Jaisalmer, la citadelle du désert du Rajasthan

Forteresse surgie des sables, Jaisalmer surplombe le désert du Thar de toute sa hauteur. "Camel safaris" et chaleur brûlante y sont rendez-vous.
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Jaisalmer, c'est d'abord une vision surnaturelle, dont la réalité dépasse encore l'idée que l'on s'en fait en regardant des photos. Surgissant devant nos yeux dans toute sa splendeur, elle annonce un autre univers de l'Inde, si multiple et si fascinante: celui du désert, traversé autrefois par les caravanes chargées de soies, d'encens et d'épices. Dernière étape avant le grand reg et, au bout de cet infini, le Pakistan, avec lequel l'Inde partage cette immense étendue du "Great Indian Desert".

Jaisalmer, le royaume des Rajput

Le Rajasthan est la terre d'élection de cette caste de guerriers (kshatriya) que l'on appelle les Rajput, qui signifie "fils de rois". Ce sont des hommes fiers, issus de très anciennes tribus huns, dans leurs veines coulent le sang des conquérants et des défenseurs de royaume. D'ailleurs, le Rajasthan - qui signifie "pays des rois" - s'appelait autrefois le Rajputhana. Dotés d'un code de l'honneur et de chevalerie, ils étaient les "samouraïs" des temps anciens, prompts à défendre leur terre contre les multiples envahisseurs: Arabes, Perses, Moghols.

Jaisalmer représente cette puissance et cette fierté, érigée au XIIe siècle pour surveiller le désert et protéger le royaume, mais son rôle était aussi d'assurer une dernière étape pour les marchands qui partaient vers l'ouest. En effet, bien avant la grande aventure maritime, seul le désert constituait une voie de passage entre l'Inde et la Perse, vers l'Occident. Elle fut construite en 1156, sur une hauteur, protégée par des remparts de 5 km de long, dont la centaine de bastions en faisait une forteresse invincible.

Des siècles de commerce et de guerre

Le destin de Jaisalmer ne fut que très rarement un long fleuve tranquille. Sa position privilégiée et sa richesse en firent la proie des sultans de Delhi . Elle fut maintes fois attaquée, pillée, mais elle se releva à chaque fois, renforçant un peu plus à chaque défaite la taille et l'efficacité de ses murailles. Avec le temps, la cohabitation entre les Rajput et les musulmans finit par s'installer de manière pacifique. Le commerce prit le pas sur la guerre, et c'est dans cette époque somptueuse de son histoire et la proximité du désert que le tourisme, aujourd'hui, trouve son grand intérêt.

La ville s'est peu à peu étendue hors les murs, bien qu'une grande partie de la population vive encore entre les remparts de la forteresse. Mais désormais, il faut compter aussi sur les "extensions" dues principalement au développement du tourisme et à l'afflux d'une population locale attirée par les débouchés financiers de la ville.

"Havelis", "chattri" et vieille cité

Les "havelis" sont de grandes maisons ayant appartenu aux familles des riches négociants entre le XVIe et le XIXe siècle. Elles constituent l'un des trésors de cette cité légendaire, chaque rue et chaque ruelle rivalisant de façades ajourées et finement ciselées. Ce sont, pour la plupart, de hautes constructions à un ou deux étages construites autour d'une cour centrale, mais, contrairement aux maisons traditionnelles indiennes, elles offrent de larges ouvertures, des balcons et des terrasses ouvertes sur la rue.

Comme à Orchha , la présence des anciennes dynasties royales se remarque par les nombreux cénotaphes ("chattri") qui parsèment les environs, en bordure du lac artificiel (Gadi Sagar) qui offre une belle oasis dans ce contexte aride. Ces "chattri" sont de véritables bijoux délicatement posés dans le paysage semblant flotter sur l'eau ou sur le sable, puisqu'on en trouve aussi dans le désert.

Quant à la vieille cité, c'est un régal de monter tout en haut de ses remparts pour découvrir soudain l'étendue infinie du désert. Un désert moins féerique que le Sahara car très plat, couvert d'une végétation bien spécifique et de cailloux, ses dunes se situant à plus de 30 km de Jaisalmer.

Balade en chameau dans le désert du Thar

En dix ans, le "Camel Safari" est devenu un véritable business à Jaisalmer. Les agences pullulent, le racolage en pleine rue n'est pas rare. Les promenades varient d'une demi-journée à une semaine, selon que vous désirez vivre le désert comme un touriste ou comme un aventurier. Si vous n'êtes jamais monté sur un dromadaire, et si vous n'avez pas une condition physique au top, inutile de vous mettre en tête de partir plusieurs jours: vous n'y résisteriez pas, à moins qu'un chariot sur roues tiré par un animal soit prévu dans votre sortie.

Grosse déception également pour nombre de touristes alléchés par les photos des agences montrant des dunes de sable comme en Afrique. Il existe bien quelques dunes, mais très peu, et donc très fréquentées par les hordes de 4x4 et de bus qui y déversent chaque jour leurs centaines de touristes. Le "Great Indian Desert" est un reg monotone à mourir et, l'idéal, c'est encore de s'y rendre avec de vrais hommes du désert, qui n'ont pas les moyens de s'offrir des publicités, mais qui vous emmèneront dans leur village du bout du monde, ou sur des dunes connues d'eux seuls.

Les hôtels à Jaisalmer

Infernal est le mot. Bien que Jaisalmer soit toujours la plus belle, la plus étonnante découverte du Rajasthan, elle est devenue en dix ans la proie d'un tourisme effréné, qui prend des allures de harcèlement dès que vous descendez du train.

De l'hôtel routard au palace avec piscine (eh oui, même en plein désert, c'est une honte), de 80 à 4000 roupies, le choix est immense. Un bon conseil, si vous ne recherchez pas forcément le grand luxe: faites confiance aux rabatteurs qui vous attendent à la gare. S'ils sont là, c'est que leur hôtel n'est pas référencé dans les guides, ou qu'il est situé un peu loin de la citadelle. Donc moins cher, donc plus tranquille, et ouvert à la négociation!

Un autre conseil: boycottez les piscines. De novembre à juillet, la plupart des familles du désert, ici, ne vivent qu'avec 5 litres d'eau par jour, et les femmes vont la chercher à pied sur de longues distances. Plus les piscines se remplissent, plus les puits s'éloignent pour ces femmes.

La meilleure saison pour aller à Jaisalmer

Sans conteste, de décembre à fin février, où la chaleur est tout à fait supportable, avec même quelques fraîcheurs nocturnes et matinales. De mars à juin, c'est la canicule, les températures pouvant aller jusqu'à 50°C. La période de mousson peut être très frustrante pour les voyageurs: le désert devient vert et des trombes d'eau peuvent même le transformer en océan en quelques heures. Les orages dans le désert sont cataclysmiques: ils peuvent vous obliger à rebrousser chemin. Les rues de Jaisalmer deviennent alors un bourbier sans nom quand on ne marche pas avec de l'eau jusqu'aux genoux.

A consulter

Pour rêver dans le décor du désert, le film Ham dil de chuke sanaam , se déroule, au début, dans un splendide palais rajput.

Belles photos de Jaisalmer

Trains Delhi-Jaisalmer et à partir des autres villes du Rajasthan

Les Bishnoï , habitants du désert

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