Arnaque en côte d'ivoire: mission difficile pour le CI-CERT

Avec la montée fulgurante des arnaques en côte d'ivoire, le gouvernement ivoirien s'est doté d'une brigade «anti-broutage», le CI-CERT.
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Malgré la mise sur pied de l’unité spéciale de lutte contre l’arnaque, les arnaqueurs d’Abidjan plus connus sous le nom de " brouteurs " continuent de faire de nombreuses victimes. Selon les responsables de Côte d’ivoire Computer Emergency Response Team ( CI-CERT ), la mission se révèle plus difficile que prévue à cause de l’incrédulité de certaines victimes et du soutien dont bénéficient les escrocs du net au sein de la population qui les considèrent comme des Robins des bois.

Incrédulité et manque de collaboration véritable

Alors que les moyens techniques et technologiques révolutionnaires pour dénicher les réseaux de brouteurs à Abidjan existent depuis quelques années, le CI-CERT peine à accomplir efficacement sa mission sur le terrain. En effet, à partir du plateau technique de pointe dont elle dispose, la brigade anti-broutage est en mesure de savoir, à partir de son centre de commandement d’où opèrent précisément les arnaqueurs afin d’intervenir avant qu’ils ne commettent des forfaits.

Malheureusement, pour le chef de cette unité anti-arnaque, le tout n’est pas de localiser les jeunes brouteurs. Il faut pouvoir les arrêter et les mettre hors d’état de nuire, ce qui suscite une collaboration pas toujours évidente entre les agents de la brigade et les personnes arnaquées ou parfois sur le point de l’être. Généralement, beaucoup de ces victimes refusent de porter plainte contre les brouteurs ou même de collaborer simplement pour que ceux-ci, pris en flagrant délit dans les cybers d’où ils opèrent, soient mis sous les verrous. Pour ces personnes abusées, en grande partie des Européens, les brouteurs sont plutôt ces agents qui tentent d’assurer leur sécurité contre ce nouveau type de délinquance juvénile né avec l’avènement de l’outil internet. Pris pour des faiseurs de farces, les agents de la brigade anti-broutage ont ainsi du mal à convaincre leurs interlocuteurs européens qu’ils se sont fait arnaquer ou sont sur le point de tomber dans un piège.

L’exemple de Martine, une jeune dame française

Martine, une jeune dame résidant en France était sur le point de se faire arnaquer récemment depuis Marcory, commune de prédilection des brouteurs abidjanais. Le jeune brouteur pris en flagrant délit par la brigade n’oppose aucune résistance aux forces de l’ordre et avoue qu’il était sur le point de soutirer de l’argent à Martine à qui il s’était présenté comme étant quelqu’un d’autre. Contacté en France depuis la côte d’ivoire, Martine refusera de collaborer avec la police croyant avoir affaire à des individus mal intentionnés voulant abuser d’elle. Malgré les explications de l’adjudant chef, responsable de l’unité anti-brouteurs, la jeune dame refusera de croire.

Malheureusement, tant que les victimes elles mêmes ne savent pas qu’elles sont abusées ou si les personnes sur le point de se faire arnaquer n’acceptent pas de porter plainte, les brouteurs pris la main dans le sac ne sauraient rester plus longtemps en garde à vue. Plusieurs personnes parmi les victimes des brouteurs d’Abidjan ignorent qu’elles sont victimes d'arnaque et donc refusent la collaboration avec les agents du CI-CERT.

L’ignorance des parents et la générosité apparente des brouteurs d’Abidjan

En Côte d’Ivoire, c’est surtout à Abidjan, la capitale économique, que les brouteurs du net sévissent sans vergogne. Leur lieu de prédilection reste la commune de Marcory. On les retrouve aussi à Yopougon, Abobo et dans les communes périphériques comme Bingerville ou Grand-Bassam. Dans l’ensemble, les brouteurs opèrent en réseaux et se reconnaissent entre eux. Après un coup réussi, "un gaou coupé" dans le jargon nouchi, les brouteurs se retrouvent dans les maquis et bars luxueux de la capitale pour faire la fête. L’essentiel de leur butin est dilapidé dans l'alcool, les fringues de marque et les filles. Malheureusement, les parents des jeunes escrocs du net ne se soucient de rien ou préfèrent ne même pas se poser la question sur la provenance des énormes sommes d'argent dont disposent ces jeunes au chômage, dans la période difficile que traverse le pays.

Par ailleurs, pour se faire aimer et bénéficier d'une protection populaire, les brouteurs d'Abidjan ont une stratégie très subtile: la générosité.

La générosité des brouteurs ou plutôt la pseudo générosité des brouteurs d'Abidjan est une stratégie bien réfléchie pour se faire beaucoup d'admirateurs qui constitueront une sorte de bouclier humain au moment où la brigade anti-broutage les épinglera. C’est avec beaucoup de risques que les policiers anti-brouteurs s'engagent chaque fois dans les labyrinthes des communes d'Abidjan, à la poursuite des arnaqueurs. Pour ces policiers, discrétion et rapidité sont de mise pour ne pas se faire lyncher par les populations. Celles-ci voient en ces jeunes arnaqueurs à la générosité sans limite des bienfaiteurs à défendre ou du moins à tirer des griffes de la police. D’où la complexité de la tâche pour la brigade anti-brouteurs.

En attendant que les populations ivoiriennes prennent réellement conscience des immenses dommages collatéraux causés par le phénomène du broutage sur l'économie et la réputation du pays, les brouteurs d'Abidjan ont de beaux jours devant eux et beaucoup de "gaou à couper".

Source:

www. cicert . ci /mission.html

www.atci.ci

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