Libye : Qui sont les mercenaires du dictateur Mouammar Kadhafi ?

Des guerriers issus de l'Afrique Subsaharienne, des Européens des pays de l'Est, des Pakistanais et quelques Asiatiques sont les défenseurs de Kadhafi.
30

A croire que le dictateur libyen s'est inspiré des guerres puniques de Carthage, lorsque Hanibal Barca payait à prix d'or des hordes de mercenaires pour tenter de vaincre les Romains. Vingt siècles plus tard, l'histoire se répète dans l'ancienne colonie de Rome, à quelques centaines de kilomètres de l'antique Carthage (les ruines historiques se situent en Tunisie suite aux anciennes frontières coloniales) et des milliers de mercenaires défendent, bec et ongle, le régime du dictateur Kadhafi.

Cette présence de mercenaires a été constatée dès le début du soulèvement en Libye, le 17 février 2011. De nombreux observateurs occidentaux, présents dans les principales villes libyennes, confirment la présence massive de combattants étrangers sur le territoire de la "Jamahiriya". Ils évoquent "des « mercenaires africains », dont certains s’expriment en français et qui participent en première ligne à la répression des manifestants. Ces mercenaires sont le résidu de tous les conflits dans lesquels le président libyen s’est ingéré durant quatre décennies."

Des "guerriers mercenaires" qui combattent depuis 30 ans

Il faut remonter au début des années 1970 pour bien comprendre le fonctionnement de "cette légion libyenne". Quelques années après sa prise de pouvoir, Kadhafi rêve de prendre la tête d’un grand Etat saharien. Il s'autoproclame alors "protecteur naturel de tous les peuples nomades du Sahara et du Sahel".

Dès cette époque, il entre en concurrence avec la France qui soutient les régimes post-coloniaux. Il contribue à la formation militaire de la future rébellion touareg en enrôlant de jeunes nomades, victimes de la sécheresse au Mali et au Niger. Il constitue une « Légion islamique » qui s’entraîne dans le sud de la Libye. Cette Légion deviendra le moule d’où sortiront les combattants du GSPC, puis de l’AQMI (Al Qaida au Maghreb islamique). Le colonel Kadhafi intervient à cette époque au Tchad, où il soutient les nomades toubous et leur chef Goukouni Oueddei, puis Hissène Habré et le chef d’Etat actuel Idriss Deby.

Nouvelle étape pour le colonel Kaddhafi qui élargit son périmètre opérationnel via le Tchad. Il appuie des groupes rebelles du Darfour, et en Afrique de l’Ouest, il apporte un soutient à Charles Taylor au Liberia et à Lansana Kouyaté en Guinée. Le colonel Kadhafi accueille aussi des adversaires de Mobutu, formés et équipés à Tripoli et, en 1986, une délégation congolaise dont fait partie Laurent-Désiré Kabila échappe de justesse au bombardement américain.

Des mercenaires au service des délires de Kadhafi

L’Afrique centrale devient le "terrain de chasse" des "chiens de guerre" du guide de la révolution libyenne. Le chef d'état libyen entend alors donner l'image du " roi des rois traditionnels". Il veut mêrme financer un projet pharaonique, réalimenter le lac Tchad puis la nappe phréatique libyenne grâce aux eaux du fleuve Congo. Nouvelle étape en Centrafrique, en 2002, lorsque Kadhafi appuie le président Ange Patassé que les Français souhaitent remplacer par François Bozize.

On retrouve les mercenaires de Kadhafi lorsque l’armée centrafricaine fait appel aux troupes de Jean-Pierre Bemba, basées dans la province congolaise de l’Equateur. C’est Kadhafi qui règle la note du corps expéditionnaire congolais, réputé à l'époque pour ses exactions. Des exactions qui vaudront à Bemba de se retrouver inculpé par la Cour pénale internationale.

En 2009, lorsqu'il est "élu" à la présidence de l’Union africaine, le colonel Kadhafi, assagi, "politiquement fréquentable", négocie avec les chefs d’Etat en place. Mais, il continue à entretenir d’innombrables réseaux parallèles, composés de tous les «soldats perdus » de ses guerres africaines. Pour mater la révolte de 2011, il vient de puiser dans son immense vivier de mercenaires apatrides.

Que sait-on vraiment de la Libye ?

Dans un livre intitulé "Au coeur de la Libye de Kadhafi", qui paraîtra le 13 avril 2011 aux éditions Jean-Claude Lattès, Patrick Haimzadeh, ancien officier de l'armée de l'air, arabisant, considéré comme un spécialiste de la Libye, apporte un nouvel éclairage sur la situation. Il dissèque ce que dissimule la personnalité fantasque et mégalomaniaque du colonel Kadhafi… Afin de cerner les origines et les enjeux de la guerre civile, et pour comprendre comment ce régime a pu perdurer plus de quarante ans, Patrick Haimzadeh, qui a côtoyé les chefs de tribus, propose un tableau clair et complet de ce pays. Au fil de 188 pages, il évoque l'histoire, les conquêtes phéniciennes et la modernité avec la Libye actuelle, après avoir analysé l’occupation italienne, ainsi que les liens très subtils qui unissent les populations du Maghreb..

Cet ouvrage se nourrit d’entretiens multiples effectués ces dernières années, avec des Libyens de tous horizons, des officiers supérieurs restés fidèles à Kadhafi ou ayant rallié la rébellion, suite à leur appartenance tribale. Le véritable témoignage d'un acteur français ayant été en poste diplomatique pendant plusieurs années à Tripoli. Outre la connaissance des organes officiels du pouvoir, ce séjour a permis à l'auteur d’aller à la rencontre du pays réel et de comprendre. Auparavant, Il avait été en poste en Egypte, en Irak, au Yémen et au sultanat d’Oman, pour le compte de la France ou des Nations Unies, en tant que coopérant, analyste ou négociateur dans des contextes de crise.

