L'Empereur du lait Emmanuel Besnier ne s'intéresse pas à Doux

Après l'OPA réussie sur Parmalat, des rumeurs indiquaient que Lactalis et Emmanuel Besnier étaient prêts à reprendre Doux et une partie des salariés.

Alors que le tribunal de commerce de Quimper doit faire connaître ce vendredi 10 août 2012 les dernières offres de reprises pour le groupe Doux, placé en liquidation judiciaire, les noms de différents groupes industriels ont circulé, notamment celui de Lactalis, le géant mondial de l'agroalimentaire. D'autres informations concordantes ont fait état de l'appétit des groupes industriels volaillers Duc et LDC. Mais, selon un magistrat proche du dossier, joint par téléphone et qui souhaite conserver l'anonymat "Il n'y a pas la bousculade. Sauf surprise, il n'y aura pas d'offres pléthoriques déposées, aujourd'hui, au tribunal de commerce de Quimper pour reprendre le pôle frais de Doux et ses 1 704 salariés..."..

Comme le montre l'enquête réalisée par Suite101, f leuron du poulet français, Doux pourrait être désossé ce 10 août (Suite101.fr) en l'absence d'un repreneur d'envergure disposant d'un soutien bancaire et de cadres aptes à relancer la machine.

Contactés par téléphone, la direction de Lactalis et la famille Besnier démentent toute intention de reprise de Doux, après l'OPA réussie sur l'Italien Parmalat. Bien que les secrets de Lactalis et d'Emmanuel Besnier, "l'Empereur du lait", soient bien gardés, ce démenti est à prendre au sérieux.

Lactalis reste un empire secret

N'étant pas côtée en bourse, Lactalis n'a jamais publié de rapports financiers détaillés, et l'organisation de la société restait donc jusqu'à l'été 2011 pour le moins vague. Et ce fut une grande première pour les concurrents de Lactalis, les agriculteurs clients et les marchés financiers. Durant l'été 2011, le groupe laitier a été contraint de dévoiler son organisation interne et le détail de ses comptes. Après 50 ans de "clandestinité", l'entreprise familiale de Laval a dû sortir de son silence dans le cadre de son OPA sur l'Italien Parmalat.

Après que le groupe laitier italien Parmalat se soit opposé à l’offre publique d’achat (OPA) formulée par Lactalis car il estimait cette proposition insuffisante, et dénonçait un manque d'informations financières sur le groupe. Du coup, pour rassurer le conseil d’administration de l’italien Parmalat, "dans le cadre d'une prise de contrôle", Lactalis, premier groupe laitier mondial, a du révèler la structure du capital de l'entreprise familiale, dans un document fourni en Italien.

Du coup, la répartition du capital est beaucoup moins opaque depuis cet été, avec les nombreuses informations sur leur société.

La structure du capital de Lactalis aux mains de la famille Besnier

La famille Besnier possède 100% du capital, et le PDG, Emmanuel Besnier, est l'actionnaire majoritaire. Les documents remis aux Italiens montrent en effet qu'il détient une légère majorité de la maison mère du groupe, BSA. Emmanuel Besnier est le petit fils du fondateur de Lactalis, André Besnier. Les principaux actionnaires sont la famille Besnier, BSA Finances, Claudel, Roustang Galac, Jema 1, Sofil.

Au niveau des résultats financiers, ils sont globalement positifs. Le résultat brut d'exploitation (Ebitda) pour l'année 2010 est de 994 millions d'euros, le bénéfice net atteind 308 millions. Le chiffre d'affaire du groupe est en progression de 11% sur un an, à 10,4 milliards d'euros pour l'exercice 2010. Il faut noter que ce volume d'affaires a été quasiment multiplié par deux depuis 2005.

Malgré tous ces bons résultats, l'endettement du groupe reste très élevé : 4,3 milliards d'euros après le rachat de 29% de Parmalat. Il est vrai aussi que le groupe Lactalis a réalisé de nombreuses aquisitions ces dernières années, et le poids de la dette commence à peser. > Avec le rachat du groupe Italien Parmalat le 28 juin 2011, si 100% des actionnaires de Parmalat acceptent de vendre leurs actions, l'endettement de Lactalis pourrait grimper à 7,7 milliards d'euros. Ce cas de figure est envisagé, et cette dette supplémentaire estt financée par un emprunt déjà négocié avec un groupe de banques.

Une fois l'acquisition définitivement actée auprès de tous les actionnaires, le groupe devra restructurer sa dette. Selon les Echos, "Lactalis devrait alors consacrer entre 30 et 50% de ses cash-flows à les rembourser".

Le document fourni par Lactalis au groupe Italien révèle également quelques informations nouvelles sur les ventes du groupe. Son chiffre d'affaires provient à 46% des fromages, 17% du lait, 14% des produits frais 11% de beurre et crèmes et 12% d'autres produits. Si le nom Lactalis n'apparaît pas directement sur les étals des supermarchés, l'entreprise est présente sur le marché avec des produits comme le camembert Président, le lait Lactel ou encore la mozarella Galbani.

