En Ardèche, un cuisinier sans salaire pendant 17 ans

La cour d'appel de Montpellier vient d'accorder 35 447 euros, après cinq ans de procédure, à un cuisinier de Lalouvesc, impayé durant 17 ans de labeur.
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Philippe Pitiot, cuisinier à Lalouvesc, va enfin percevoir une partie des salaires dus par ses anciens employeurs. Ainsi en ont décidé les magistrats de la cour d'appel de Montpellier. "Il s'agit d'une affaire sur fond d'esclavage moderne", a expliqué son avocat, le bâtonnier de l'Ardèche, Dominique Chambon, joint par téléphone à l'issue de l'audience.

A l'aube du XXIe siècle, comment une telle affaire est-elle possible en France ? Il ressort des débats tenus devant les conseillers de la cour d'appel de Montpellier que les précédents employeurs du cuisinier auraient abusé de sa naïveté. Pendant 17 ans, les précédents propriétaires de l'Hôtel-restaurant du Vivarais, à l'ombre de la Basilique, à Lalouvesc, ont fait croire à leur chef cuisinier "qu'ils connaissaient d'importantes difficultés financières".

Mois après mois, les patrons du restaurant ont promis à leur salarié un "réglement futur après la vente de l'hôtel-restaurant". Passionné par son métier, éprouvant une totale confiance pour ses patrons de l'époque, le cuisinier Philippe Pitiot a marné pendant 17 ans aux fourneaux sans percevoir un centime de salaire.

Le chemin de croix du cuisinier Pitiot

Aujourd'hui âgé de 49 ans, Philippe Pitiot est toujours cuisinier dans le même établissement, à quelques pas de la basilique de Lalouvesc, le restaurant ayant été racheté, il y a six ans, par Genviève Saniel qui l'a beaucoup aidé. "En 2004, se remémore la nouvelle propriétaire, Philippe Pitiot a découvert sa première paie. Et il s'est confié à moi sur ses difficultés avec les anciens propriétaires." La nouvelle patronne va inciter Philippe Pitiot à saisir la justice.

Contacté par téléphone et questionné sur les raisons qui l'ont poussé à continuer à travailler alors que son salaire n'était plus versé, le cuisinier Pitiot explique sans détour: "Lors de mes débuts professionnels, j'ai été formé en 1976 par Annie Crouzet et Bernard Pont à l'auberge du Ternay. C'étaient des patrons formidables et j'ai toujours fait confiance à mes patrons depuis cette époque.

Lorsque je suis entré au service de l'Hôtel-restaurant du Vivarais, mes nouveaux employeurs m'ont payé la saison les premiers mois. Puis, ils m'ont fait part de leurs difficultés financières. Ils me disaient que ça s'arrangerait et qu'ils commenceraient à me payer après. Je m'étais engagé un peu. Je voulais bien les aider. J'aime pas que les gens soient dans la "m....". Comme le restaurant marchait, qu'il y avait du monde plein la terrasse, j'ai eu confiance.

Par la suite, ajoute Philippe Pitiot, ils m'ont dit : Philippe, on vous paiera tous les salaires en retard quand on vendra l'hôtel-restaurant. Le jour où ils ont vendu, je n'ai rien vu venir !".

Cinq années de procédures judiciaires

Dans ce scénario digne d'Emile Zola ou de Victor Hugo, les anciens employeurs du cuisinier Pitiot vont multiplier les procédures pour faire traîner les choses. Et comme en matière salariale, seules les cinq dernières années sont exigibles, Philippe Pitiot a travaillé douze ans gratuitement pour des patrons indélicats.

En effet, les magistrats du conseil de Prud'hommes d'Annonay, puis les juges de Nîmes, puis les conseillers de la cour d'appel de Montpellier ont condamné les anciens patrons de Philippe, en les obligeant à verser les arriérés de salaires des cinq dernières années, soit la somme de 35 447 euros. Ils ont aussi condamné les anciens propriétaires du restaurant, Georges Arnaud et Geneviève Ziolkowski, à verser 1000 euros de dommages et intérêts, auxquels s'ajoutent 354 euros pour congés payés afférents.

Du jamais vu de mémoire de magistrat ! Et cette histoire prouve la précarité sociale de salariés très motivés, mais isolés. Contrairement à ce qu'on a tendance à penser en Occident, ce genre d'affaires d'esclavagisme n'est pas seulement l'apanage des pays comme la Chine et l'Inde.

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