Libye : l'aviation bombarde les insurgés, Kadhafi communique

Pendant que l'armée gouvernementale tente d'anéantir la rébellion, le dictateur Mouammar Kadhafi communique et tente de séduire les journalistes ce 8 mars.
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Chaque jour, la situation empire en Libye. A tel point que les ministres arabes des Affaires étrangères doivent tenir une réunion de crise, vendredi, pour discuter de l'escalade de la violence en Libye,selon un diplomate des Emirats arabes unis, joint par téléphone ce 8 mars 2011.

Cette source diplomatique confirme que "le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi s'est rendu mardi 8 mars vers 23 h 15 à l'hôtel Rixos de Tripoli, où la grande majorité des journalistes étrangers sont confinés, pour des interviews à des chaînes télévisées. Vêtu d'une tunique noire et coiffé d'un turban ocre, le colonel Kadhafi a traversé la foule de journalistes massée dans le hall de l'hôtel sans répondre à leurs questions, tout en levant les bras et serrant les poings en signe de victoire."

Que sait-on vraiment de la Libye ?

Dans un livre intitulé "Au coeur de la Libye de Kadhafi", qui paraîtra le 13 avril 2011 aux éditions Jean-Claude Lattès, Patrick Haimzadeh, ancien officier de l'armée de l'air, arabisant, considéré comme un spécialiste de la Libye, apporte un nouvel éclairage sur la situation. Il dissèque ce que dissimule la personnalité fantasque et mégalomaniaque du colonel Kadhafi…

Afin de cerner les origines et les enjeux de la guerre civile, et pour comprendre comment ce régime a pu perdurer plus de quarante ans, Patrick Haimzadeh, qui a côtoyé les chefs de tribus, propose un tableau clair et complet de ce pays. Au fil de 188 pages, il évoque l'histoire, les conquêtes phéniciennes et la modernité avec la Libye actuelle, après avoir analysé l’occupation italienne, ainsi que les liens très subtils qui unissent les populations du Maghreb..

Cet ouvrage se nourrit d’entretiens multiples effectués ces dernières années, avec des Libyens de tous horizons, des officiers supérieurs restés fidèles à Kadhafi ou ayant rallié la rébellion, suite à leur appartenance tribale. Le véritable témoignage d'un acteur français ayant été en poste diplomatique pendant plusieurs années à Tripoli. Outre la connaissance des organes officiels du pouvoir, ce séjour a permis à l'auteur d’aller à la rencontre du pays réel et de comprendre. Auparavant, Il avait été en poste en Egypte, en Irak, au Yémen et au sultanat d’Oman, pour le compte de la France ou des Nations Unies, en tant que coopérant, analyste ou négociateur dans des contextes de crise.

Intenses bombardements aériens dans l'est et l'ouest de la Libye

Tandis que le conflit perdure et que le dictateur tient bon, une source émirati confirme que les forces de Mouammar Kadhafi ont accentué mardi 8 mars la pression sur les manifestants et la rébellion. L'aviation gouvernementale, équipée d'avions vendus par la France, a notamment bombardé, dans le cadre d'actions coordonnées avec l'armée de terre, des positions dans l'est de la Libye, ainsi que les positions des insurgés à l'ouest, au moment où les appels se multipliaient pour une zone d'exclusion aérienne.

Plusieurs sources diplomatiques jointes par téléphone à Tripoli font état d'une volonté du président Kadhafi d'aller vite dans la mise en oeuvre de la répression sanglante des opposants. Il s'agirait de prendre de court le président américain, Barack Obama, et le Premier ministre britannique, David Cameron, qui seraient tombés d'accord pour "'aller de l'avant dans la planification de toute la gamme de réactions possibles", dont l'imposition d'une zone d'exclusion aérienne.

Après plusieurs semaines d'hésitations, les dirigeants 0ccidentaux et Barack Obama affichent désormais leur soutien à l'insurrection. Selon une source proche du Pentagone, les Etats-Unis et l'Union européenne auraient rencontré des représentants du Conseil national de transition installé par la rébellion à Benghazi, centre de l'insurrection situé à un millier de km à l'est de la capitale Tripoli.

Le dictateur Kadhafi très déterminé

Les manoeuvres diplomatiques occidentales ne semble pas avoir entamé le moral du colonel Kadhafi, qui entend toujours mater dans le sang la rébellion lancée il y a trois semaines. Selon des journalistes en poste à Tripoli, le dictateur Libyen a mis en garde, le 8 mars, contre "toute atteinte à son pays".

Depuis 48 heures, les troupes fidèles au dictateur Kadhafi tentent de stopper la progression vers l'ouest des rébelles qui contrôlent la région orientale pétrolière ainsi que certaines localités de l'ouest. Les militaires libyens ont lançé une opération de reconquête avec des blindés et des avions contre les opposants moins bien armés.

Selon plusieurs journalistes occidentaux, "l'aviation Libyenne a bombardé intensément la ville pétrolière de Ras Lanouf, base la plus avancée de l'opposition dans l'Est, faisant un blessé et touchant un immeuble. La banlieue ouest du port pétrolier, à environ 300 km au sud-ouest de Benghazi, a été pilonnée et trois personnes ont été blessées, les rebelles parlant eux d'un déluge de feu."

A l'ouest de Tripoli, l'opposition contrôlait toujours Zenten mais la ville serait totalement encerclée par les forces pro-Kadhafi, selon un médecin français présent sur place et joint par téléphone. Selon lui, "les opposants contrôlent toutes les villes jusqu'à Nalout, près de la frontière tunisienne"

Les forces pro-Kadhafi ont aussi engagé une contre-offensive sur Zawiyah, le bastion des insurgés le plus proche de la capitale, fief du colonel Kadhafi, et seraient sur le point de reconquérir cette zone.

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