Lyon : 300 adultes et enfants dorment dans la rue et le froid

Près de 300 hommes, femmes ou enfants passent la nuit à la rue au mois de Décembre; Que faut-il de plus pour que l'Etat accomplisse enfin sa mission ?

Alors que le froid est de retour, une vingtaine d'associations dénoncent le drame de 300 sans abris à Lyon dans une lettre émouvante adressée au préfet de région Jean-François Carenco . Et les associations concernées donnent une conférence de presse ce 14 décembre à 11 h à la bourse du travail de Lyon pour dénoncer cette inhumanité des pouvoirs publics.

A Bordeaux, à Paris, à Lyon, la pauvreté des rues s'amplifie et la paupérisation de nombreux foyers s'accentue. 8,136 millions de personnes vivaient en 2010 avec moins de 950 euros par mois, contre 8,035 millions en 2007. C'est ce que révèle le rapport "Revenus fiscaux et sociaux" . Ses auteurs estiment que 13% de la population française vit en dessous du seuil de pauvreté, un chiffre quasi stable par rapport à 2007. La moitié d'entre eux vivent avec moins de 773 euros mensuels.

Qui est considéré comme pauvre en France ?

Toutes les personnes dont le niveau de vie est inférieur à 950 euros par mois, soit 60% du salaire médian dans l'Hexagone. La France comme l'Europe optent pour un seuil de pauvreté relatif , et non absolu comme les pays en voie de développement. Ces derniers s'appuient sur les dépenses minimales nécessaires à un niveau de vie décent. Mais dans les pays développés, avec un seuil relatif, la définition de la pauvreté évolue suivant les époques.

Une situation dramatique et insoutenable à Lyon !

Dans ce courrier, daté du 13 décembre 2011, adressé au préfet de Région Carenco, habitué des dossier difficiles puisqu'il était auparavant le directeur de cabinet de Jean-Louis Borloo, les organisations CGT, CFDT, FSU, Sud/Solidaires, UNSA, Alpil, CLASSES, Les Enfants de Don Quichotte Lyon, FCPE Rhône, FNARS Rhône Alpes, Fondation Abbé Pierre, Les Indigné-es, Ligue des Droits de l’Homme Fédération Du Rhône, RESF, Réseau des Professionnels de l’urgence sociale, Réseau Personne Dehors, Resovigi, dénoncent une situation intenable.

"Monsieur le Préfet, vous aviez annoncé en Septembre dernier que 650 places seraient ouvertes cet hiver pour l’hébergement d’urgence des sans abris. Ces annonces nous avaient heureusement surpris parce qu’elles semblaient manifester la volonté de prendre des mesures qui soient à la hauteur de l’enjeu, en tous les cas, pour ce qui concerne l’hébergement d’urgence" expliquent les associations signataires.

Des enfants dorment dans les rues

Au fil de ce SOS lancé au préfet, les associations expriment leur détresse : "nous nous adressons à vous aujourd’hui parce que nous sommes atterrés par ce que nous constatons chaque jour sur le terrain. Atterrés non seulement par l’écart entre ces annonces et la réalité des faits. Mais parce que la situation actuelle est plus grave, plus dramatique encore que celle de ces dernières années.

Ce sont en effet plus de 300 personnes actuellement qui font appel au 115 et restent sans solution d’hébergement, vous le savez.

"Le phénomène était parfaitement prévisible, vous le savez aussi, puisque dès le mois de Septembre les chiffres étaient alarmants, puisqu’ils n’ont cessé de croître depuis. Et pourtant nous en sommes là : chaque soir, 300 personnes restent à la rue parce que le 115 n’a pas la capacité de répondre à leur demande.

"La situation est à ce point insupportable que des parents d’élèves ont envisagé d’héberger au sein même d’écoles (Gilbert Dru ou Painlevé) des familles dont les enfants sont scolarisés dans ces établissements et qui dormaient à la rue. Démarche exemplaire qui atteste du caractère insupportable de la situation présente...."

Les associations dénoncent la désinformation de la Préfecture

L'Etat semble vouloir masquer la dramatique situation des plus pauvres. Les associations dénoncent en effet : "Pourtant, la communication de la Préfecture se veut rassurante et diffuse l’idée que le dispositif d’accueil va monter en puissance selon l’évolution des besoins. Mais les besoins ne sont-ils pas criants, Monsieur le Préfet, lorsque près de 300 hommes, femmes ou enfants passent la nuit à la rue au mois de Décembre ? Que faut-il de plus pour que l’Etat accomplisse enfin la mission qui est la sienne à leur égard ? Que faut-il de plus pour qu’il prenne les mesures qui relèvent du plus élémentaire respect des droits humains ?

"Ne comprenez-vous pas, Monsieur le Préfet, que nous sommes face à un état d’urgence ? Que les refuges d’une nuit ou deux trouvés par quelques uns chez des amis ou dans des squats ne changent rien au problème ? Que le froid, l’isolement et l’errance détruisent les êtres ? Qu’ils ont droit à un accompagnement médical et social ? Et que ce droit leur est refusé autant que l’abri dans les circonstances présentes ? Ne comprenez-vous pas que tout ceci représente une véritable honte pour notre démocratie ? Et qu’il est impératif de répondre au plus tôt à cet état d’urgence?

"Et comme si cela ne suffisait pas, une autre situation de crise se profile à l’horizon sans que rien ne soit fait apparemment pour la prévenir ou l’éviter. Nous vous l’avions dit par écrit, à la rentrée, mais vous n’avez pas souhaité répondre. Nous insistons donc à nouveau sur ce que chacun sait : l’hiver est un moment critique, la sortie de l’hiver en est un autre, tout aussi grave lorsque rien n’est fait pour le préparer.

"Si nous parvenons à dépasser l’état d’urgence où nous nous trouvons, si les services de l’Etat prennent enfin leurs responsabilités pour mettre à l’abri celles et ceux qui s’adressent au 115, il ne sera pas possible de remettre à la rue, purement et simplement, celles et ceux qui auront trouvé ces quelques mois de répit. Parce que la loi l’exige. Parce que la loi exige de proposer à toute personne mise à l’abri une solution de sortie qui lui soit adaptée. Et parce que l’expérience, chaque année répétée malheureusement, montre à quel point sont destructrices pour les personnes de telles remises à la rue sans autre perspective que la rue....."

Il y a urgence à ce que le Préfet réagisse

Pour les signataires de la lettre, "Ces sorties de l’hiver et du « plan froid » ne peuvent être improvisées. Elles appellent un travail de préparation qui demande du temps. Les professionnels de l’urgence le savent bien : elles doivent être mises en chantier dès les mises à l’abri de l’hiver, faute de quoi aucune solution un tant soit peu viable ne peut être construite. Nous vous avions écrit à ce propos, nous y revenons aujourd’hui, c’est une nécessité.

"Il y a bientôt un an, Monsieur le Préfet, vous vous étiez engagé à réunir les acteurs concernés pour travailler avec eux sur les questions d’hébergement et de logement. Nous pensons que le moment est enfin venu maintenant d’une telle concertation, nous pensons que la situation présente l’impose et qu’elle l’impose de toute urgence. Nous souhaitons donc vivement vous rencontrer, dans les plus brefs délais, pour envisager avec vous les solutions à mettre en œuvre face à la situation de crise que nous traversons...."

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