Orchha, dans le Madhya Pradesh, en Inde du Nord

L'ancienne capitale du royaume des Bundela est aujourd'hui un village discret, célèbre pour ses innombrables temples et cénotaphes.
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Orchha, lieu en marge des grands circuits touristiques de l'Inde du Nord, fut une cité royale, dont il ne reste aujourd'hui qu'un village perdu entre une rivière et des collines. Les voyageurs ne se rendent à Orchha que parce qu'ils l'ont choisi, ou parce qu'ils désirent accomplir le long périple jusqu'à Khajuraho et ses célèbres sculptures érotiques , car le site ne se trouve ni sur la route du Rajasthan, ni sur celle de Varanasi. Une route buissonnière qui mérite vraiment le détour.

Se rendre à Orchha, le bout du monde

Il est des lieux comme Orchha difficiles d'accès et c'est plutôt tant mieux, tant on voudrait que demeure intacte l'atmosphère tranquille et authentique qui y règne. A moins de louer un taxi avec chauffeur, aucun train ni aucun bus ne vous conduit jusqu'à Orchha. Le train s'arrête à Jhansi et, de là, il faut prendre un "tempo", un rickshaw censé contenir 8 places assises, mais qui bien souvent prend en charge jusqu'à 15 voyageurs, les derniers arrivés devant voyager debout sur les côtés, agrippés au toit. Ces tempo circulent toute la journée entre Jhansi et Orchha. Ils attendent simplement d'être complets avant de partir. La route est sinueuse et monte dans les collines. Il n'est pas rare que le tempo s'arrête en cours de route pour décharger ses passagers, invités alors à pousser le tempo jusqu'en haut d'une côte.

La capitale du royaume des Bundela

Le nom de Bir Singh Deo flotte encore sur l'ancienne cité royale. Ce puissant roi de la dynatie Bundela faisait partie de ces princes hindous opposés à la main mise des Moghols sur le nord de l'Inde, au XVIIe siècle. A cette époque des grandes invasions, le trône des "petits rois" était toujours sur le point de disparaître. C'est par la zizanie au sein même de la famille impériale moghole que Bir Singh Deo trouva son assurance-vie. Profitant que Jahangir, le fils d'Akbar , fomentait contre son propre père, le raja d'Orchha lui proposa son soutien en échange du maintien de son pouvoir. Il faillit bien tout perdre, Akbar ayant eu vent de la conspiration. Seule la mort d'Akbar sauva Bir Singh Deo de la vengeance de l'empereur. Ce ne fut que partie remise, car c'est Aurengzeb , le petit-fils de Jahangir, qui mit fin au royaume d'Orchha. Le raja et sa cour durent s'exiler dans une région voisine.

L'intérêt touristique d'Orchha

La cité royale redevint peu à peu un village insignifiant. Enfin pas tout à fait, car du règne Bundela demeure une multitude de palais et de temples. La cité aux mille cénotaphes... Où que le regard porte, ce n'est qu'une succession de dômes et de flèches de pierre émergeant de la forêt et courant le long de la rivière. Il y a peu de ruines: si l'ensemble est nettement défraîchi, la splendeur du site est remarquable, dans ce bout du monde de l'Inde centrale. L'alignement des cénotaphes royaux au milieu de la végétation rappelle les paysages de l'Inde du Sud. Le temple de Chaturbhuj, ou celui de Raja Ram Temple, surplombant l'entrée du village, en imposent par leur masse spectaculaire et leur architecture qui leur donne des allures de cathédrale.

Il y a encore dix ans, les deux palais impériaux, dont l'un fut la résidence d'été de Jahangir, étaient en passe de tomber en ruines. Les riches mosaïques en pâte de verre qui ornaient leurs façades avaient quasiment disparu, les touristes les ramassaient dans la terre et les friches qui rongeaient les murs. Les riches peintures murales qui ornent les murs intérieurs des palais ne sont malheureusement pas entretenues ni restaurées. On s'attend à les voir disparaître chaque année un peu plus, sous l'humidité de la mousson.

Sur la place centrale du village, les villageois de la région se retrouvent chaque jour pour vendre leurs légumes, kaléidoscope de lumières et de couleurs dont les yeux ne se lassent jamais. Orchha est l'une des rares occasions que l'on a en Inde de se promener tranquillement dans la nature, en suivant la rivière ou en grimpant sur les collines alentour.

Et au milieu coule une rivière... la Betwa

Il faudrait dire: "Tristement célèbre", lorsque l'on parle de la Betwa. Il n'y a pas si longtemps encore, on accusait les eaux de la Betwa de véhiculer depuis 25 ans les résidus de la contamination de Bhopal. On conseillait aux voyageurs de ne pas s'y baigner. En effet, Bhopal ne se trouve qu'à une quarantaine de kilomètres en amont. Il est difficile d'imaginer cette jolie rivière, si bucolique, serpentant au milieu de gros rochers et des collines, transporter le poison qui anéantit tout un village. Le dimanche, les Indiens viennent y pique-niquer et s'y baigner dans une atmosphère bon enfant. A vous de voir si vous désirez vous joindre à eux dans les eaux paisibles de la Betwa...

Séjourner à Orchha

Si le village est difficile d'accès, il est en revanche aisé de s'y loger, les hôtels ayant poussé comme des champignons ces dernières années. De la chambre chez l'habitant à 150 roupies (hors saison) à la chambre royale à 3 000 roupies, le choix est suffisant, Orchha n'étant pas soumis aux hordes de touristes. Une aile du palais de Jahangir a été entièrement restaurée et réhabilité en hôtel de très bon standing, même si, vu le cadre "impérial", les touristes sont souvent déçus des prestations. De petits bungalows au bord de la rivière permettent de séjourner dans le calme, car le village est assez bruyant, même tard le soir.

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Séjour éco-responsable à Orchha

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