Les plus belles citations pour tenter de définir le soufisme

Le courant mystique de l'islam, à travers la voix des soufis, est un véritable chant d'amour qui tente de témoigner de l'étrange intimité qui les lie à Dieu
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Au cours des siècles habités par les grands mouvements religieux, le soufisme est comme un souffle circulant au-dessus des dogmes et des enseignements. Ni religion ni secte, il s'est exprimé par cette infinie liberté du cœur aussi bien chez les plus grands que les plus humbles de ce monde. Le terme de soufisme ne possède aucune étymologie précise, susceptible de l'enfermer dans une définition, encore moins dans une orthodoxie. Car le soufisme est avant tout une expérience du cœur, et en tant que telle n'a pu être transmis par des discours rationnels, mais bien par la voix inspirée de quelque poète abîmé dans l'Amour. Nous avons tenté d'un extraire ici quelques perles précieuses, classées par thèmes.

Une connaissance au-delà des connaissances

Les soufis évoquent à maintes reprises le thème du miroir, ou encore celui de l'Autre Monde. Fausse perception de la réalité que ce monde où les perceptions sont faussées par les sens et l'esprit.

"Tu vois l'écume et non la mer. Que c'est étrange ! Enfermé dans le bateau du corps, tu as vu l'eau. Contemple l'Eau de l'eau ! L'eau a une Eau qui la pousse, l'esprit a un Esprit qui l'appelle." (Rumî, Mathnawi III, 1259)

"Une fois que tes yeux seront ouverts, le monde t'apparaîtra un rêve." (Mohammad Taqî Mîr)

Si la science est indispensable pour que se révèle la beauté de la création et du Créateur, l'accès au divin ne peut se suffire d'un tel savoir. Encore faut-il que la connaissance de l'esprit soit à un moment donné anéantie par la connaissance contenue en puissance dans les profondeurs de l'âme.

"Le pèlerin, sur la première route, apprend chaque jour une chose qu'il ne savait pas. Le pèlerin, sur la deuxième route, oublie chaque jour une chose qu'il connaissait. Sur la première route, il s'agit, chaque jour de noircir la page blanche. Sur la seconde route, il s'agit, chaque jour, de blanchir une partie du cœur noirci." (Nasafi, Le livre de l'Homme parfait)

"D'abord l'action est nécessaire, puis la connaissance, afin que tu puisses savoir que tu ne sais rien." (Ibn Abîl' Khayr)

L'homme au centre de monde

C'est sans doute l'aspect le plus "révolutionnaire" du soufisme, que d’avoir largement commenté ce hadith : "Si cela n'avait pas été pour toi, Je n'aurais pas créé les cieux" (Hadith Qudsi)

"Il est des cieux dans le royaume de l'âme qui gouvernent les cieux de ce monde." (Sana'i)

"En apparence, tu es le microcosme. En réalité tu es le macrocosme." (Sultan Valad)

"Du point de vue de l’apparence, la branche est à l’origine du fruit. Mais en réalité, la branche est venue à l’existence en vue du fruit. S’il n’y avait eu un désir pour le fruit, le jardinier aurait-il planté l’arbre ?" (Rumî, Mathnawi IV, 521)

"Seigneur, montre-leur ce que tu as créé en eux." "- Si je leur montrais ce qu'ils sont, Bûl' Hasan, le monde cesserait d'exister", répondit le Seigneur.

Le dialogue d'amour entre Amants et Bien-Aimé

L'amour est au cœur de la relation du soufi avec Dieu. Dieu et ses amoureux s'interpellent et se répondent en un dialogue plein de tendresse, non dénuée de familiarité et d'humour parfois. Car l'homme ne peut trouver et aimer Dieu, que parce qu'il a été préalablement trouvé et aimé par Dieu.

"Etrange chose ! Je le cherche passionnément de tous côtés mais il est avec moi." (Sidi Abu Madyan, Diwân)

"Tout être qui aime n'aspire-t-il pas à la rencontre de son ami ? Me voici là, tout près, trouvé par celui qui Me cherche." (Ghâzalî )

"Si tu te rapproches de moi, c'est que Je me suis rapproché de toi. Je suis plus près de toi que toi-même, que ton âme, que ton souffle. Bien-aimé, allons vers l'union..." (Ibn Arabi)

"Je me suis élancé de la tour de l'amour, m'envolant j'ai traversé les espaces et j'ai rencontré l'Ami. Que m'importent les délices du voyage!" (Yunus Emré)

"J'étais moi-même le voile sur le visage de mon Bien-Aimé mais je vis qu'il n'y avait pas de voile entre moi et Toi... Tout ce que je souhaite, Bien-Aimé, c'est Ton désir." (Kwaja Mîr Dard)

"Seigneur, où es-tu pour que je me mette à ta recherche ? Si tu es parti avec cette intention, répondit Dieu, c'est que tu es déjà arrivé."

"Prends garde Bul-Asanû, veux-tu que Je raconte ce que je sais sur toi pour qu'on te lapide ? - Et Toi Seigneur, veux-tu que je raconte ce que je sais de Ta miséricorde et Ta générosité, afin que plus personne ne fasse une seule prière vers Toi ? - Tais-toi, répondit la voix, et Je me tairai. (Kharaqânî, Paroles d'un soufi )

Le mystère du langage des soufis : dire l'indicible

"Si une seule goutte sortait de mon cœur, le monde ressemblerait à celui de Noé." (Kharaqânî)

"Le Paradis est un jouet pour les enfants." (Bayazîd Bistâmî)

"Il y a une différence entre celui qui médite et celui qui est ébloui."

Le soufi serait ainsi, par définition, le moins à même de parler du soufisme, puisque sa connaissance dépasse la raison et les mots :

"Un jour, un homme s'arrêta devant un arbre. A tous il demandait ce qu'étaient cet arbre et ces fruits. Aucun jardinier ne put répondre car personne n'en connaissait ni le nom ni l'origine. L'homme se dit : "Je ne connais pas cet arbre, mais depuis que je l'ai vu, mon âme est devenue fraîche et verte. Allons nous asseoir sous son ombre." (Rumî, Maktubât)

A lire :

Pensées soufi, Mourad Mosteganemi, à commander chez Lulu.com

Anthologie du soufisme , Eva de Vitray-Meyerovitch, Albin Michel

Kharaqânî, Paroles d'un soufi , Points "Sagesse"

Rumî, Le Mesnevi, 150 contes soufis, Albin Michel

Le jardin de roses, Saadi, Albin Michel

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