Rédacteurs free lance, exploités par les plates-formes d'emploi

Chercher des missions de rédaction sur Internet est un parcours du combattant, prouvant que le métier de rédacteur est loin d'être connu et reconnu.
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Les très nombreux professionnels indépendants sur le marché de la rédaction ou de la traduction arpentent le Web à longueur de journée pour décrocher des missions, espérant tirer le gros lot avec ne serait-ce qu'un seul bon client. Les clients existent, mais ils profitent bien souvent de cette main-d'œuvre pléthorique pour exploiter les prestataires les plus modestes, en cassant les prix.

Le fonctionnement des plates-formes d'emploi

Le système est à peu près le même partout : d'un côté des clients en demande de prestataires, de l'autre des prestataires en recherche d'une clientèle, et entre les deux, un site Internet qui met les uns et les autres en relation. Ces sites ont globalement le même fonctionnement :

  • Les prestataires et les clients payent un abonnement pour être "vus" sur le site, et publier ou répondre à des appels d'offres. Dans ce cas, la commission prélevée par la plate-forme sur le budget de chaque projet est raisonnable (15% en moyenne).
  • L'accès au site est totalement gratuit, mais les commissions prélevées par la plate-forme sont plus élevées (de 20% à 30%).
  • D'autres plates-formes appliquent une troisième méthode : l'accès au site est gratuit, mais le prestataire doit payer (par CB en ligne) pour répondre à un appel d'offres, ces réponses étant limitées aux deux ou trois premiers prestataires qui répondent.

Free-lance, d'abord payer pour pouvoir travailler

Dans l'absolu, le principe est totalement absurde. Pas de travail, pas d'argent, mais pas d'argent, pas de travail. Le rédacteur free-lance (ou tout autre professionnel indépendant) doit d'abord investir dans de très hypothétiques plates-formes d'emploi. Pour multiplier ses chances de trouver du travail, il faut qu'il s'inscrive sur de nombreuses plates-formes. Au minimum 29 euros par mois, multipliés par 4 ou 5, cela représente une somme chaque mois, sans aucune garantie de rentabiliser cet investissement.

Pour ce qui est des réponses d'appel d'offres payantes, il faut débourser 79 euros HT. Cette somme n'est pas encaissée par la plate-forme si l'offre ne fait pas partie des trois premières arrivées. En revanche, si l'on arrive parmi ces trois premiers "répondants", et que l'on n'est pas sélectionné par le client, cette somme est débitée... pour rien. On joue à cette roulette russe une fois, deux fois, et puis on arrête avant d'être complètement ruiné.

Les tarifs de rédaction

Là encore, l'arnaque attend le professionnel à chaque clic sur son écran. Le rédacteur est le parent pauvre du Web, qu'on se le dise. Une fois grassement payés les webmasters et autres graphistes, le budget "remplissage" de contenu est réduit à sa plus simple expression. Le rapport est environ de 85% du budget pour l'architecture d'un site, 25 % pour le contenu, dans le meilleur des cas. Des miettes jetées en pâture sur ces plates-formes d'emploi.

On voit chaque jour des offres à 3 euros les 600 signes, 5 euros la page... On ne paye que la touche de clavier pressée, sans jamais tenir compte du temps de recherche et de création. Effectivement, taper 600 signes sur un clavier peut prendre moins de 5 minutes, mais on ne parle pas de dactylographie, mais bel et bien de rédaction.

Des arnaques subtiles

Une plate-forme parmi tant d'autres, à première vue, gratuite. On peut s'y inscrire librement et répondre de suite aux appels d'offres. Dans votre contrat néanmoins, il est écrit que les sommes perçues ne sont versées qu'à partir de 50 euros. Et ô miracle, dès la première réponse que vous envoyez à un client, vous êtes retenu pour un petit texte facile à rédiger, qui vous rapporte 12 euros. Ce client est content, et par le biais de la plate-forme, vous remercie de votre "excellent travail". Ce même client publie des dizaines et des dizaines d'autres propositions, auxquelles vous répondez, pensant que vous avez fidélisé un client, et que le jack pot est pour vous. Et là, bizarre, ça ne marche plus. Toutes vos offres sont refusées. Vos 12 euros sont "gelés" sur le site, vous ne les toucherez pas, ou alors pas avant longtemps. Pendant ce temps, combien de "12 euros" sont-ils bloqués sur ce site, assurant un fond de roulement facile et malhonnête aux gérants de la plate-forme ? Inutile de préciser que toute communication est strictement interdite entre le client et le prestataire, chaque échange de message étant censuré par la plate-forme. Qui nous dit que les clients ne sont pas soumis à une règle : ne pas faire travailler deux fois le même prestataire, pour faire traîner le plus longtemps possible ses 12 euros sur le site ?

Sachez que ce principe est tout à fait illégal : vous avez travaillé pour 12 euros, vous devez les encaisser. Mais qui ira chercher un avocat pour 12 euros ?

Les chasseurs de tête qui fréquentent Suite 101

"De toute manière, vous gagnerez plus que sur Suite 101", dixit un chasseur de têtes venu faire son marché parmi les auteurs de Suite 101, avec une proposition de travail à un tarif très bas. A prendre ou à laisser. La différence est de taille néanmoins : on est sur Suite 101 par choix, par plaisir parfois, et les choses ont l'avantage d'être claires quand on s'y inscrit. C'est l'auteur qui investit de son temps en fonction de ce qu'il envisage pour l'avenir.

Comment répondre à ces chasseurs de tête ? Le plus poliment possible pour commencer. Et avec assurance et fermeté ensuite : venus chercher la qualité sur la vitrine Suite 101, cette qualité se paye. Accepter n'importe quelle proposition ne peut que nuire à l'ensemble de la profession. Il vaut mieux, si l'on a vraiment besoin de remplir son frigo, prendre un poste "alimentaire" payé au SMIC, pour lequel vous ne vous prendrez pas la tête. Ce minimum vital assuré, vous serez plus "professionnel" dans votre vrai métier, moins sous la pression de décrocher n'importe quelle mission au rabais pour payer la facture de gaz.

Le rêve d'une vraie plate-forme de mise en relation

Voilà un idéal qui ne serait pas si compliqué à mettre en place : des conseillers professionnels en lien à la fois avec les clients et avec les prestataires, évaluant les besoins des uns et les compétences des autres, conseillant, mettant vraiment en relation un client avec un ou deux prestataires et non pas dix, vingt, cent... Une plate-forme qui établirait des tarifs honorables, réglementaires, avec un vrai rôle de conseil pour les clients, sans hésiter à décrocher un téléphone, à "dévirtualiser la relation". Dans ces conditions, les rédacteurs seraient prêts à sacrifier 15% de leur budget, ce serait de bonne guerre, pour que tout le monde y trouve son compte.

En attendant, la vigilance est de rigueur. Il y a du travail pour les rédacteurs via Internet, mais pas à n'importe quel prix. Si Suite 101 est notre vitrine, apte à présenter nos compétences, c'est à nous ensuite de maintenir ce niveau de production et de nous afficher comme de vrais professionnels, avec des tarifs professionnels.

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