Nicolas et Carla Sarkozy en Inde, politique et séduction

Des milliards d'euros sont en jeu entre la France et l'Inde, mais le Taj Mahal et Carla Bruni-Sarkozy sont aussi à la une des tabloïds indiens.

Vendre des avions, des centrales nucléaires et des entreprises françaises, voilà les objectifs de Nicolas Sarkozy en rencontrant le Premier ministre Mamohan Singh à New Delhi, du 4 au 8 décembre 2010. Mais dans ce programme austère, l'épouse du Président apporte une touche bien particulière, et c'est bien sur elle que se sont braqués tous les projecteurs indiens depuis samedi. Il faut dire que les Indiens étaient restés sur leur faim en 2008.

L'événement Sarkozy-Carla Bruni en Inde, la France enfin "identifiée"

Voilà ce qui va définitivement séduire la population indienne et l'amener à s'intéresser davantage à la France, bien plus que les contrats potentiels qui sous-tendent la rencontre des deux pays. On se souvient qu'en 2008, le voyage éclair de Nicolas Sarkozy en Inde avait généré une levée de boucliers en raison de sa "liaison" avec Carla Bruni, qui s'était vue gentiment conseillée de rester à Paris pour respecter la morale et le protocole ; au grand dam de la population dont l'intérêt soudain pour la France s'était déclenché grâce aux histoires sentimentales de notre président. Les informations indiennes en ce mois de décembre 2010, que ce soit dans la presse ou à la télévision, placent Carla Bruni-Sarkozy au centre de l'actualité. Entre les discussions politiques et économiques entre les deux pays, et la femme du président, le temps d'antenne des reporters indiens les plus sérieux donne la part belle à cette dernière.

Du coup, c'est toute l'image de la France qui prend consistance dans l'esprit des Indiens. Jusqu'à récemment, lorsque l'on demandait à un Indien de situer géographiquement la France, elle se retrouvait quelque part en Europe, confondue et amalgamée avec ses voisins allemands, suisses, italiens et espagnols, dont la langue commune était l'anglais, la langue des "videshi", les étrangers. Pour un Indien, le mot "vin", il y a quelques années encore, était synonyme de whisky, le seul alcool "videshi" identifié.

Première étape du couple présidentiel : Taj Mahal et Fatehpur Sikri

Il n'en fallait pas plus pour finir de séduire l'opinion : commencer un voyage présidentiel sous le signe du romantisme. Entre Agra et Fatehpur Sikri , c'est au cœur de l 'islam indien que Nicolas Sarkozy et son épouse vont faire leur première sortie publique. Entre le faste légendaire du Taj Mahal , symbole de l'amour éternel, et la discrète bourgade de Fatehpur Sikri qui recèle l'une des plus belles mosquées du pays et la tombe du célèbre sheikh soufi, Salim Chisti, la démarche est plutôt positive : la communauté musulmane indienne devrait se sentir aujourd'hui elle aussi mise à l'honneur. Le président français a joué sur le registre du tact (il vaut mieux en Inde, où les susceptibilités sont à fleur de peau) en manifestant son désir d'assister à un concert de musique soufi et de se rendre sur le mausolée de Salim Chisti : une bonne entrée en matière pour rentrer dans le vif du sujet, le terrorisme, qui sera à l'ordre du jour de ce voyage.

Un voyage officiel sur le thème du partenariat

Le paysage économique indien a changé. Il ne s'agit plus de vendre de la technologie à un pays sous-développé, mais bel et bien d'accueillir dans un programme occidental un allié de poids. Le Président s'est déplacé avec les plus gros entrepreneurs français et des ministres européens, et le G20 flottera au-dessus de toutes les discussions. L'Inde est appelée aujourd'hui à devenir partenaire d'une économie mondiale, force est pour la France de l'intégrer dans son propre développement. "Il est temps que l'Inde participe à tous les grands débats mondiaux", affirme Nicolas Sarkozy, pour appuyer sa demande d'offrir à l'Inde un siège permanent à l'ONU.

Du coup, le contrat prévu avec Areva, leader français de l'énergie nucléaire, le soutien du président français à l'entrée de l'Inde au sein de la NSG (Nuclear Suppliers Group), la prolongation des accords de 2005 entre les deux géants de l'industrie spaciale EADS et ISRO sur des projets co-réalisés, sont évoqués aujourd'hui en termes de partenariat et plus seulement de ventes. "Un discours qui sonne comme une musique aux oreilles des Indiens", titre le Deccan Herald. Il s'agit d'aider le géant indien à se hisser au même rang que les autres pays.

Ne rêvons pas, l'offre n'est pas tout à fait aussi désintéressée, surtout lorsqu'il s'agit de vendre le Rafale Dassault à l'Inde, qui, depuis quelque temps, a une fâcheuse tendance à lorgner sur les performances de l'Eurofighter. 233 milliards d'euros sont en jeu dans ce débat, cela vaut bien quelques cajoleries diplomatiques, et de la bonne volonté pour soutenir l'Inde sur des sujets aux enjeux moins décisifs économiquement : le terrorisme, l'éducation et le développement intérieur.

Les réactions négatives dont personne ne parle

Aveuglés par tous ces discours mondialisants où se jouent des milliards de dollars, l'opinion publique des minorités a du mal à se faire entendre. Les médias ne parlent pas par exemple des manifestations de villageois qui ont accueilli le président français à Bangalore, et qui refusent de voir leurs terres agricoles confisquées pour une centrale nucléaire, sans vraiment de garanties d'indemnisation ou de réorientation professionnelle. On parle peu de cet emplacement d'ailleurs, ni des mises en garde des ONG contre le risque de construire sur une zone propice aux tremblements de terre. Le souvenir de Bhopal est encore vivace en Inde, il faudra au gouvernement et aux industriels français beaucoup de talent et de crédibilité pour convaincre la population que les choses ont réellement changé.

Dans ce contexte émotionnel, la présence en Inde de la première dame de France n'est pas un moindre atout pour Nicolas Sarkozy. La "pop star" Carla Bruni, comme l'évoquent ce week-end les tabloïds indiens, a consacré son voyage à des actions humanitaires, comme pour adoucir les discours de ces messieurs, et accentuer l'ambiance de bonne volonté qui entoure ce voyage.

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