Guerre en Libye : l'OTAN refuse d'intervenir sans mandat de l'ONU

Les troupes du colonel Kadhafi, appuyées par une aviation redoutable, écrasent les insurgés et les opposants, misant sur la passivité des Occidentaux.

La situation en Libye a monopolisé les débats entre les ministres de la Défense des pays de l’Otan réunis dans le cadre d’une session informelle. Principale décision prise : l’Otan va renforcer sa présence en Méditerranée, à travers l’envoi de navires supplémentaires, mais n’interviendra pas en Libye sans mandat de l’ONU.

L'Otan se dit unie et vigilante

A l'issue de cette réunion, le site internet de l'OTAN résume les décisions prises :« L’Otan est unie, l’Otan est vigilante, l’Otan est prête à intervenir ». Face à la crise qui prend de l’ampleur en Libye et qui est marquée par des violences perpétrées à l’encontre de la population civile, l'exclusion aérienne n'est toujours pas envisagée. C’est le message qu’Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l’ Alliance atlantique , a transmis avec force à la presse, lors d’une conférence à l’issue de la première journée de travail réunissant les ministres de la Défense des 28 pays membres, à Bruxelles (Belgique).

Il a néanmoins nuancé son propos en insistant sur le fait que l’organisation n’a pas l’intention d’intervenir en Libye. « Les Alliés se sont tous mis d’accord sur trois principes, qui nous serviront de base pour toutes considérations futures ou actions envisagées en Libye : un besoin justifié, un mandat légal clair, ainsi qu’un soutien régional » , a-t-il ajouté.

Les troupes de Kadhafi massacrent les insurgés, l'Otan étudie les options

Plusieurs options ont été étudiées par le Conseil et des décisions ont également été prises. D'abord de renforcer la présence de l’Otan dans la région, à travers l’envoi de navires supplémentaires face aux côtes libyennes, qui seront déployés sous commandement de l’amiral James Stavridis, commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR) .

Pour Anders Fogh Rasmussen, "cette décision permettra d’accroître la connaissance de la situation et participera à notre capacité de surveillance et de contrôle de l’embargo, notamment concernant les armes ", en accord avec la résolution 1970 du Conseil de sécurité des Nations unies .

Il est également demandé aux autorités militaires de l’organisation de développer de manière urgente « un plan détaillé d’intervention dans le domaine de l’assistance humanitaire, ainsi que de nouvelles mesures pour venir renforcer celles concernant l’embargo sur les armes ».

Pas de zone d'exclusion aérienne

La question de la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye (no flight zone), afin de faire cesser les bombardements menés par l’aviation de Mouammar Kadhafi contre les insurgés, a également été évoquée, mais, selon le communiqué de l'OTAN, "aucune disposition n’a été actée au cours de ces deux jours ". Anders Fogh Rasmussen a rappelé que, pour ce faire, cela nécessiterait « un mandat bien précis des Nations Unies ».

Cependant, l'OTAN a déjà pris l’initiative, lundi, d'accroître de manière immédiate la surveillance de l'espace aérien libyen par le biais d’avions-radar de type Awacs déjà présents dans la région dans le cadre de l'opération maritime anti-terroriste Active Endeavour menée par l’Otan en mer Méditerranée .

Pour le secrétaire général de l'OTAN, il est en effet « crucial » de bénéficier d’un soutien régional, pour s’assurer que « nos actions (…) soient bien perçues comme favorisant la situation et le mouvement démocratique qui balaye la région ».

« C’est pourquoi je vais continuer à consulter la Communauté internationale et nos partenaires dans la région, y compris les Nations unies, l’Union européenne, la Ligue arabe et l’Union africaine », a encore souligné Anders Fogh Rasmussen.

La légion Libyenne de Kadhafi aux porte de Benghazi

Avec tous ses mercenaires formés par d’anciens combattants issus des différentes rébellions africaines, le colonel Kadhafi dispose d'une armée de "professionnels". Et cette légion libyenne a repris la plupart des villes aux insurgés et aux opposants.

