Japon: l'hiver nucléaire saison de la désolation menace en France

Au Japon, "le séisme dévastateur montre que le nucléaire est un colosse aux pieds d'argile", et, après le séisme, se profile la terreur nucléaire !
15

Après le séisme, la terreur nucléaire se profile au Japon ce dimanche 13 mars 2011. D'heure en heure, la situation s'aggrave et il se confirme que ça va mal autour du second réacteur de la centrale où a eu lieu une explosion samedi. Pour la première fois, les autorités politiques annoncent qu'une seconde explosion pourrait se produire, cette fois autour du réacteur no 3. Cette nouvelle catastrophe pourrait être causée par de l'hydrogène qui fuit en raison de l'échec (encore) du système de refroidissement. C'est vraisemblablement le même scénario qui avait déjà conduit, le 12 mars, à l'explosion à proximité du réacteur no 1.

Cette nouvelle catastrophe, qui s'apparente à un "hiver nucléaire", rappelle que s'il y a une population qui, depuis 60 ans, a eu de bonnes raisons d'être craintive face au nucléaire, c'est bien la population japonaise. Les plus virulents critiques, souligne le New York Times dans son édition de dimanche , ont toujours contesté l'installation et surtout la viabilité de centrales nucléaires dans une région propice aux séismes. Les réacteurs ont été bien sûr construits en conséquence... mais à la centrale Fukushima Daiichi, les concepteurs avaient, semble-t-il, sous-estimé le risque des tsunamis.

Comme en France où les dyfonctionnements des EPR sont pointés du doigt dans Le nucléaire français, bombe à retardement : oui dit le Pr Hirsch

Personne n' a tiré les enseignements de Tchernobyl

Tchernobyl devait être la dernière catastrophe nucléaire. Décideurs internationaux, agences spécialisées, scientifiques l'avaient promis dans les années qui ont suivi la catastrophe. Pourtant, depuis 24 heures, les craintes d'un accident nucléaire majeur sont de plus en plus vives, après une explosion samedi 12 mars 2011 dans une centrale nucléaire à 250 km de Tokyo. Cette explosion serait consécutive au très fort séisme et du tsunami qui ont fait la veille 1 800 morts et disparus au Japon, selon les chiffres officiels livrés par les autorités de ce pays.

Selon plusieurs journalistes présents sur place, joints par téléphone, "ce bilan pourrait toutefois s'alourdir....". De plus, reprenant des informations de la préfecture de Miyagi, dans le Nord-Est, la rédaction du Point fait état des inquiétudes locales, étant sans nouvelles d'environ 10 000 des 17 000 habitants de la ville portuaire de Minamisanriku , d'après la chaîne de télévision NHK.

Le communiqué officiel du gouvernement japonais, repris par l'agence Fijii, indique "c'est le plus important séisme depuis l'ère Meiji (1868 à 1912) et l'on pense que plus de 1 000 personnes y ont laissé la vie", après ce tremblement de terre de magnitude 8,9 survenu au large des côtes du Nord-Est et suivi d'un tsunami.

Au Japon, cette catastrophe est désormais qualifiée de "désastre national sans précédent" par le Premier ministre Naoto Kan. Selon l'agence Fijii, "l'armée a de son côté découvert de 300 à 400 corps dans le port de Rikuzentakata. De plus, entre 200 et 300 cadavres ont été retrouvés sur une plage de Sendai (préfecture de Miyagi) après le passage d'une vague de plus de 10 mètres de haut. À la centrale de Fukushima n° 1, également dans le Nord-Est, une explosion s'est produite samedi 12 mars 2011 à 15 h 36, heure locale, faisant, selon la télévision publique NHK, plusieurs blessés parmi les employés. Le chef du gouvernement a ordonné l'évacuation des habitants dans un rayon de 20 kilomètres autour de la centrale, tout en appelant la population locale à garder son calme...."

Les tremblements de terre n'arrivent pas qu'en Extrême-Orient

"Ce séisme dévastateur montre que le nucléaire est un colosse aux pieds d'argile", estime l'organisation française "Sortir du nucléaire", en précisant que "Les tremblements de terre n'arrivent pas qu'en Extrême-Orient".