Le premier marché de Lactalis reste la France

Géographiquement, le premier marché de Lactalis reste la France avec 39% des ventes. circulaient dans les milieux informés sur une possible reprise de Doux par le géant Lactalis.

L'Italie vient ensuite avec 13% (Lactalis y contrôle 26% du marché) puis vient le reste de l'Europe (33% au total), 8% dans les Amériques, l'Afrique et le Moyen Orient avec 5%, l'Asie et Océanie 2%. Avec une présence dans 150 pays, Lactalis est le troisième groupe laitier mondial.

Les nouvelles informations permettent de mieux comprendre la stratégie de la famille Besnier. Le journal Les Echos a notamment relevé des éléments qui indiquent que Lactalis a commencé son offensive sur Parmalat dès 2008. Les premières actions du groupe italien ont alors été achetées entre 1,2 et 1,5 euro, de manière à préparer l'offensive finale de 2011.

Les autres grands chiffre du groupe Lactalis

9,9 milliards de litres de lait produits par les agriculteurs ont été transformés par les usines du groupe Lactalis dont six milliards de litres de lait de vache, 162 millions de litres de lait de brebis, 74 millions de litres de lait de chèvre achetés auprès de 23 300 éleveurs-producteurs français répartis sur soixante-seize départements.

À l'étranger, 3 milliards de litres de lait sont collectés dont 1,1 milliard aux Etats-Unis..

Transformations écoulées du groupe Lactalis : fromages, 750 000 t ; produits frais, 300 000 t ; matière grasse, 152 000 t ; crème, 125 000 t ; produits industriels, 563 000 t ; viande, 49 000 t.

Reventes écoulées du groupe Lactalis : lait, 1 500 millions de litres.

Difficile d'approcher le PDG Emmanuel Besnier

Emmanuel Besnier, surnommé 'l'Empereur du lait" par ses détracteurs, reste un PDG secret. Il n’apparaît pas en public. Il n’a jamais donné d’interview. La seule photo de lui qui circule a été volée en Croatie, il y a quatre ans, lors d’un voyage d’affaires.

"Mais dans l’ombre de son empire familial, les apparences cachent un chef d’entreprise insatiable" nous confiait, voici quelques années, Luc Morelon, un cadre du directoire Lactalis, à la retraite depuis le début de l'année 2011. Cet interlocuteur ajoutait : "Emmanuel est un pur produit Besnier, l’emblématique entreprise fromagère lancée en 1933 à Laval, par André, son grand-père. Il est né en 1971 dans le fief familial, trois ans seulement après que son père lance sur le marché le camembert Président et le conditionnement du lait en brique. Sa carrière est alors toute tracée. Jeunesse à Laval, puis études secondaires à Paris, dans une école de commerce : à 24 ans, il était propulé directeur du développement de la société, devenue Lactalis à partir de 1999..."

Emmanuel Besnier incarne la réussite familiale. Ila même réussi à obtnir l'allégence, puis l'admiration des vieux cadres du groupe à l'image de Luc Morelon. Dès 2000, au décès prématuré de son père, Emmanuel Besnier, aîné de la fratrie, reprend les rênes de l’empire familial, alors second laitier d’Europe. Il a 29 ans. Il lance alorse une vague de rachats pour faire grandir le groupe : Italie, Kazakhstan, États-Unis ou Pologne. Tout l'intéresse : fromage fondu, mozzarella, lait, crème, et rien ne résiste à son appétit.

Pour le cadre retraité Luc Morelon, "Le père Besnier a constitué le groupe, le fils Besnier en a fait un géant". Un géant qui emploie aujourd’hui 52 000 personnes dans 126 pays, et qui collecte chaque année 9,9 milliards de litres de lait.

À l’image de son dernier coup de force sur Parmalat, la stratégie expansionniste d’Emmanuel Besnier, aujourd’hui âgé de 40 ans, dérange. En 2009, il s'est fait beaucoup d'ennemis dans le monde agricole et les administrations, en fustigeant assez brutalement "la politique agricole démagogique, menée par une administration déphasée et un syndicalisme sclérosé", et en dénonçante "des groupes coopératifs qui n’ont jamais rien prouvé en France".

Ses déclarations de maréchal d'Empire lui ont attiré l’inimitié du secteur agricole, lesproducteurs en tête. Mais aussi des distributeurs, surtout quand il ordonne à ses cadres, en février dernier, de ne plus approvisionner les hyper Leclerc qui lui refusent des augmentations tarifaires.

Tous ceux qui l'ont approché au sein du groupe évoquent aussi une réputation ternie par un manque de transparence, et des caprices "d'enfant gâté". En effet, jusqu’à l’OPA réussie de 2011 sur le géant Italien Parmalat, Lactalis n'a jamais publié ses comptes au greffe. Les Besnier préféraient s’acquitter d’une amende plutôt que de renseigner la concurrence et les fournisseurs. Le culte du secret a été poussé jusqu'au bout, jusqu'au "Pont d'Arcole" par le "Napoleon du lait" pour conquérir le géant Italien Parmalat. Mais là, foi de Besnier, l'Empereur du lait n'a aucun appétit pour la volaille du groupe Doux ! C'est promis, c'est juré !

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