Des mercenaires surentraînés et suréquipés

Selon une source diplomatique émirati, jointe par téléphone, ces "guerriers mercenaires sont armés et entraînés. Ils sèment la peur auprès des opposants au dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi. Tristement baptisés "escadrons de la mort" par la population locale, ces hommes ont pour mission d’abattre un maximum d’insurgés."

Qui sont ces "soldats" qui ont décidé de défendre bec et ongle le régime de Tripoli ? Il est difficile d’en dresser un portrait-type, étant donné "le caractère insidieux de leur existence", explique Jean-Philippe Daniel, spécialiste du mercenariat à l’ Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) . La Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) évalue leur nombre à 6 000. Ils seraient 30 000, d’après les chiffres de l’hebdomadaire "Courrier international" .

Des mercenaires du Maghreb, d'Afrique et d'Europe de l'est

Avec tous ces mercenaires formés par d’anciens combattants issus des différentes rébellions africaines financées par le colonel Kadhafi depuis son arrivée au pouvoir en 1969, renforcés par des cadres issus d'anciens pays de l'Europe de l'Est, Kadhafi dispose d'une armée de "professionnels".

Beaucoup seraient issus du Tchad, du Niger, de Mauritanie, d’Algérie, de Centrafrique, mais aussi de quelques pays asiatiques. "Je ne crois pas que leur recrutement se soit fait au hasard et au cas par cas, c’est tout simplement impossible, ajoute Jean-Philippe Daniel. Je pense que ces mercenaires faisaient déjà partie de groupes étrangers alliés au régime Kadhafi depuis une trentaine d’années et qu’ils sont venus vendre leurs services à ce dernier dès le début de l’insurrection."

Depuis plusieurs semaines, de nombreuses vidéos postées sur Internet montrent des hommes tirant à balles réelles sur la population. Des scènes réelles filmées dans l’Est libyen et à Benghazi, fief de l’opposition libyenne. "De nombreux habitants de Brega qui viennent d’arriver à Benghazi affirment avoir vu là-bas des mercenaires aux côtés des pro-Kadhafi. D’après l’accent, ils pensent qu’il s’agissait de Tchadiens. Plusieurs dizaines d’entre eux ont été arrêtés par les insurgés." témoigne, par téléphone, un médecin français qui se trouvait dans cette zone.

Certains mercenaires percevraient 14 500 euros par jour

Depuis le 24 février, l'emploi des mercenaires a été officiellement confirmé par un proche du colonel Kadhafi. Le ministre libyen démissionnaire de la Justice, Moustapha Abdel Jalil a déclaré devant plusieurs télévisions "Je savais que le régime disposait de mercenaires bien avant le soulèvement".

Selon un témoignage recueilli par l’agence de presse Reuters , le régime du colonel Kadhafi rétribue grassement ces combattants, entre 725 à 14 500 euros par jour pour tuer des insurgés. Jean-Philippe Daniel. juge, pour sa part, peu crédibles ces dernières informations. Il ajoute "Je ne crois absolument pas à des salaires qui dépasseraient les 4 000 euros par mois, à moins d’être très qualifié, d’être pilote. On ne paye pas un fantassin aussi cher. Imaginez la fortune colossale que coûteraient ces hommes pour le régime."

Des diplomates occidentaux présents sur place font état d'une logistique bien huilée, et confient :"certains mercenaires atteindraient le territoire libyen grâce à des ponts aériens mis en place entre la Libye et le Niger. D'autres mercenaires arrivent par leurs propres moyens".

Beaucoup de Subsahariens ayant une parfaite connaissance du terrain

Pour les expatriés occidentaux, les mercenaires les plus dangereux seraient les nombreux Subsahariens qui vivaient et travaillaient en Libye. Ils ont une poarfaite connaissance du pays, du terrain et de la population.

Les manifestants et les rebelles font la chasse aux mercenaires, n'hésitant pas à lyncher ceux qui sont pris. Ce qui inspire de vives inquiétudes aux expatriés, qui travaillent dans des entreprises locales, et qui ont une couleur de peau foncée, à l'image de ceux venus de Guinée-Bissau. Ainsi à Zouara, à l’ouest de Tripoli, Julio Pereira, joint par téléphone, se sent menacé et il aimerait quitter la Libye au plus vite. Il confie : "Les opposants nous prennent tous pour des mercenaires à cause de notre couleur de peau". Et l'homme n'ose plus aller à l'extérieur du camp de Choucha, à la frontière tunisienne . "Ma couleur de peau fait de moi un paria. Je n’avais jamais imaginé risquer ma vie sur de simples allégations."

Avec les mercenaires d'un côté, la rébellion de l'autre, la vie est devenue un enfer en Libye pour tous les civils, qu'il soient européens, portugais, africains ou libyens. Et personne ne semble en mesure, aujourd'hui, d'arrêter de déchaînement de violence.

Lire aussi sur Suite 101

Alain Louy, avocat à Strasbourg, fait partie de ces avocats qui ont dérapé. Maître Alain Louy, dans sa phobie des abeilles, a tenté de réduire les droits d'un papa apiculteur, en présentant les abeilles comme féroces, à la veille d'Apidays. Echec. Veille d'Apidays, un avocat strasbourgeois attaque les abeilles

Sur le même sujet