L'examen des différentes dépêches d'agence montre que les autorités japonaises ont un problème de taille que n'avaient pas les autorités soviétiques à l'époque de Tchernobyl. En Russie, il y avait peu de population dans un rayon de 100 kilomètres autour de la centrale nucléaire. Au Japon, malgré la rapidité de réaction des secours (par rapport aux russes à Tchernobyl), la très très forte densité de population retarde la prise de mesures radicales.

Dans un premier temps, les autorités Japonaises sont évacué les civils dans un périmètre de trois kilomètres. Puis, le gouvernement a élargi le périmètre à 20 kilomètres. Est-ce suffisant avec une situation catastrophique qui empire d'heures en heures ?

Les secours Britanniques arrivent sur place

Dès le 12 mars à 19h10, les autorités françaises se sont voulues rassurantes. "Les émanations de vapeurs faiblement radioactives de la centrale nucléaire ne présentent pas à l'heure actuelle de danger pour les territoires français d'outre-mer" a déclaré à Paris la ministre de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet. Comme à l'époque de Tchernobyl, où le gouvernement de l'époque assurait "Que les nuages radioactifs s'arrêteraient à la frontière franco-allemande !"

Quelques minutes auparavant, à 18 h 24, le Drômois Eric Besson, ministre de l'industrie, déclarait : "rien à voir avec Tchernobyl.... L'incident de la centrale est grave mais ce n'est pas une catastrophe nucléaire.... Ca n'a rien à voir avec Tchernobyl".

La principale différence avec Tchernobyl, c'est que les autorités japonaises ont réagi très rapidement, avec des moyens importants. Dès 18 h 06, 50.000 soldats et personnels de secours étaient lancés pour porter assistance aux rescapés. Selon le Premier ministre Kan, "ce premier jour de recherches est crucial ...."

Pendant que les autorités françaises multipliaient les déclarations, les autorités britanniques ont envoyé, le 12 mars à 18 h 35, 59 spécialistes britanniques des secours, des chiens, une équipe médicale, 11 tonnes d'équipement, des matériels de levage et de découpage.

Le Premier ministre russe Vladimir Poutine inquiet

Le même jour, deux réactions méritent d'être soulignées. En Allemagne d'abord où 60 000 écologistes forment une chaîne humaine pour protester contre l'énergie nucléaire. "Les événements au Japon montrent une nouvelle fois combien l'énergie nucléaire est incontrôlable et dangereuse", déclare Jochen Stay, de l'association Ausgestrahlt (Irradié).

En Russie ensuite, où le Premier ministre russe Vladimir Poutine ordonne de vérifier les plans et les moyens de secours d'urgence dans l'Extrême-Orient russe à la suite de l'incident dans une centrale nucléaire. de son côté, l'agence de surveillance sanitaire russe manifeste son inquiètude en indiquant "qu'un éventuel nuage radioactif pourrait atteindre la péninsule du Kamtchatka en moins de 24 heures...".

Radioactivité et vapeurs radioactives

Les journalistes présents sur place ont indiqué, dans un premier temps, les pertes humaines engendrées par le séisme, en précisant "des villes entières ont été entièrement submergées par les eaux. Des voitures ont été projetées contre les façades des maisons, et même sur les toits, par la force de vagues déferlantes qui ont pénétré parfois jusqu'à cinq kilomètres à l'intérieur des terres."

Pendant 24 heures, la situation à la centrale de Fukushima n° 1 a fait l'objet de déclarations et de diagnostics contradictoires. Premier en ligne, le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano, s'est voulu rassurant. Reprenant les informations fournies par l'exploitant, Tokyo Electric Power (Tepco), il a souligné que "le caisson du réacteur n'avait pas subi de dégâts et que les radiations avaient par la suite diminué...."

