Le procès de Jacques Mariani occulte la candidature de Sarkozy

A Marseille, le procès du Corse Jacques Mariani fait passer au second plan, dans les médias du grand Sud Est, l'annonce de la candidature de Nicolas Sarkozy
19

Truand renommé, Jacques Mariani est accusé d'avoir racketté depuis sa cellule de la prison de St Maur des boites et des restos aixois en 2008 et 2009. Les audiences du tribunal de grande instance de Marseille sont tellement truculentes que Jacques Mariani continue d'occuper la tête d'affiche des médias régionaux, même après l'annonce de la candidature de Nicolas Sarkozy pour un deuxième mandat à l'élection présidentielle.

Comme Suite101 l'a révélé voici près d'une semaine, le procès de Jacques Mariani a débuté à Marseille ce13 février 2012, et il réserve du grand spectacle. Car Jacques Mariani est le fils du défunt François Mariani dit Francis, ex-pilier du gang redouté de la Brise de mer, mort en janvier 2009, dans l'explosion accidentelle d'une bombe artisanale dans un hangar.

Pendant toute la semaine, Jacques comparaît pour extorsion de fonds et abus de confiance, orchestrés depuis sa cellule de la maison d'arrêt. Si, si, cet héritier d'une vieille famille corse est accusé d’avoir racketté depuis sa cellule de la centrale de St Maur (où il est incarcéré suite à sa condamnation à quinze ans pour le meurtre de Nicolas Montigny en 2001) des boites et des restos aixois en 2008 et 2009 ! Aux magistrats qui lui reprochent ces "extorsions de fonds", Jacques Mariani réfute avec véhémence et requalifie les actes qui lui sont reprochés en "sponsoring généreux". Car le corse a un humour féroce.

L'héritier des Mariani

Bon sang ne saurait mentir. Comme Suite 101 le révélait dans une précédente enquête ( à Marseille débute le procès de Jacques Mariani ce13 février 2012) , Jacques Mariani est le fils préféré de François Mariani, dit Francis, qui avait inauguré une "évasion non violente" en juin 2001. Du jamais vu dans les annales de la pénitentiaire ! Foi de maton. Francis Mariani, le papa de Jacques, avait réussi l'incroyable tour de force de s'évader grâce à un faux ordre de libération envoyé par fax en juin 2001 à la maison d'arrêt de Borgo (Haute-Corse) ! Homme le plus recherché de France, suite à cette évasion qui avait ridiculisé les services pénitentiaires et la justice, Mariani avait été interpellé en janvier 2002 à Vivario. Une cagoule et un pistolet dans le sac à dos !

Procès verbaux à l'appui, les juges tentent d'établir si le détenu corse finançait son train de vie en prison avec l'argent des boîtes de nuit . Extrêmement difficile. La présidente du tribunal Christine Mée et le tribunal cherche à comprendre comment ce détenu de la centrale de Saint-Maur finançait un train de vie cellulaire dont le seul poste "téléphone" oscillait autour de 600 € par mois. L'enquête aurait mis en évidence que des mandats provenaient notamment des caisses de la discothèque aixoise "La Joia".

Main basse des corses sur la discothèque "La Joia" à Aix-en-Provence

Solidement escorté par les hommes du GIPN en cagoule, Jacques Mariani tempère avec des expressions qui agacent les magistrats. Ses réponses sont invariables " peut-être" et "il me semble".

La très jeune et jolie comptable de la discothèque aixoise, Delphine Gastaldello, dont le père ami de Mariani faisait office de dirigeant de fait, suscite les compliments et civismes du procureur Marc Rivet. "Vous avez été la seule à assumer ce que vous avez fait, ce que vous avez dit. Fait : ce sont les mandats adressés à Mariani, pour un total de 4 500 € et quelques vêtements de prix. Et dit aux enquêteurs : les ordres arrivent directement de Jacques Mariani et nous exécutons".

Le lecture de longs extraits des dépositions permet de comprendre que la jeune femme a présenté le truand corse en "vrai donneur d'ordres dans une boîte qui lui sert de pompe à fric". Pour elle "La Joia est une société sur laquelle les malfaiteurs ont fait main basse et non pas une société constituée par des malfaiteurs puis gérée par des prête-noms".

Un témoignage qui montre la difficulté d'enquêter en Corse, les spécialistes du grand banditisme s'accordant sur le fait que le milieu corse et le milieu marseillais sont les plus puissants milieu français du grand banditisme . Le site Wikipedia écrit même : "Étroitement liés aux intérêts corses , le milieu de Marseille a traditionnellement de puissantes ramifications à Paris et à l'international ( Afrique du Nord , Amériques ..)".

Si les historiens font généralement remonter à l'entre-deux-guerres, avec Paul Carbone et François Spirito , l’apparition du « milieu marseillais », c’est-à-dire, selon Wikipedia, "l’existence d’un vaste réseau organisé de contrôle des activité illicites et de vol, au profit d’une élite du crime plus ou moins proche des élites officielles (politique, milieux d’affaires, police, show-business , sport…)", des activités illicites ont toujours existé à Marseille et en Corse.

"Le monde de la nuit, devant c'est les paillettes, c'est beau, mais derrière c'est méchant"

Un ancien gérant de l'établissement vient renforcer le témoignage de la jeune comptable, en déclarant "Le monde de la nuit, devant c'est les paillettes, c'est beau, mais derrière c'est méchant". En jugeant, pendant cette semaine de la Saint-Valentin, Jacques Mariani, 46 ans, fils d'un baron corse de la Brise de Mer, accusé d'extorsions de fonds sur des boîtes aixoises, le tribunal correctionnel de Marseille a entrepris une immersion dans les eaux profondes et troubles des arrière-boutiques du monde de la nuit.

Face à un Jacques Mariani impassible et sûr de lui, les audiences vont se poursuivre jusqu'à vendredi 17 février 2012

.

Sur le même sujet