monnaies locales : complément, appoint, défi au pouvoir régalien?

En Ardèche, en France, en Europe et dans diverses régions du monde, 2500 monnaies locales circulent et constituent un complément aux transactions.

Une monnaie locale est, en sciences économiques , une monnaie non soutenue par un gouvernement national (qui n'a pas nécessairement cours légal ), et destinée à n'être échangée que dans une zone restreinte. D'après le site Wikipedia, "Les monnaies de ce type sont également appelées monnaies complémentaires . Elles prennent de nombreuses formes, aussi bien matérielles que virtuelles. Parler de monnaie locale, c'est s'inscrire dans un discours économique particulier....".

Or, à l'heure de la mondialisation, des bourses qui s'affolent, des états qui frôlent la faillite, un peu partout en France , en Europe et dans bien des régions du monde, des habitants frappent monnaie aux couleurs locales. Ces monnaies dites "complémentaires" arborent un supplément d'âme solidaire et éthique. Ainsi, Mélina Gazsi, journaliste au Monde révèle "qu"à Villeneuve-sur-Lot, dans le Lot-et-Garonne, l'abeille fête ses deux années d'existence....". Dans l'Hérault, elle a recensé des billets de Pézenas. "Baptisés occitans, en référence à la langue parlée dans la région jusqu'au début du XIXème siècle, ils sont estampillés à l'effigie de Molière, parce que dans cette ville de l'Hérault l'auteur de L'Avare a connu ses premiers succès" précise encore Mélina Gazsi.

Ces monnaies étaient généralement destinées à être rachetées en monnaie nationale

La banque libre est l'environnement économique des monnaies locales. Cet avis est partagé par le site Wikipedia, qui précise : " Les monnaies locales les plus connues de l'ère moderne sont les jetons de salaire émis par des entreprises pour payer les travailleurs, et les jetons de certains commerces pour favoriser la loyauté de leurs clients. Au dix-neuvième siècle et au début du vingtième, les défaillances des banques nationales durant les crises ont fréquemment créé une forte demande de liquidités , à laquelle satisfaisaient les monnaies de nécessité créées par les chambres de commerce, des municipalités, des entreprises et des commerçants. Ces monnaies étaient généralement destinées à être rachetées en monnaie nationale à une date ultérieure.

"Quelques-unes de ces monnaies, néanmoins, menèrent à la mise en place d'un système monétaire à part entière. L'idée d'utiliser la banque libre pour produire une monnaie de rechange à usage communautaire remonte au moins aux coopératives d'épargne et de crédit allemandes, dans les années 1800. Les plus anciens émetteurs de monnaie locale toujours en usage sont la Banque WIR de Suisse et ce qu'on pourrait désigner comme les banques syndicales du Japon ...".

A Aubenas, les billets à l'emblème de la châtaigne ardéchoise

Pour les spécialistes, "Le terme monnaie complémentaire est un hyperonyme de monnaie locale . Mais les deux termes sont souvent utilisés indifféremment. Dans l'usage courant, monnaie locale ne désigne pas une monnaie soutenue au niveau national, mais une monnaie à usage local exclusivement...."

Sur le terrain, les monnaies locales ont proliféré. Ainsi, depuis mai 2011, Toulouse a lancé la sienne, haute en couleur flashy, le sol-violette. Suivie de près par Romans, une ville de la Drôme, qui a choisi de "battre" la mesure. A Aubenas, dans cette Ardèche chère à Jean Ferrat, les billets sont à l'effigie de la châtaigne ardéchoise. Ils s'appellent tout naturellement la bogue. Dans le même département, plus au sud, la luciole a pris son envol monétaire.

Les Belges ne sont pas en reste. Ainsi, le petit village de Meix-devant-Virton, commune wallone située près de la frontière franco-belge, a choisi l'épi lorrain. Cette nouvelle monnaie vient juste d'éclore. Ces différents systèmes sont le plus souvent gérés par des associations. A l'exception du sol-violette mis en circulation après un vote quasiment unanime du conseil municipal de Toulouse.

Des projets à Salon-de-Provence et Bagnères-de-Bigorre, avec la nostra et la sonnante

Comme le révèle Mélina Gazsi dans le Monde, "d'autres espèces sont prêtes à naître à Brest, Rennes, Fougères et Dinan. A Nantes, Angers, Chambéry. Et encore à Annecy, au Havre, Aix et Marseille. Un vrai raz de marée monétaire. L'on planche encore sur des projets à Salon-de-Provence et Bagnères-de-Bigorre, avec la nostra et la sonnante. Le pays de Vaucluse pourrait aussi lancer la roue. Bref, c'est un mouvement local qui fait tache d'huile. Jusqu'en Tchéquie et bientôt en Hongrie ...."

Les premières monnaies locales viennent des Etats-Unis , du Canada , de l' Australie et de l'Angleterre, où depuis 2008 la Lewes Pound adoptée dans cette petite ville du Sussex (Lewes) fait des émules à Totnes et Stroud dans le Sud-Ouest, et à Brixton, un quartier sud de Londres. D'autres nations sont aussi considérées comme pionnières dans cette aventure sonnante et trébuchante. parmi elles l' Allemagne et la Suisse avec le wir et le chiemgauer. Ou encore des nations d'Amérique du Sud comme le Brésil , l' Argentine, ou d'Asie comme le Japon . Au total, on compterait aujourd'hui plus de 2 500 monnaies locales dans le monde. Des monnaies qui résistent, semble-t-il, à la crise économique !

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