L'organisation administrative et politique de l'Inde

Avec 28 Etats, 23 langues, 1,190 milliards d'habitants, l'Inde relève chaque jour le défi de faire fonctionner la plus grande démocratie du monde.
101

Deuxième pays le plus peuplé du monde après la Chine, l'Inde est une république fédérale depuis 1950, reposant sur une administration tentaculaire, sur un territoire de 3 287 263 km2. République laïque, elle n'en doit pas moins compter avec l'influence prépondérante des religions. Depuis son indépendance en 1947, l'Inde a su prouver sa capacité à gérer l'impossible, au jour le jour.

Les États fédérés de l'Inde

Ces 28 Etats sont nés après des siècles de découpages incessants. Jusqu'à l'arrivée de l'Empire britannique, le sous-continent était composé d'une mosaïque de petits Etats princiers et royaux. Certains furent dissouts dans la réunification de plusieurs Etats, pour en faire des zones administratives plus importantes.

Après l'indépendance, ces zones élargies ont laissé place dans un premier temps aux Etats fédérés. Mais ce qui avait été réuni ou séparé de manière totalement arbitraire par les Anglais, qui n'avaient qu'un regard administratif du pays, ne pouvait subsister une fois l'indépendance acquise. De trop grandes disparités culturelles, linguistiques et religieuses obligèrent le gouvernement indien à remanier sa géographie et ses frontières intérieures à maintes reprises, en 1956, 1960, 1962, 1966, 1971, 1972, 1986, 1987, 2000. Sans compter le départ progressif des autres colonisateurs (France, Portugal) qui laissèrent derrière eux des territoires à intégrer dans la république fédérale.

C'est dire le temps et la difficulté que le pays a connu pour trouver son équilibre, à la fois administratif et humain, car c'est bien ce dernier facteur qui a posé le plus de problèmes. Le cas de Chandigarh en est un exemple symptomatique : les Sikhs revendiquant un Etat séparé, l'Haryana (à dominante hindoue) fut séparée du Penjab, mais le tracé de la frontière ne put déterminer à quel Etat serait attribuée Chandigarh, qui demeure aujourd'hui une capitale partagée entre les deux Etats.

Cette réorganisation se poursuit aujourd'hui. Au fur et à mesure du développement économique du pays, de nouvelles ruptures apparaissent entre les régions et les Etats, de nouvelles inégalités et déséquilibres se font jour. L'Inde n'a donc pas encore fini de "se trouver" et il est fort probable que les années à venir voient augmenter le nombre d'Etats fédérés, ne serait-ce que pour faciliter l'administration de ce gigantesque puzzle ethnique et économique.

En outre, l'Inde possède 7 territoires, derniers vestiges du découpage britannique, directement administrés par le gouvernement central, certains en voie d'autonomie.

Organisation administrative des Etats indiens

Les Etats sont partagés en districts, correspondant à une ville principale. Selon la taille des Etats, ils peuvent avoir entre 2 et 70 districts. Certaines grandes villes, de par leur taille et leur rayonnement, compose à elle seule un district (Delhi ou Bombay par exemple). Chaque district possède une autorité policière, sociale, et une autorité scientifique et culturelle. C'est par exemple au niveau des districts que s'appliquent et s'organisent les directives environnementales.

Au sein de chaque district, surtout pour les plus peuplés, une nouvelle décentralisation intervient, au niveau de groupements de villages, puis de villages, et parfois même au niveau communautaire. Lorsque l'on parle de "lenteur administrative" en Inde, on le comprend mieux à la lumière de toutes ces sous-divisions administratives, qui se comptent par centaines de milliers sur l'ensemble du territoire. C'est pourtant sur ce quadrillage que cette fragile démocratie parvient à se maintenir.

Organisation politique de l'Inde

L'Inde a hérité du modèle britannique, à ceci près qu'elle est représentée par un président de la République, au rôle tout aussi protocolaire que la reine d'Angleterre, élu par un collège électoral restreint. C'est le le Premier ministre, désigné par le parti majoritaire au Parlement, qui gouverne.

Chaque Etat possède son assemblée (Vidhan Sabha), dont les représentants siègent à la Chambre Haute du Parlement (Rajhya Sabha). Certains membres de ce dernier sont choisis directement par le Premier ministre. Le Parlement est également composé de la Chambre Basse (Lok Sabha), constituée des représentants de la population, élus au suffrage universel.

Chaque Etat fédéral est dirigé par un "Chief minister", autonome quant à son économie, sa police et ses infrastructures. Il possède sa propre justice. Cependant, les litiges entre les Etats fédérés, ou entre l'Etat et les Etats Fédérés, ou bien encore les jugements portant sur des points constitutionnels, ou dont les répercussions sont suffisamment importantes, peuvent être renvoyées vers la Cour Suprême qui se situe au sommet de l'organisation judiciaire de l'Inde. Ce fonctionnement de la justice indienne inspire actuellement le Parlement européen , qui se cherche un modèle pour gérer les conflits entre ses Etats membres.

L'unité de l'Inde, un rêve qui a la vie dure

Entre les différents partis politiques, la scission nord-sud, les séparatistes, les intégristes de tous bords, les castes, les religions, les langues, le grand rêve d'une Inde unifiée relève du défi chaque jour.

L'autonomie des Etats indiens n'est pas étrangères aux inégalités entre les régions et aux difficultés de faire avancer le pays vers un développement harmonieux. L'augmentation de la corruption des hauts fonctionnaires et le retard considérable constaté dans l'amélioration du niveau de vie dans certains Etats (comme le Bihar), a fait reculer ce modèle fédéral ces derniers années, avec une nette reprise du pouvoir de l'Union, au détriment des Etats. La constitution indienne permet en effet d'élargir le pouvoir du Premier ministre dans les situations de crise, avec l'administration directe d'un Etat fédéré par un gouverneur au détriment du Chief minister, voire la suppression momentanée des libertés démocratiques.

Ce n'est qu'à ce prix que, malgré des dérapages de temps en temps, la politique intérieure indienne maintient le calme et l'intégrité de son territoire, cherchant à tout prix à évacuer les démons du passé, qui, il n'y a pas si longtemps, se battaient encore dans des bains de sang.

Liens

Etats et territoires de l'Inde en 2010

Le Bihar , exemple d'un Etat indien à la traîne

Constitution du gouvernement indien

Sur le même sujet