Habitat troglodytique, une curiosité à voir et à habiter en Anjou

Des cavernes du Moyen Âge aux somptueuses demeures du XXIe siècle, pourquoi ne pas découvrir les "troglo", le temps d'un week-end, ou pour y vivre?
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La région angevine est célèbre pour sa pierre de tuffeau, substance crayeuse blanche dont sont faites les belles demeures de la région. Friable et tendre, cette pierre a permis aux hommes de creuser les sous-sols, pour maintes raisons, y compris pour y établir leur résidence. C'est au cœur de l'Anjou et du Saumurois que l'on trouve la plus grande concentration de troglodytes d'Europe. Au XXIe siècle, les habitations troglodytiques sont devenus un "must have" des plus cotés, qui allie la rusticité de la grotte au design le plus fou.

Les premiers troglodytes de l'Anjou

Le sous-sol de la région est constitué de deux roches tendres, le tuffeau et le falun. L'extraction et l'exploitation du tuffeau a commencé il y a des siècles. De ces carrières sont nées de gigantesques excavations. On peut distinguer deux types de carrière :

  • Les carrières horizontales creusées perpendiculairement aux parois lorsque le relief le permettait.
  • Les carrières verticales creusées à ciel ouvert sur les terrains plats.

Dans les galeries ainsi creusées, les hommes les plus pauvres d'abord ont installé leur habitation. Selon la méthode de creusement, ces habitats ont été "horizontaux", ressemblant à des grottes dont l'entrée était fermée par des portes et souvent une seule fenêtre sur l'extérieur, ou "verticaux" : à partir d'une carrière à ciel ouvert, les hommes ont creusé horizontalement tout autour d'une cour centrale des pièces de vie.

D'anciens villages abandonnés témoignent que dès le Moyen Âge, les troglodytes étaient organisés en société, puisque l'on trouve des vestiges d'églises et d'habitats princiers troglodytiques. Dans certains coins de l'Anjou, pratiquement tous les habitants vivaient ainsi dans l'obscurité des souterrains.

Les différentes utilisations des excavations

L'habitat fut la première utilisation des carrières qui offraient quasiment "en l'état" des maisons aménageables et extensibles à volonté, puisqu'il suffisait de creuser un peu plus pour ajouter des chambres. Des cheminées, avec un système d'évacuation de la fumée, permettait d'assécher quelque peu l'humidité des grottes. On peut voir encore ces cheminées dépasser du sol dans certains champs.

A partir du XIXe siècle, la température et le taux d'humidité quasi constants ont très tôt permis la conservation des vins et la culture des champignons. Aujourd'hui, les plus grands producteurs de la région font visiter leurs caves troglodytiques : Gratien & Meyer, Bouvet Ladubay, la Cave de Saumur, etc. Et qu'on se le dise, le "champignon de Paris" est en majeure partie produit dans les caves troglodytiques de l'Anjou.

Lors des périodes de guerre et des invasions barbares, ces caves ont servi de refuge, véritable labyrinthe organisé pour tromper l'ennemi et décourager les poursuivants. Certaines caves ont été également le refuge de communautés secrètes, notamment lors des guerres de religion.

Les sites troglodytiques à visiter en Anjou et dans le Saumurois

  • Le village-musée de Rochemenier est une curiosité à ne pas manquer : un village troglodytique "de plaine" entièrement restauré dont chaque habitat a été reconstitué, avec deux fermes, une église. Le mobilier d'époque permet de se rendre compte de la vie quotidienne des troglodytes.
  • Les caves cathédrales de Doué-la-Fontaine : leur nom n'est pas usurpé pour ces anciennes carrières de falun dont la hauteur sous plafond atteint 20 m, les galeries ayant été creusées en forme d'ogives. Elles ont abrité une église et l'on y a trouvé le plus ancien cimetière mérovingien et ses sarcophages.
  • Les champignonnières du Saumurois : visite guidée dans les caves aux parfums mordants, où l'humidité donne naissance non seulement aux champignons de Paris, mais aussi à d'étonnants champignons exotiques.
  • Les caves des plus prestigieuses maisons de négociants-producteurs, où s'élaborent les nectars de l'Anjou, vins rouges, blancs, pétillants.
  • " La Cathédrale engloutie ", scénographie autour de 42 sculptures monumentales, dans les caves de Bouvet Ladubay.
  • De Saumur à Fontevraud-l'Abbaye, la route vous permettra de voir de nombreux habitats dans les falaises encadrant la route.

Vivre l'expérience des troglodytes

Pourquoi ne pas habiter quelque temps dans un habitat troglodyte, histoire de vous rendre compte à quel point la réhabilitation de cet habitat est réussi au XXIe siècle? Des chambres d'hôtes luxueuses ont été "creusées" dans la roche, l'éclairage spécialement étudié pour éviter l'effet "claustrophobie", et tout le confort a été apporté dans certains gîtes.

L' office de tourisme de l'Anjou vous propose bon nombre de locations de vacances "insolites" dans les sous-sols du Saumurois.

Acheter un logement troglodytique est encore possible aujourd'hui, de nombreux sites étant encore abandonnés. Les travaux de réhabilitation sont assez simples, puisqu'il n'y a rien à construire ni à déconstruire. Cependant, la prudence est recommandée, et la prise d'informations est plus qu'obligatoire concernant la propriété de l'habitat, mais aussi des terrains qui recouvrent l'habitat, sans compter qu'une expertise de la roche par un spécialiste est indispensable. L' association ŒIL, située à Grézillé, conseille et accompagne les projets, et tente de sauver le reste encore réhabilitable des "troglo" de la région.

L'âge des cavernes n'est donc pas encore révolu : les troglodytes ont encore de belles ères devant eux.

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