Jacky Imbert, l'immortel parrain marseillais, une légende vivante

L'homme, qui se dit "rangé", continue de jouer aux cartes dans un café de la place, le dos à la vitre. Le privilège des grands, qui ne craignent plus rien.
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L'homme est discret. Il fuit les journalistes "comme la peste", d'autant plus qu'il se dit "rangé des voitures". Il veut surtout qu'on lui "fiche la paix", car il est un honnête retraité. Surtout pas un parrain, encore moins "un juge de paix du milieu". Pourtant, Jacky Imbert , dit "le Mat" (surnom qu'il déteste) est une légende, un "dieu vivant" pour tous les jeunes truands. Pour les anciens aussi. A son époque de gloire, Marseille n'avait rien à envier aux Pâques "sanglantes" en Haute Corse et aux assassinats de Jo Sisti et de J-L Chiodi, ou aux actes de violences perpétrés à Ajaccio, Propriano, Sartène, Porto-Vecchio, Vezzani, avec des meurtres toujours pas élucidés.

Certes, aujourd'hui, Marseille n'aurait plus rien à voir avec l'époque agitée des années 70. Même si Claude Guéant s'est rendu à plusieurs reprises à Marseille depuis le 29 août 2011 (lire avec Claude Guéant, pas de "grand pardon" à Marseille ce 29 août ) pour remettre de l'ordre, même si le juge Duchaine, surnommé "le shérif" par certains, poursuit son "nettoyage" de la maison Guérini.

S'il est une légende du Milieu marseillais, c'est à Toulouse que Jacky Imbert est né le 30 décembre 1929. Après une rixe dans un bar de Montpellier, ce fils d'un ouvrier en aéronautique fait un premier séjour en prison, alors qu'il n'a pas 18 ans. Il raconte : "La première vraie connerie de ma vie, racontera-t-il des années plus tard. J'avais cogné sur l'amant de ma belle-mère. Un peu trop fort. J'ai pris cinq ans ! La prison, c'est l'endroit où j'ai rencontré le plus grand nombre d'enfoirés. Un ramassis de minables, de ratés. Mais je me suis trouvé en cellule avec un vrai dur. Je me suis dit : 'C'est ça, ma voie'".

À sa libération, deux ans plus tard, il file en Algérie et s'engage dans l'armée, au 15e régiment de tirailleurs sénégalais. En 1948, il part pour Paris et fréquente Pigalle et le cabaret des Trois-Canards, qui est considéré comme "une école du crime" . Il y devient très proche d'un jeune Marseillais, Gaétan Zampa. Un pied à Paris, un autre à Marseille, le Toulousain est alors une véritable tête brûlée. Ce qui lui vaut le surnom qu'il porte toujours et qu'il n'a jamais aimé : "Le Mat". Dans le langage des truands, "le fou"...

D'abord cascadeur et expert dans la conduite automobile

De ses débuts professionnels, il évoque le travail bien fait. Et lorsqu'il travaille, c'est d'abord comme cascadeur, et expert dans la conduite automobile. Il participe ainsià des courses. Sur les quais du Vieux Port, on raconte même qu'il a rallié à la nage les deux points les plus éloignés de Marseille, du canal du Rove à la Pointe Rouge. En 1961, la chance tourne et il fait quelques mois de prison à Oran, pour proxénétisme.

Peu de renseignements sont donnés sur la vie active de Jacky Imbert. Ce qui montre la difficulté d'enquêter à Marseille ou en Corse sur les grandes figures du banditisme ou les parrains qui dirigent les clans, ou les quartiers des grandes villes. Néanmoins, les spécialistes du grand banditisme s'accordant sur le fait que le milieu corse et le milieu marseillais sont les plus puissants milieu français du grand banditisme . Le site Wikipedia écrit même : "Étroitement liés aux intérêts corses , le milieu de Marseille a traditionnellement de puissantes ramifications à Paris et à l'international ( Afrique du Nord , Amériques ..)".

Si les historiens font généralement remonter à l'entre-deux-guerres, avec Paul Carbone et François Spirito , l’apparition du « milieu marseillais », c’est-à-dire, selon Wikipedia, "l’existence d’un vaste réseau organisé de contrôle des activité illicites et de vol, au profit d’une élite du crime plus ou moins proche des élites officielles (politique, milieux d’affaires, police, show-business , sport…)", des activités illicites ont toujours existé à Marseille et en Corse.

Le milieu marseillais a changé avec Jacky Imbert

Beaucoup de marseillais considèrent Jacky Imbert, dit "le Mat" comme l'un des derniers grands parrains marseillais. L'homme, qui se dit "rangé", continue de jouer aux cartes dans un café de la place, le dos à la vitre. Le privilège des grands, qui ne craignent pas d'être abattus tant ils sont redoutés !

Pour l'encyclopédie Wikipedia, "Jacky Imbert est un ancien subordonné de Zampa, devenu son rival. Selon certains, il serait devenu le véritable parrain de Marseille après la guerre menée en 1977 contre Zampa....Après le "suicide" de Zampa en 1984, Le Mat et Francis le Belge s’associent pour « nettoyer » le clan Zampa afin de s’assurer qu'il ne tentera pas de prendre sa revanche. Entre avril 1985 et février 1987, une douzaine d'ex-lieutenants de Zampa sont tués..."

Selon des enquêteurs qui étaient en poste à Marseille, "Le Mat se serait ensuite rangé. Selon d'autres, Le Belge lui aurait confié la gestion ses intérêts marseillais à son départ pour Paris vers 1994. Mais durant les années 2000, la justice a cherché à l'impliquer dans différentes affaires comme un trafic de cigarettes ou des extorsions de fond contre des établissements de nuit et un marchand de biens. En janvier 2007, il sera finalement condamné à deux ans de prison ferme pour une extorsion de fond commise contre un établissement de nuit parisien....". Mais, cette condamnation sera ensuite annulée par la Cour d'Appel.

