Yunus plaide "pour une économie plus humaine" (éditions Lattès)

Le prix Nobel de la paix 2006 expose les principes du social business en s'appuyant sur les exemples des expérimentations menées. Sortie le 20 avril.

C'est un joli coup que réalise l'éditeur français Jean-Claude Lattès. En publiant le 20 avril 2011 le nouveau livre de Muhammad Yunus, intitulé "Pour une économie plus humaine", le célèbre éditeur précède de quelques jours la venue en France du Prix Nobel de la Paix 2006. En effet, le professeur Yunus sera en France à partir du 26 avril 2011. Ce qui devrait booster la campagne de presse pour la sortie de son livre.

L'homme est mondialement connu. Muhammed Yunus est né le 28 juin 1940 à Chittagong . C'est un économiste et entrepreneur bangladais connu pour avoir fondé la première institution de microcrédit . Dès les premières pages de son nouvel ouvrage, Muhammad Yunus effectue un constat : "Quand je rencontre des emprunteurs de la Grameen Bank, je vois souvent arriver une mère et sa fille, ou une mère et son fils. Alors que la mère est totalement analphabète, la fille ou le fils est médecin ou ingénieur. Une pensée me traverse toujours l'esprit : cette mère aurait elle aussi pu être médecin ou ingénieur. Elle a les mêmes capacités que sa fille ou que son fils. La seule raison pour laquelle elle n'a pas pu développer son potentiel est que la société ne lui en a jamais donné la possibilité. Elle n'a même pas pu aller à l'école pour apprendre à lire et à écrire...."

Humaniser l'économie

C'est en partant de ce constat terrible que le professeur Yunus a lancé, voici quelques années, la Grameen Bank. Cette banque, pas comme les autres, développe en association avec d'autres entreprises le nouveau modèle économique du "social-business". Dans ce nouveau livre, Muhammad Yunus décrit, avec force détails, "ces entreprises à vocation populaire qui doivent gagner de l'argent mais qui ne distribuent pas. Les éventuels profits sont réinvestis afin d'améliorer l'accès, la qualité et le prix des produits."

Quels sont aujourd'hui les résultats de ces premières expériences ? Quels ont été les effets de la crise financière et de l'augmentation des matières premières ? Le Pr Yunus tente de répondre à ces questions essentielles et s'appuie sur les trois principaux exemples qu'il a montés avec Danone, Véolia et Adidas.

Chapitre après chapitre, il explique aux lecteurs comment le marché et l'évolution des coûts ont obligé ces entreprises à faire évoluer leur stratégie, leur marketing, leur cible. Pour lui, "Même si le modèle est différent, les lois économiques qui fixent les équilibres du "social-business" sont les mêmes que celle qui agissent sur l'économie de marché classique. Le principe de réalité prédomine...".

Au fil de 305 pages bien structurées, entre études de cas et réflexions sur le monde à venir, Muhammad Yunus dévoile un monde toujours aussi stimulant et porteur d'espoir.

Aujourd'hui, le succès de sa méthode est spectaculaire. Non seulement dans son pays où plus de 10% de la population bénéficie de ses prêts dont la très grande majorité sont des femmes - avec un taux de remboursement supérieur à 90% - mais aussi dans 57 autres nations, dont les Etats-Unis, la Chine, l'Afrique du Sud et la France... Dans le monde entier, de multiples organismes s'inspirent de ses principes et les développent.

Qui est Muhammad Yunus ?

L'auteur est né au Bangladesh. Docteur en économie, il est le fondateur et le directeur de la Grameen Bank. Sa réputation est mondiale depuis qu'il a transgressé de nombreux préjugés économiques. il a notamment imposé le microcrédit dans le monde. Il a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2006. Il est aussi l'auteur de " Vers un monde sans pauvreté"et "Vers un nouveau capitalisme", tous deux parus chez Jean-Claude Lattès.

Le site Wikipedia révèle de manière exhaustive sa vie et son parcours. L'encyclopédie en ligne explique notamment qu'il est devenu responsable du département d’économie de l’ Université de Chittagong , construite en milieu rural. Ce qui est confirmé dans ses différents livres où il relate cette époque par ces termes "Une terrible famine frappait le pays, et j'ai été saisi d'un vertige, voyant que toutes les théories que j'enseignais n'empêchaient pas les gens de mourir autour de moi". Il décide alors de s’intéresser au mode de vie misérable des villageois vivant à proximité de l’université.

Dans les informations consacrées à ses premiers pas d'économiste révolutionnaire, Wikipedia explique qu'avec des étudiants, le professeur Yunis a il créé un groupe de « recherche-action », dont les premiers travaux porteront surtout sur des questions agronomiques (implantation de nouvelles espèces de riz, notamment). Selon les sources du même site, ce n'est que dans un second temps que le futur Prix Nobel Yunus est venu à penser qu'une grande partie des problèmes rencontrés par les paysans pauvres de Jobra (le village voisin de l'Université de Chittagong) tenaient à leurs difficultés d'accès à des capitaux.

Privilégier des objectifs sociaux

Dans un premier temps, il tente d'impliquer une banque commerciale dans le lancement d'un premier programme de microcrédit , Puis, le professeur Yunus décide de créer son propre programme, qui verra le jour en 1977 , sous le nom de « Grameen » ( grameen signifie village). C’est un succès retentissant ! D'autant plus que la banque "Grameen" bénéficie du statut d’établissement bancaire au Bengladesh en 1983 , puis dans d’autres pays où près de 300 millions de personnes bénéficient directement ou non de micro-crédits. La banque Grameen a par ailleurs considérablement diversifié ses activités depuis (industrie textile, téléphonie, production d'électricité par énergie solaire, etc.).

Questionné par nos confrères du Journal Le Monde le 25 avril 2008, le professeur Yunis insistait sur la philosophie de son action : "Tout le monde espère gagner de l'argent en faisant des affaires. Mais l'homme peut réaliser tellement d'autres choses en faisant des affaires. Pourquoi ne pourrait-on pas se donner des objectifs sociaux, écologiques, humanistes ? C'est ce que nous avons fait.

Le problème central du capitalisme “unidimensionnel” est qu'il ne laisse place qu'à une seule manière de faire : rentrer des profits immédiats. Pourquoi n'intègre-t-on pas la dimension sociale dans la théorie économique ? Pourquoi ne pas construire des entreprises ayant pour objectif de payer décemment leurs salariés et d'améliorer la situation sociale plutôt que chercher à ce que dirigeants et actionnaires réalisent des bénéfices ?".

Plaidoyer pour une économie humaine

En se déplaçant dans les prochains jours en Europe, le prix Nobel de la paix 2006 poursuit on marathon pour défendre les principes du social business en s'appuyant sur les exemples des expérimentations menées en collaboration avec Danone, Veolia et Adidas, dans le contexte de crise financière et d'augmentation du prix des matières premières. C'est ce plaidoyer pour une économie sociale et humaine qu'on retrouve dans ce nouveau livre.

Pour le "banquier des pauvres" Muhammad Yunus, la crise financière est l’occasion de "redessiner le système"" et son dernier ouvrage semble aussi conçu pour cet objectif.

"Pour une économie plus humaine" pratique

Livre cartonné de 305 pages par Muhammad Yunus,20 euros

Editions Jean-Claude Lattès

Sortie en librairie le 20 avril 2011

Préfacé par Maria Novak, présidente des amis de Grameen

Traduit de l'anglais par Annick Steta et Béatrice Merle d'Aubigné.

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