Les fleurs protégées de France : la fritillaire pintade

Appelée aussi gogane, la Fritillaria Meleagris est une bien étrange fleur qui refait son apparition alors qu'elle avait presque disparu de nos campagnes.
172

La gogane, nom régional donné à la fritillaire pintade, fait partie des espèces botaniques menacées, victimes des désherbants utilisés pour la culture intensive et des cueillettes excessives, au même titre que le bleuet. Devenue rare, il est interdit de la cueillir, mais rien n'empêche de l'admirer et de l'immortaliser avec un appareil photo.

Fiche d'identité de la fritillaire pintade

  • Nom latin : Fritillaria Meleagris. Fritillaria est le nom du cornet qui servait à lancer les dés, nom donné en raison de la forme de la corolle qui ressemble à une tulipe renversée. Meleagris , nom latin de la pintade, évoque la couleur et les motifs des pétales.
  • Nom français : fritillaire pintade
  • Famille : Liliaceae
  • Catégorie : vivace à bulbe
  • Floraison : avril/mai

La gogane, un enchantement rare

A première vue, la gogane est assez terne. S'en approcher relève de l'émerveillement. Avez-vous déjà vu une fleur qui ose le quadrillage pour parure? Oui, une robe à damier excentrique, telle que n’oserait la porter aucune femme de goût. Imaginez un peu, une fleur à damier pourpre et blanc ! Il faut être fleur pour être aussi belle dans un habit aussi provoquant. Jusqu’au nom que lui ont donné les botanistes impitoyables, la fritillaire pintade, rien d’autre que le ridicule s’est attaché à elle. C’est bien là que s’arrête l’art de la botanique, pour laisser place à l’émerveillement.

En Anjou, nul ne la connaît sous le nom de fritillaire. Les enfants autrefois la nommait "tulipe sauvage", et aujourd'hui encore, c'est sous le nom de gogane qu'elle habite la mémoire des campagnes angevines.

Selon les ouvrages qui en parlent encore (mais certains l’ont totalement oubliée), il est curieux de noter qu’elle est mentionnée, tantôt comme une fleur rare, tantôt comme une fleur commune et en abondance. S'il est vrai qu'elle fut abondante, il est évident qu’elle est devenue rare. Son nom s’attache à la musique de deux autres noms, l’Aubance et le Layon, deux toutes petites rivières qui serpentent dans l’intimité des herbes grasses de l’Anjou, en ces lieux qui portent le doux nom de "prairie humide des basses vallées angevines".

La fritillaire en voie de disparition...

Il y a quarante ans de cela, il était possible de cueillir de pleines brassées de fritillaires dans les prés humides qui bordaient ces rivières. Le jeu consistait à secouer ces bouquets pour entendre le léger bruit de clochettes émis par le frottement des corolles. La fritillaire poussait comme le chiendent, jusqu'à transformer les prairies en tapis pourpre et tintinabulant.

Aujourd’hui, la fritillaire est devenue une espèce protégée. Elle fait partie de ces herbes qui, contrairement aux coquelicots, n’ont pas encore trouvé assez de force pour lutter contre les produits chimiques. Jusqu'à ces dernières années, la gogane avait quasiment disparu du paysage. Elle s’égrenait au long des chemins de manière si parcimonieuse qu’elle inspirait plus de tristesse que de joie. Et devant de si solitaires apparitions, le cœur se serait déchiré d'entamer le peu de force qu'il lui restait pour survivre.

... et en voie de réapparition

La protection des basses vallées angevines, classées Natura 2000 en 2004, a permis d'apporter à cette zone naturelle le repos qu'elle méritait, et de la faire entrer dans le panthéon des "sites majeurs français". Alors qu'elle agonisait, privée de ses terres d'élection, il semblerait que la fritillaire pintade ait retrouvé une seconde jeunesse. Entre Savennières et Rochefort-sur-Loire, le paysage retrouve son aspect des temps anciens à l'arrivée du printemps. Les corolles pourpres se répandent à nouveau sur le vert tendre des prairies, comme de vieilles personnes nostalgiques aimant revenir sur les lieux de leur gloire, et le regard s'enchante soudain de croiser ces anciennes amours qu'il n'avait pas jamais oubliées.

Mais ce retour est encore fragile, et ne voit-on pas déjà les promeneurs du dimanche, s'enivrant soudain de telles apparitions, se jeter vers ces jardins interdits... La nouvelle génération n'ayant rien su de la douloureuse histoire de la fritillaire, ne peut s'empêcher de commettre les mêmes erreurs qu'autrefois, et d'arracher les précieux bulbes.

Planter et sauvegarder la fritillaire méléagre

Si vous ne pouvez pas vous empêcher de "posséder" la fritillaire (et il est vrai que sa beauté peut être irrésistible), plutôt que de la voler à sa terre nourricière, vous pouvez la planter dans vos jardins ou sur vos terres. Fleur rustique, elle supporte l'humidité même excessive des terres inondables (mais non argileuses), et fait partie des espèces de fritillaires qui résistent le mieux au criocère du lis. On trouve des bulbes de fritillaires sous forme de mélanges, associant la fritillaire pintade et la fritillaire blanche (même forme mais les pétales blancs font penser à un muguet géant).

Planter les bulbes à l'automne, de septembre à novembre, à au moins 10 cm de profondeur, mais n'attendez pas de floraison la première année. Votre patience sera récompensée au bout de deux années, car la fritillaire est généreuse par nature : à raison de 75 à 150 tiges par mètre carré, votre terrain devrait devenir terre enchantée.

A noter

  • Si la fritillaire est toxique (attention aux enfants qui la manipulent), elle présente en revanche un grand intérêt pour les jardiniers : les taupes détestent son odeur et là où la fritillaire passe, les taupes décampent.
  • Si nous avons cité l'Anjou comme terre d'élection de la fritillaire pintade, elle apprécie également toutes les prairies humides de l'Europe du Nord.
  • Bien que réintroduite naturellement grâce à la protection des zones naturelles, il est formellement interdit de cueillir la fritillaire.

A voir, de superbes photos de fritillaires dans leur environnement naturel

Sur le même sujet