Le film "L'immortel" a retracé la vie de Jacky Imbert

Un très beau film, " L'Immortel" , réalisé par Richard Berry est sorti en mars 2010. Il décrit et relate, avec pas mal de vraisemblance, la vie de Jacky Imbert, dit Le Mat. C'est le brillant acteur Jean Reno qui incarne Jacky Imbert.

Après avoir vu le film, Jacky Imbert pense quele héros censé le représenter est un personnage de fiction. Alors que Jacky est assez unanimement considéré comme le vrai parrain actuel de Marseille, il s’en défend mordicus. Un commissaire de police, longtemps en poste à Marseilles confie "L’aura de Jacky Imbert, dit Le Mat vient de ce qu’il a survécu en dépit de toutes les guerres de succession auxquelles il a toujours été mêlé. Avec le Mat, on est en plein dans le contraste entre le mythe et la réalité, les faits et la fiction. Tout le monde considère le Mat comme "le dernier parrain", mais lui affirme qu’il n’est qu’un paisible retraité du showbiz.

"Son casier est vierge, mais on lui prête les pires faits d’arme. C’est un discret et un survivant. A 78 ans, il jouit d’une retraite tranquille, vit avec sa jeune épouse. Intelligent, cultivé, séduisant, drôle, amateur d’opéra, de femmes, de chevaux, c’est aussi un malin. Proche de Blémant, puis de Zampa, enfin du Belge, il a su retourner et renverser les alliances pour rester toujours dans le bon camp....".

Le 1er février 1977, Jacques Imbert est laissé pour mort sur le parking de sa résidence à Cassis, le corps criblé de 22 balles

Pour comprendre la naissance de la "légende Jacky Imbert", il faut effectuer une plongée dans les années 1970 et la guerre des gangs que se livrèrent Jacques Imbert, dit Jacky Le Mat, l’un des derniers parrains marseillais, et son ancien complice, Tany Zampa. Les deux hommes se disputent le marché juteux du racket. En 1977, le clan du Mat rackette le même client que le clan Zampa. Le 1er février 1977, Jacques Imbert est laissé pour mort sur le parking de sa résidence à Cassis, le corps criblé de 22 balles. Il survivra, gardant comme seule séquelle un handicap à la main droite. Et se vengera.

Dès cette année 1977, Jacky Imbert fait de nouveau "la Une" des journaux. Parce qu'il est un miraculé, comme il l'évoque volontiers. De ce guet apens de Cassis, il s'en souvient comme si c'était hier : "C'était le 1er février, le soir. J'étais allé faire une belote et je rentrais chez moi, à Cassis. J'ai garé la voiture, une BMW orange qu'on m'avait prêtée, sur le parking de la résidence. Au moment où j'ai ouvert la portière, ils ont commencé à tirer.

"C'est là qu'ils ont fait une erreur. Quand on veut descendre quelqu'un, on attend qu'il soit sorti de la voiture, à découvert... Ils étaient trois, avec des cagoules. L'un des types s'est approché pour m'achever, tout près, il a braqué son fusil vers moi. Je me suis jeté en arrière pour l'éviter et, en levant la jambe, j'ai dévié la trajectoire de l'arme. Il a voulu recharger mais là, le fusil s'est enrayé et ils se sont enfuis".

Jacky Imbert : "Je crois en la justice divine"

Après trois mois d'hospitalisation, Jacky Imbert est en état de répondre aux policiers venus l'interroger. Mais l'ancien reste muet comme une tombe, dans le même style que Jean Gabin dans le film "La Horse". Néanmoins, tout Marseille croit savoir pourtant que derrière les trois tueurs de Cassis se cache le terrible Gaétan Zampa. Les mieux informés parlent, sur le vieux port, "d'une dispute à propos de paris truqués". Bientôt, trois proches de "Tany" tombent. Jacky Imbert a toujours contesté être l'auteur de ces meurtres. Encore aujourd'hui, il répète inlassablement : "Je crois en la justice divine.... Je n'ai jamais su qui étaient ceux qui m'ont tiré dessus, mais la rumeur a désigné des coupables. Ils sont morts quelque temps plus tard".

Pourtant, un ancien commissaire de police, en poste à Marseille, se souvient : "Le 25 novembre 1977, près du Stade Vélodrome, trois hommes sont arrêtés par une patrouille de police, avec un véritable arsenal. Parmi eux, Jacky Imbert. Interrogé par le juge Michel, il affirme : "Depuis mon accident, Monsieur le juge, je me sens menacé ". Il écope de 18 mois de prison ferme.... Il fait appel. Et est relaxé en appel...."

Avec les années 80, la montée en puissance de jeunes truands qui ont la "gachette facile", qui veulent reléguer les parrains dans les maisons de retraite ou les cimetières, Jacky Imbert change d'air. Il s'installe à Neuilly. Il est salarié du Bus Palladium, puis travaille dans une parfumerie de la place Vendôme. Après un séjour sur la Côte d'Azur, il choisit alors de rentrer définitivement dans la cité phocéenne. Un temps, il s'occupe d'un petit chantier naval sur les îles du Frioul. "À plusieurs reprises, la justice s'intéresse à celui qui figure dans le fichier du grand banditisme sous le matricule 909/68. Jusqu'à ce qu'on le dise définitivement rangé des affaires..." confie l'ancien commissaire de police chargé du dossier matricule 909/68.

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