De son côté, l'Agence japonaise de sécurité nucléaire et industrielle a qualifié de peu probable "que le caisson ait été gravement endommagé, après avoir d'abord averti qu'une fusion pourrait être en cours dans le réacteur..." Pourtant plusieurs journalistes japonais de l'agence Fijii indiquaient que "du césium radioactif a été détecté aux alentours de la centrale, ce qui atteste généralement qu'un tel phénomène est en train de se produire....". Et selon l'agence Kyodo, jointe par téléphone, "la radioactivité reçue en une heure par une personne se trouvant sur le site correspond à la limite de radioactivité à ne pas dépasser annuellement...."

Toujours selon la même source, "les autorités japonaises ont informé l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA) qu'"il y avait eu une explosion près du réacteur n° 1 de la centrale de Fukushima-Daiichi et qu'elles étaient en train d'évaluer l'état du réacteur.... À la centrale proche de Fukushima-Daini, le rayon d'évacuation des riverains est de 10 kilomètres... Les autorités ont également indiqué qu'elles se préparaient à distribuer des comprimés d'iode aux habitants des zones proches des deux centrales".

Les Japonais redoutent une réaction en chaîne et une fusion nucléaire

Selon les informations les plus récentes fournies par l'agence Kyodo, "la centrale de Fukushima n° 1 a été victime d'une série de problèmes depuis que le très fort séisme et ses répliques à répétition ont perturbé le fonctionnement de ses circuits de refroidissement. Tepco avait reçu pour instructions d'ouvrir les valves du réacteur afin de relâcher de la vapeur radioactive et de faire retomber la pression interne, anormalement élevée.

"Fukushima n°2 connaissait aussi des problèmes de refroidissement sur quatre de ses réacteurs et Tepco a pris des mesures de prévention similaires. Dans le même temps, quelque 50 000 soldats et sauveteurs, avec 190 avions et des dizaines de navires étaient acheminés dans les zones sinistrées de la façade Pacifique. Selon la police, plus de 215 000 personnes ont été évacuées vers des abris dans le Nord et l'Est, et, d'après l'agence Kyodo, plus de 3 400 habitations ont été détruites....'

Aucun observateur, aucune agence de presse ne peut actuellement garantir que l'exploitant Tepco contrôle la situation et soit en mesure d'évaluer les processus en cours au coeur du brasier. Comme à Tchernobyl, beaucoup de vies risquent d'être sacrifiées dans les équipes d'intervention autour des deux centrales, pour éviter que le Japon subisse un hiver nucléaire, saison de la désolation.

Des menaces en France

En France, comme indiqué dans Le nucléaire français, bombe à retardement : oui dit le Pr Hirsch , Areva a sous-estimé le risque de coupure d’électricité pouvant affecter les centrales nucléaires au point d’avoir amoindri les mesures de précaution entourant l’EPR par rapport au réacteur Konvoi, le prédécesseur direct de l’EPR, note Helmut Hirsch, de l'Agence de l'énergie nucléaire de l’OCD, dans son long rapport. De fait, le nombre et la capacité des systèmes de secours de l’EPR ont été réduits en comparaison de ceux de la deuxième génération de réacteurs.

Ainsi, le rapport Hirsch révèle que le nombre de groupes électrogènes de secours a été réduit.

Pour mémoire, Elmut Hirsch est expert autrichien, notamment auprès de l'Agence de l'énergie nucléaire de l’OCDE, depuis 30 ans. Il devrait apprécier les propos du ministre Eric Besson.

Lire aussi sur Suite 101 :

L’accident nucléaire de Fukushima pourrait se reproduire en France, comme Suite 101 l'a révélé dès le 12 mars 2011 dans Japon : l'hiver nucléaire saison de la désolation ,

Alain Louy, avocat à Strasbourg, fait partie de ces avocats qui ont dérapé. Maître Alain Louy, dans sa phobie des abeilles, a tenté de réduire les droits d'un papa apiculteur, en présentant les abeilles comme féroces, à la veille d'Apidays. Echec. Veille d'Apidays, un avocat strasbourgeois attaque les abeilles

Le nucléaire français, bombe à retardement : oui dit le Pr Hirsch

Sur le même sujet