Le corse Jean-Luc Germani, truand le plus recherché de France

Alors que des politiques auraient bénéficié des largesses des cercles de jeux, dont le Wagram, les tenanciers corses continuent de régler les comptes.
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Qu'est-ce qui différencie Jean-Luc Germani, le nouveau parrain corse, des autres voyous ? D'abord le fait qu'il est l’homme le plus recherché de France. Ensuite, c'est l'héritier de Richard Casanova, son beau-frère, l’un des piliers de la bande bastiaise de "La Brise de mer ", le cerveau présumé du casse de l’UBS à Genève en 1990, où le casse avait rapporté 125 millions de francs jamais retrouvés. Richard vivait avec Sandra, la sœur de Germani, avant d’être abattu le 23 avril 2008.

Avec sa taille de 1,76 mètre, son allure massive et un accent corse prononcé, Jean-Luc Germani se distingue aussi des autres truands par sa rapidité et sa froide détermination. Et le nouveau parrain corse, obsédé par la vengeance de son beau-frère, met désormais au pas voyous, adversaires, nationalistes, autonomistes et cercles de jeux parisiens.

Les récentes arrestations dans le milieu corse à Aix et Marseille avec la PJ visaient des personnes soupçonnées d'appartenir au grand banditisme corse dans le cadre d'une enquête sur des faits de racket. Selon les indiscrétions d'une source proche du dossier, jointe par téléphone, elles visaient aussi à obtenir des informations sur Jean-Luc Germani, pour parvenir à "le serrer".

Et les nouvelles affaires montrent la proximité des grands banditismes corse et marseillais. Les spécialistes du grand banditisme s'accordant sur le fait que le milieu corse et le milieu marseillais sont les plus puissants milieu français du grand banditisme . Le site Wikipedia écrit même : "Étroitement liés aux intérêts corses , le milieu de Marseille a traditionnellement de puissantes ramifications à Paris et à l'international ( Afrique du Nord , Amériques ..)".

Le nouveau parrain Corse aurait des juges et des "flics" dans sa manche

Dans le milieu corse, on dit de lui avec admiration "Il a la plus grosse paire de c…". Un qualificatif confirmé par un policier insulaire, habitué de ces dossiers difficiles. Mais, un magistrat, contacté par téléphone et qui souhaite conserver l'anonymat, tempère "Il a beaucoup de sang sur les mains...", puis lâche : "C’est l’héritier de Richard". Sans plus ! Comme si ce lien risquait de faire couler encore beaucoup de sang en Corse et en métropole.

Officiellement, dans les services centraux de la police judiciaire de Paris, "On est sans nouvelles de Germani, mais on le recherche activement". Pas directement, car selon certaines sources judiciaires et policières, "un de ses avocats aurait même proposé sa reddition....Mais, on l’attend toujours !", commente avec fatalité un enquêteur de la Police Judiciaire, en charge du grand banditisme depuis une quinzaine d'années. Contactés par téléphone, les avocats de Germani ont privilégié l'omerta et refusé de s’exprimer sur leur client, se contentant de réfuterr toute idée de négociation.

Pour un célèbre avocat, qui avait croisé son chemin dans le passé "Aujourd’hui, Jean-Luc Germani, c'est une terreur, c’est le mec qui fait peur !" Cette terrible réalité semble partagée par les plus hauts flics du pays :"C’est le numéro 1, indique un enquêteur chevronné de la PJ. Il n’y a pas d’équipe comme la sienne. On le retrouve partout : sur les assassinats en Corse, sur la protection des boîtes à Aix et des cercles de jeu à Paris. Il tient tout ! Et avec une poigne de fer… ".

Les cercles de jeux ont donné un second souffle à Germani

Jean-Luc Germani a réuni à ses côtés une équipe d'élite comprenant deux anciens dirigeants du Wagram, dont l'un est acteur de la série Mafiosa sur Canal+ et l'autre un "ami de trente ans" du député-maire de Sarcelles, François Pupponi, fidèle parmi les fidèles de Dominique Strauss-Kahn. François Pupponi est même soupçonné d'avoir fait pression sur un de ses employés, dont la belle-fille travaillait au Cercle Wagram avant le putsch de Jean-Luc Germani. Depuis, le cercle a été dissous, et une enquête a été ouverte pour blanchiment et extorsion de fonds.

Le 8 juin 2011 à 5h30 du matin, les policiers investissent le Cercle Wagram (17 ème arrondissement) et le Club Eldo (3 ème), des établissements spécialisés dans les jeux, notamment les tables de poker, très prisés par la jet-set de la capitale. Cela fait six mois que le Service central des cour­ses et jeux surveille de près les diri­geants de ces deux “pompes à fric” soupçonnées d’alimenter financièrement, grâce à des acrobaties comptables, certaines figu­res du grand banditisme corse. Pour la police judiciaire, tous les fils (ou presque) de cette ténébreu­se affaire remontent à la Corse, et à certains clans proches de la Brise de mer.

Un mandat d’arrêt pour association de malfaiteurs, extorsion de fonds et blanchiment d’argent a justement été lancé contre Jean-Luc Germani. Agée de 46 ans, ce nouveau parrain de la pègre insulaire n’est autre que le beau-frère de Richard Casanova, figure historique du gang bastiais de la Brise de Mer, abattu le 23 avril 2008.

Les deux lieutenants de Germani sont aussi recherchés

Après cette Saint Barthélémy du grand banditisme corse, des mandats sont aussi lancés contre les deux “lieutenants” de Germani, Stéphane Luciani et Frédéric Federici, fils du redoutableAnge Toussaint Federici, dit le Nettoyeur, qui purge actuellement 28 ans de réclusion criminelle pour sa participation à un triple assassinat. Germani, Luciani, Federici : trois patronymes qui apparaissent dans plusieurs histoires de braquages et de reglements de comptes, parmi lesquelles l’exécution en 2008, du viticulteur et dirigeant de club de football Jean-Claude Colonna.

