Maroc : Mohammed VI s'impose en roi éclairé et réformateur

Le roi du Maroc lance des réformes sans précédent depuis l'Indépendance. A la différence de nombreux pays arabes, le Maroc devrait rester stable.
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Attendu par beaucoup, redouté par certains conservateurs, le discours du roi Mohammed VI du 17 juin restera dans l'histoire, comme le discours d'un certain général de Gaulle le 18 juin 1940. Comme un diplomate français, joint par téléphone à Rabat, l'explique : "Le Maroc est entré, douze ans après le début du règne de Mohammed VI, en transition démocratique. Souvent évoqué dans les premières années de gouvernance du jeune souverain, le processus a été enclenché à la faveur du "printemps arabe".

Cette vision est confirmée par les correspondants de la presse française présents sur place. Ainsi, nos confrères du Figaro relèvent que le roi "soucieux d'être à l'écoute d'un mouvement transnational en quête de réformes et de plus de libertés individuelles" s'est engagé dans une "révolution tranquille en l'adaptant au particularisme marocain. Il change la Constitution en donnant des prérogatives élargies à un chef de gouvernement issu du parti vainqueur des élections législatives, mais se garde bien de remettre en question les fondements de son pouvoir."

Depuis des années, le roi est le moteur du Maroc moderne

Comme le général de Gaulle en 1958 (le roi est assez admiratif du modèle français), Mohammed VI lance et impose un système présidentiel à la française plutôt qu'une monarchie parlementaire espagnole, où il est hors des batailles du champ politique. À la différence près qu'au royaume chérifien, le chef de l'État n'a pas à se représenter tous les cinq ans devant les électeurs et son nombre de mandats n'est pas limité.

Depuis des années, le roi s'est impliqué dans la modernisation économique de son royaume. Il a facilité la venue des investisseurs français notamment dans le domaine du tourisme. Par exemple, au pied de l'Atlas, les Terres d’Amanar reflètent le savoir-faire français et se veulent « réserve naturelle d’énergie » pour les visiteurs qu’elles accueillent, avec pour ambition affichée de « favoriser le retour sur soi, remettre l’humain et la nature au cœur des projets, être un acteur d’un développement touristique respectueux et durable pour tous, en priorité pour cette région rurale et ses habitants, totalement associés au projet. » Lequel a obtenu l’année dernière le Trophée du Tourisme Responsable du Maroc.

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Chef des armées, chef religieux, le roi conserve d'importantes prérogatives

Le roi Mohammed VI, tout en calmant la rue qui attendait un geste de sa part, se crée sur mesure un domaine réservé afin de préserver la stabilité du régime. Un conseiller du Palais, joint par téléphone mais qui souhaite conserver l'anonymat, précise " Notre souverain reste le maître du jeu dans les domaines régaliens de la défense, de la diplomatie et de la sécurité intérieure. Le roi est le chef des armées et accrédite ambassadeurs et diplomates. Un "conseil de sécurité intérieure", présidé par le monarque, est créé..."

Ce conseil aura, selon Mohammed VI, pour mission de "gérer les questions de sécurité internes, structurelles et imprévues". L'organisme comptera "parmi ses membres les chefs des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, les ministres, les responsables et les personnalités concernées". Qui tranchera en cas de désaccord ? Le roi probablement.

Le roi est le "descendant du Prophète"

L'aspect religieux reste primordial dans la nouvelle organisation, car le roi Mohammed VI est le "descendant du Prophète". D'où son autorité naturelle grâce au titre de "Commandeur des croyants" qui l'autorise à émettre des fatwas. La "sacralité" de sa personne, qui a sauvé la vie de son père lors de la première tentative de coup d'état du général Oufkir, disparaît en revanche, pour être remplacée par une notion plus contemporaine de respect dû. Le libre exercice des cultes est garanti par le roi qui insiste néanmoins sur le fait que l'islam est la religion d'État.

Très prévisible pour tous ceux qui connaissent le roi et ses conseillers, le maintien de solides prérogatives reste sujet à polémique dans les milieux intellectuels marocains ainsi que dans les rangs des jeunes militants du mouvement du 20 février comme le rappellent de nombreux journalistes, dont nos confrères du Figaro, pas "toujours en odeur de sainteté dans les couloirs du palais royal", comme cela a été constaté lors d'un voyage de presse à l'automne 2010.

Ceux qui se veulent les porte paroles des contestataires affirment vouloir "ne plus être des sujets mais des individus" et indiquent "qu'ils vont continuer à réclamer pacifiquement des changements plus radicaux."

Mais en convoquant le peuple marocain pour un référendum le 1er juillet, soit dans dix jours, le roi et le palais tentent de prendre les détracteurs de vitesse. Ils s'appuie pour y parvenir sur les innovations contenues dans le projet de Constitution qui font l'objet d'un large consensus ou étonnent par leur avant-gardisme en terre arabo-musulmane.

Mohammed VI votera "oui" au référendum

Cette nouvelle réforme s'inscrit en droite ligne dans la précédente réforme de la Moudawana, le droit de la famille. L'égalité entre l'homme et la femme fait son entrée dans la Constitution. De plus, l'amazighe, la langue des berbères, est désormais officialisée aux côtés de l'arabe. Du coup, la nation marocaine grave aussi dans le marbre constitutionnel la reconnaissance de la diversité qui fonde son unité qu'elle soit andalouse, hébraïque ou africaine. Sans oublier la charte des libertés fondamentales, qui interdit la torture, assure la liberté de pensée et d'expression et bannit les discriminations.

Le roi Mohammed VI a pris soin d'indiquer qu'il voterait "oui" au référendum. Il est fort probable que les électeurs vont suivre son exemple. En l'absence de suspense sur le résultat du scrutin, l'attention se portera sur le taux de participation. Pour un conseiller avisé du palais, joint par téléphone, "Le pouvoir roi table sur la promesse de l'émergence d'un nouveau régime pour convaincre les indécis. Il voit dans la séparation des pouvoirs avec un Parlement fort et un président du gouvernement indépendant un motif de renaissance d'une classe politique ankylosée. Des mesures pour lutter contre la corruption qui gangrène le pays sont prévues.....". Grâce au roi, le Maroc moderne est bien entré dans une phase démocratique plus poussée !

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