier, Mohammed Morsi avait revendiqué la victoire , affirmant avoir réuni près de 52% des voix. Une estimation corroborée par plusieurs médias ainsi que par une association de magistrats «réformistes» qui a surveillé la tenue de l'élection. De son côté, le camp d'Ahmed Chafiq s'est refusé à diffuser des chiffres précis mais s'est à plusieurs reprises dit certain d'emporter la victoire finale....."

Des négociations auraient lieu entre les islamistes et l'armée

Selon les journalistes du Figaro, "La commission électorale, saisie de plusieurs centaines de plaintes par les deux candidats, avait ajouté à l'incertitude en repoussant à ce dimanche la publication des résultats, qui devait initialement intervenir jeudi. Selon plusieurs médias égyptiens, ce retard pourrait s'expliquer par l'engagement de discussions entre les Frères musulmans, principale force politique du pays, et le Conseil suprême des forces armées...."

Le quotidien Français explique aussi que ""la confrérie, qui a largement dominé les élections législatives cet hiver, rejette la dissolution de la Chambre basse ordonnée le 14 juin par la Haute Cour constitutionnelle. Elle refuse par ailleurs les pouvoirs exorbitants que la déclaration constitutionnelle publiée dimanche dernier confie aux généraux. Le Conseil suprême des forces armées, pour sa part, entend conserver l'entière maîtrise des affaires militaires et refuse d'abdiquer la totalité des pouvoirs aux Frères musulmans, avec lesquels il entretient depuis plusieurs décennies une relation de profonde défiance.

"Quelques heures avant l'annonce de ce résultat, un mélange de tension et de totale incertitude flottait sur le centre du Caire. Le quotidien indépendant al -Shorouk écrivait en une: «Morsi va être déclaré vainqueur aujourd'hui. Sauf si…» Le journal libéral al-Wafd , lui, titrait: «Chafiq s'approche du palais présidentiel».....". Tout est désormais possible en Egypte depuis ce 24 juin 2012 et cette incroyable élection présidentielle, inimaginable il y a encore deux ans.

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