L'Union européenne part en guerre contre les plantes médicinales

Non, la phytothérapie ne va pas disparaître, mais la directive européenne (THMPD) va encadrer sa mise en circulation sur le marché.
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Le buzz s'est créé en quelques jours avec une pétition à signer qui arrive dans toutes les messageries françaises. Le coup de grâce pour la médecine naturelle par les plantes serait-elle en train de faire loi en Europe ? Quelles plantes seront autorisées ou interdites, et comment pourrons-nous les utiliser ? Est-ce réellement, comme le clament certains, la fin des MTBP (médicament à base de plantes) ?

Le texte de l'Union européenne sur les MTBP

La date du 30 avril n'est pas comme un couperet signant la mise à mort des producteurs de plantes médicinales. Le document présenté dans le texte qui circule actuellement sur le Net, présente la décision de l'Union européenne comme une "catastrophe imminente". Elle correspond pourtant à une date butoir définie déjà depuis sept ans : tous les producteurs de plantes médicinales ont eu cette longue période pour faire enregistrer tous leurs médicaments phytothérapeutiques.

Il faut savoir qu'avant 2004, tous les produits phytothérapeutiques étaient soumis aux mêmes exigences de contrôle et d'expertise que les médicaments, et que la profession d'herboriste a déjà depuis belle lurette disparu en Europe. Le combat et les discours ne sont donc pas nouveaux. La directive européenne de 2004 reconnaît que les plantes médicinales présentaient des caractéristiques particulières, en raison de leur usage traditionnel, pour ne pas être soumises à la longue panoplie de tests des médicaments chimiques. Elle a donc mis en place une procédure simplifiée pour l'enregistrement des plantes, tout en maintenant l'obligation des nombreux tests portant sur l'aspect qualitatif des plantes, entre autres en matière d'innocuité bactériologique et toxique :

"However, even a long tradition does not exclude the possibility that there may be concerns with regard to the product's safety, and therefore the competent authorities should be entitled to ask for all data necessary for assessing the safety." (directive 2004/24/CE)

Les critères pour l'autorisation de mise en circulation des MTBP sur le marché de l'Union européenne

Les plantes médicinales et tout produit à base de plantes doivent pouvoir répondre à un critère fondamental : avoir été utilisé depuis au moins trente ans dont quinze ans sur le territoire européen. Pas d'inquiétude donc pour votre infusion de tilleul du soir ou le traitement de votre rhume avec du thym ou du romarin. Mais certains voient dans cette décision une condamnation sans jugement de certaines plantes récemment mises en vente sur le marché, notamment celles venues de Chine ou d'Inde et issue des médecines traditionnelles chinoises et ayurvédiques, qui n'étaient pas encore bien connues il y a quinze ans, mais qui ont prouvé leur efficacité depuis des milliers d'années dans leur pays d'origine.

Les inquiétudes concernant la "liste noire" des médicaments naturels

Michèle Rivasi, députée européenne Europe Ecologie confirme les inquiétudes des citoyens européens : à l'issue des sept années transitoires avant la date limite du 30 avril, 95 % des MTBP ont été refusés par le comité des médicaments à base de plantes. Et c'est bien là l'enjeu de cette pétition qui circule sur Internet, car si la procédure d'autorisation avait été annoncée comme "simplifiée", elle s'est révélée bien plus complexe et coûteuse que ce que l'on pouvait attendre, et la majorité des produits n'ont pas franchi la ligne d'arrivée. Cela ne signifie pas que les plantes non autorisées ne seront plus mises sur le marché, mais ne pouvant répondre aux critères de "MTBP", elles ne devront plus afficher d'indications thérapeutiques.

Il faut également savoir que le monde de l'Internet a sérieusement modifié le paysage de la vente : ne pas pouvoir se procurer une plante chinoise en France, est un moindre mal, puisqu'il est toujours possible de l'acheter (et parfois à moindre coût) directement en Chine ou sur un autre territoire (comme le Luxembourg par exemple), par une commande sur Internet. Depuis de nombreuses années un grand nombre de plantes exotiques introuvables en Europe se vendent uniquement de cette manière, les thérapeutes ayant leurs propres fournisseurs à l'étranger. La décision de l'Union européenne ne devrait donc pas modifier grand-chose dans ce contexte.

De plus, l'auto-médication, même avec des plantes, n'est pas infaillible et les cas d'allergie existent, même avec des produits naturels; il vaudra toujours mieux consulter un thérapeute pour se faire prescrire des MTBP qui, de toute manière, depuis 2008 dont déjà exclusivement vendus en pharmacie. Qu'aucune indication thérapeutique ne soit mentionnée sur leur contenant est un moindre mal si ces indications sont spécifiées par un thérapeute.

Les pays de l'UE dans l'impasse

Différences de culture et d'enjeux économiques, les pays de l'UE s'enlisent dans des discours sans issue. Entre la France qui, on le sait, a longtemps jeté son dévolu sur l'industrie pharmaceutique chimique, et certains pays européens où la médecine traditionnelle est plus ancrée dans les habitudes, l'Europe expose ses limites dans un discours rassembleur. Dans tel pays, les plantes sont enregistrées comme des médicaments et en suivent la législation, dans d'autres pays, elles sont considérées comme des compléments alimentaires et en suivent une législation différente.

Quoi qu'il en soit, les ouvrages sur les médicaments à base de plantes ne seront pas interdits (bonne nouvelle...) et les thérapeutes traditionnels, européens, chinois, indiens... pourront continuer à prescrire. Quant aux particuliers, ils pourront continuer à semer leurs plantes dans leur potager pour leur usage personnel, sans crainte. L'avenir des plantes médicinales et des MTBP n'est donc pas aussi noir que cela.

Sources :

www.ouvertures.net/portail/l_id.asp

consciencesansobjet.blogspot.com/2011/03/union-europeenne-et-medecine-naturelle.html

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