Comme indiqué dans un précédent article , beaucoup de mercenaires seraient issus du Tchad, du Niger, de Mauritanie, d’Algérie, de Centrafrique, mais aussi de quelques pays asiatiques. "Je ne crois pas que leur recrutement se soit fait au hasard et au cas par cas, c’est tout simplement impossible, expliquait Jean-Philippe Daniel, spécialiste du dossier libyen. Je pense que ces mercenaires faisaient déjà partie de groupes étrangers alliés au régime Kadhafi depuis une trentaine d’années et qu’ils sont venus vendre leurs services à ce dernier dès le début de l’insurrection."

Selon un témoignage recueilli par l’agence de presse Reuters , le régime du colonel Kadhafi rétribue grassement ces combattants, entre 725 à 14 500 euros par jour pour tuer des insurgés. Jean-Philippe Daniel juge, pour sa part, peu crédibles ces dernières informations. Il ajoute: "Je ne crois absolument pas à des salaires qui dépasseraient les 4 000 euros par mois, à moins d’être très qualifié, d’être pilote. On ne paye pas un fantassin aussi cher. Imaginez la fortune colossale que coûteraient ces hommes pour le régime."

Les politiques et les militaires Occidentaux à la recherche d'une stratégie

Selon Catherine Ashton, haute représentante de l’Union européenne (UE) pour les affaires extérieures et la politique de sécurité, qui a d’ailleurs participé à cette rencontre, parallèlement à la réunion extraordinaire du Conseil des affaires étrangères , " l'évolution de la situation en Libye est étudiée attentivement. "

Elle ajoute: " Les positions adoptées lors de cette réunion, ainsi que lors de l’informelle des ministres de la défense de l’Otan, participent à la définition d’une stratégie commune par l’Union européenne, pour aider les Libyens à chasser Mouammar Kadhafi, lors du sommet extraordinaire du Conseil de l’Union européenne sur la Libye, réunissant les chefs d’état et de gouvernement."

La seconde journée de travail a été consacrée a des discussions entre le Conseil et les représentants des pays partenaires, non membres de l’Otan, mais engagés dans le cadre de la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS) , déployée par l’Alliance, en Afghanistan . Avec pour principale question le processus de transition, qui doit progressivement permettre aux Afghans de prendre en charge leur propre sécurité, d’ici la fin de l’année 2014, et donc de permettre aux alliés de passer d’ « un rôle opérationnel à un rôle de soutien ».

Sur le succès de cette échéance, le secrétaire général de l'OTAN Andres Fogh Ramussen se dit « optimiste »

Que sait-on vraiment de la Libye ?

Dans un livre intitulé "Au coeur de la Libye de Kadhafi", qui paraîtra le 13 avril 2011 aux éditions Jean-Claude Lattès, Patrick Haimzadeh, ancien officier de l'armée de l'air, arabisant, considéré comme un spécialiste de la Libye, apporte un nouvel éclairage sur la situation. Il dissèque ce que dissimule la personnalité fantasque et mégalomaniaque du colonel Kadhafi… Afin de cerner les origines et les enjeux de la guerre civile, et pour comprendre comment ce régime a pu perdurer plus de quarante ans, Patrick Haimzadeh, qui a côtoyé les chefs de tribus, propose un tableau clair et complet de ce pays. Au fil de 188 pages, il évoque l'histoire, les conquêtes phéniciennes et la modernité avec la Libye actuelle, après avoir analysé l’occupation italienne, ainsi que les liens très subtils qui unissent les populations du Maghreb..

Cet ouvrage se nourrit d’entretiens multiples effectués ces dernières années, avec des Libyens de tous horizons, des officiers supérieurs restés fidèles à Kadhafi ou ayant rallié la rébellion, suite à leur appartenance tribale. Le véritable témoignage d'un acteur français ayant été en poste diplomatique pendant plusieurs années à Tripoli. Outre la connaissance des organes officiels du pouvoir, ce séjour a permis à l'auteur d’aller à la rencontre du pays réel et de comprendre. Auparavant, Il avait été en poste en Egypte, en Irak, au Yémen et au sultanat d’Oman, pour le compte de la France ou des Nations Unies, en tant que coopérant, analyste ou négociateur dans des contextes de crise.

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