François Hollande sous l'œil d'un écrivain aux éditions Fayard

Avec la rentrée politique, de nombreux libraires ont mis en bonne place le livre de Serge Raffy "François Hollande, itinéraire secret" paru chez Fayard.

Avec Serge Raffy, redacteur en chef au Nouvel Observateur, François Hollande est analysé, décrypté à la fois par l'œil d'un écrivain, mais aussi par celui d'un journaliste chevronné. Ce livre est un mélange de choses vues, de propos rapportés et de remarques de l'auteur, aussi bien sur les politiques que sur les nombreux journalistes qui suivent le futur président.

Serge Raffy, rédacteur en chef au Nouvel Observateur, a le mérite d'éclairer le parcours sinueux, politique et personnel du président François Hollande. Cet ouvrage constitue d'ailleurs l’une des pépites de la vie politique et institutionnelle française, trop souvent marquée par la langue de bois.

Rédacteur en chef au Nouvel Observateur, Serge Raffy a réalisé avec "François Hollande, itinéraire secret" un portrait fouillé du député de Corrèze, qui va devenir chef de l'Etat en 2012. Avec pudeur et fluidité, l’auteur rend compte des sinuosités de son itinéraire politique, parasité par le "couple-entreprise" qu’il a formé avec Ségolène Royal pendant un quart de siècle.

Eduqué par Un père "ultra"

C'est l'une des révélations de ce livre. Le "père Hollande" est décrit avec une poigne de fer. Les décisions de Georges Hollande, médecin ORL à Bois-Guillaume (Seine-Maritime), ne se discutent pas.

Et Serge Raffy livre quelques révélations sur le père du président Hollande. Pétainiste convaincu, proche des mouvements d’extrême droite (il a été candidat aux municipales à Rouen en 1959), le père de François redoute plus que tout « l’invasion des communistes » qu’annonce, selon lui, la révolution de Mai 68. Il faut fuir. Rejoindre Paris. Immédiatement. François a 13 ans. Il n’a même pas le temps de trier ses jouets que, déjà, les valises sont bouclées.

Formé à l’ENA, avec Dominique de Villepin et “Miss Glagla”

En intégrant l’ENA en 1980 (promotion Voltaire), François Hollande côtoie Dominique de Villepin (avec qui il n’a pas d’atomes crochus) et se lie pour la vie avec Jean-Pierre Jouyet (président de l’Autorité des marchés financiers), Michel Sapin (député de l’Indre), Jean-Maurice Ripert (diplomate)… et Ségolène Royal ! Leur rencontre est électrique. « Elle l’agace prodigieusement depuis les premiers jours », souligne Serge Raffy.

Celle que l’on surnomme « Miss Glagla » ne supporte pas « ce club de mâles » qui l’ignore superbement. Un stage à Chanteloup-les-Vignes, dans une banlieue difficile, dégèle les relations Hollande-Royal. Quinze jours plus tard, François « se met à parler à ses amis de Ségolène, de ses qualités, de son charme, du mauvais jugement qu’on a pu avoir sur elle ». Un couple prend forme. Il se présente chez Michel Sapin, début 1980, au cours d’une soirée où François devait venir seul.

Le mentor à François Hollande, c’est Delors

Jacques Delors à l’Elysée, autant dire que Serge Raffy a creusé la question : « François y pense depuis plus de dix ans. Il est son dauphin, son aide de camp, son conseiller, son homme à tout faire, son porte-parole et son porte-flingue », note Raffy.

François Hollande, qui veut dépasser les courants fratricides dans le parti, n’a pas cédé aux pressions des jospinistes et des fabiusiens, qui ont, tour à tour, tenté de l’enrôler. Il s’est peu à peu éloigné de Mitterrand, sa première idole, pour tresser des lauriers au père de Martine Aubry, seul à même, selon lui, de rassembler la gauche à la présidentielle de 1995. Son dévouement « agace singulièrement » la future maire de Lille. Au point qu’elle claque la porte au cours d’une réunion. Raffy décrypte : « En fait, elle enrage contre Hollande qu’elle soupçonne d’avoir commis “une captation d’héritage” en occupant sans scrupule la place du fils spirituel. »

François Hollande rêvait d'être ministre : le rêve déçu

Ségolène ou François ? Exaspéré par les louvoiements du député de Corrèze, Mitterrand tranche en faveur de Royal. Nommée ministre de l’Environnement dans le gouvernement Bérégovoy (en 1993), cette dernière tente bien de plaider la cause de son compagnon. Mais le patriarche n’est pas d’humeur. « Je ne peux pas mettre la femme et le mari dans le même gouvernement », cingle-t-il. Hollande doit s’effacer. Accepter le qualificatif de « monsieur Royal ».