Selon des spécialistes du dossier des cercles de jeux, "l'affaire était juteuse: la salle de jeu, avec ses murs rouges ornés de boiseries et sa vingtaine de tables, connaissait un succès continu, ne désemplissait pas. A l'image du Wagram, les cercles ont trouvé un second souffle avec le renouveau du poker. Les poeple s'y pressent, de Vincent Lindon à Patrick Bruel, en passant par Raymond Domenech ou Antoine Arnault, fils de la première fortune française. Néanmoins, dans les coulisses, les cercles suscitent toujours les convoitises des malfrats....".

Par leurs statuts, qui datent de 1947, ces cercles sont des associations à but non lucratif, dont les membres versent une cotisation. Ces cercles ne distribuent pas de bénéfices, sauf pour des bonnes oeuvres. Si le célèbre Clichy-Montmartre vise à promouvoir le billard, l'Aviation Club de France (ACF) se charge lui "de venir en aide aux veuves et orphelins des aviateurs, et aux groupements qui ont pour vocation la recherche médicale et scientifique, l'assistance aux catégories les plus défavorisées" Ce cercle, considéré comme le plus prospère et le plus important de Paris, reverse 10% de ses recettes à des dizaines d'associations: oeuvres sociales des pompiers de Paris, Armée du salut, Les Chiens guides d'aveugles de l'Ouest..., etc, la liste est longue !

Le cercle Wagram était présidé par un ancien policier des jeux, et l'ex-patron de l'antigang officie à l'ACF

Selon un parfait connaisseur des cercles, Daniel Anceau, un ancien flic des Renseignements généraux."On avait proposé de transformer les cercles en sociétés anonymes pour mieux contrôler les comptes, mais les politiques n'ont pas bougé". Le ministère de l'Intérieur, qui délivre les autorisations, contacté par téléphone, refuse de s'exprimer sur le sujet. Pourtant, dans tous ces cercles, les liens avec la police sont parfois étroits. Les conseils d'administration, vitrine officielle de ces associations un peu particulières, accueillent d'anciens policiers. Ainsi, le président officiel du Wagram, par exemple, était un retraité de la police des jeux.

A l'Aviation Club de France (ACF), on retrouve l'ex-patron de l'antigang, Charles Pellegrini, qui officie, "par amitié pour les Francisci", la famille la plus puissante du secteur. Rien d'illégal à première vue, mais surprenant tout de même !

Germani se construit une image sur fond de vendetta

C'est dans ce contexte affairiste que le nouveau parrain corse se construit, sur le mythe de la vendetta, une solide image "d'exécuteur testamentaire". Lors des obsèques de Richard, Jean-Luc Germani portait le cercueil de son beau-frère. Et les sources judiciaires qui connaissent le dossier ont un verdict sans appel : "Germani est obnubilé par la vengeance de Richard. Il a de sérieux atouts. Il est rapide intellectuellement, avec une bonne capacité d’analyse et jamais apeuré..."

Judiciairement, il n’y aurait pas grand-chose à lui reprocher. Lors de leur dernier séjour en prison, Germani et son état-major racontaient à la cantonnade qu'ils cherchaient à recruter des braqueurs, et selon l'avocat d'un voyou qui les côtoyait "se vantaient d’avoir un magistrat dans leur poche. Si on marchait avec eux, on ne risquait rien". Ces déclarations interviennent aussi après que l'île de Beauté ait sombré, voici plusieurs mois, dans un regain de violences, de contrats et de réglements de comptes, comme cela est décrit dans Comme au cinéma, les nouveaux gangsters sont surarmés...

Avec la détermination du corse le plus recherché de France, les ennemis du clan pourraient bien passer de vie à trépas. En effet, depuis que Richard Casanova et Francis Mariani, deux des piliers de "La Brise de mer", se sont entre-tués dans une guerre fratricide, l'île de Beauté a perdu une partie des "meilleurs de ses fils". Et les détonateurs de cette hécatombe auraient été Jean-Luc Germani lui même et les caméras de surveillance du domicile de Mariani, dont le fils comparait devant la juridiction Marseillaise depuis le 13 février 2012. Pour mémoire, Francis Mariani (le père de Jacques) a été tué dans une explosion en 2009, alors qu'il était en cavale.

Germani lancé comme Bonaparte au Pont d'Arcole

En 2007, Francis Mariani échappe, de justesse et par miracle, à un règlement de compte alors qu’il rentrait chez lui au volant de sa Porsche. En scrutant les images captées par ses caméras de surveillance, il croit identifier Germani dans une fourgonnette passant peu de temps avant la tentative d’assassinat. "Il a simplement cru le reconnaître à cause de son gabarit mais ce n’était pas lui" explique un policier chevronné ayant suivi ce dossier. Le mal était fait. On comprend mieux les craintes du clan Mariani depuis les déclarations d’un homme de main révélées par Le Monde, selon lesquelles c’est Francis Mariani en personne qui tenait l’arme qui a tué Richard Casanova. La guerre est déclarée.... Rien ne pourra l'arrêter".

Au vu de l'hécatombe de ces derniers mois, nul ne sait qui pourra barrer la route de Jean-Luc Germani, lancé comme Bonaparte au Pont d'Arcole. A croire que l'histoire est un éternel recommencement. Surtout pour les corses !

Lire aussi sur Suite101: à Marseille débute le procès de Jacques Mariani ce13 février 2012 |

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