Et attendre son heure. Il la croit venue quand, réconcilié avec Jospin, ce dernier l’invite à Matignon le lundi de sa nomination. « Je ne vais pas rester premier secrétaire, avance-t-il. Pour ce poste, j’ai pensé à toi. Si tu ne veux pas, tu entres au gouvernement. » Hollande l’accepte.

2007, la déchirure et les souffrances.... Avant la reconstruction

Un « lièvre ». Ségolène Royal devait lancer sa candidature à la présidentielle de 2007, faire la course en tête et… s’effacer devant François Hollande dans la dernière ligne droite. La mécanique bien huilée s’est pourtant enrayée. Le grain de sable ? Leur vie de couple, désormais chaotique.

Le fil du dialogue aurait été rompu selon Serge Raffy. I ils se contentent de cohabiter. Ségolène, qui le soupçonne d’avoir une liaison avec la journaliste de Paris-Match Valérie Trierweiler, règle ses comptes dans la presse. Et décide de prendre sa revanche : c’est elle qui affrontera Nicolas Sarkozy. Elle aussi qui annoncera leur séparation, le 17 juin 2007, par un communiqué lapidaire : « J’ai demandé à François de quitter le domicile, de vivre son histoire sentimentale de son côté, désormais étalée dans les livres et les journaux. Je lui ai souhaité d’être heureux. »

Valerie Trierweiler, la compagne venue de loin

Son aura et son charme avaient "tapé dans l’œil" de Lionel Jospin et de Pierre Moscovici. Mais c’est François Hollande qui fait chavirer Valérie Trierweiler, au terme d’une longue amitié. D’ailleurs, « pour Ségolène, au fil des années, Valérie est juste une journaliste que François aime bien, relate Serge Raffy.

Mais, au cours de l’été 2005, la relation semble prendre un tour nouveau. Plus sentimental ». Un amour qui brouille la campagne présidentielle. Hollande l’officialise fin juin 2007. « Une page est tournée, note Serge Raffy. A la différence des divorcés qui ne se voient plus que de temps à autre, pour l’éducation des enfants, Royal et Hollande sont condamnés à une nouvelle cohabitation. Ils ont une autre famille à gérer : le Parti socialiste… »

Une volonté de l'auteur de ne pas trahir et de ne pas succomber aux petites phrases malheureuses

Quelles différences avec les autres livres sur le même sujet ? Quelques jours après les résultats de l'élection présidentielle, voire le lendemain du 6 mai, de nombreux ouvrages sur les coulisses de la campagne sont parus, et la plupart avaient adopté le genre journalà l'image de "Coups pour coups", de Nicolas Barotte et Nathalie Schuck, "Derniers carnets, scènes de la vie politique en 2012", de Franz-Olivier Giesbert, ou encore "Nicolas Sarkozy, les coulisses d'une défaite", d'Arnaud Leparmentier et Stéphane Grand, "François Hollande, de la Corrèze à l'Élysée", de Christine Pouget et Corinne Depuech. Sans oublier "L'Homme qui ne devait pas être présiden"t, d'Antonin André et Karim Rissouli.

Dans la forme, il n'y a presque pas de différences entre tous ces livres. Tous les auteurs ont bénéficié des mêmes off, des mêmes discours, des mêmes déplacements et des mêmes petites phrases. Celui de Serge Raffy, qui n'a pas pris une ride, se distingue par le fait qu'il ne prend pas de distance avec son sujet. Comme dans un roman policier, on a l'impression dêtre à côté de François Hollande, de suivre le fil d'une enquête.

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