Sauvegarde du thon rouge - La France est attendue au tournant

Depuis le 17 novembre 2010, 48 pays sont réunis au sein de la CICTA pour tenter de définir les quotas de pêche de 2011. Greenpeace est pessimiste.

Marché noir, magouille, fausses déclarations... La biodiversité a du mal à lutter contre l'appât du gain, et le thon rouge en fait les frais depuis de longues années. Lors de la dernière conférence de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (CICTA), qui s'est tenue le 10 novembre 2010, dix pays avaient été pointés du doigt, dont la France, qui se défend de sa transparence et de sa bonne volonté. La conférence à Paris du 17 au 27 novembre devra prendre des mesures radicales pour enrayer l'extinction du thon rouge.

2022, une date butoir pour sauver le thon rouge

Les chiffres sont là: si rien n'est fait pour limiter la pêche du thon rouge, l'espèce aura disparu en 2022. En 2009, des quotas avaient été mis en place pour permettre le renouvellement des stocks avant 2020. Mais c'est justement sur ces quotas que le bât blesse. Entre les 13.500 tonnes que va défendre la France durant la conférence et les 6.000 tonnes proposées dès 2009 par Maria Damanaki, présidente de la Commission européenne, les discours s'enlisent, chacun tirant la couverture de son côté. Les scientifiques, quant à eux, émettent de vives réserves sur les probabilités de 2022, tenant compte des fraudes qui échappent aux contrôles internationaux: pour eux, il vaut mieux prendre des précautions en diminuant les quotas au maximum, car la probabilité de reconstituer les stocks de thon rouge en 2022 n'est que de 60%.

La peur du chômage chez les pêcheurs

« Faux débat » s'insurge Greenpeace , non sans raisons. « Lorsqu'il n'y aura plus de thons à pêcher, il n'y aura plus de pêcheurs ». Il ne s'agit pas de choisir entre les hommes et les poissons. Des alternatives existent, partant du principe que ce sont les méthodes qui sont à revoir, et non la pêche en elle-même. Le retour à une pêche artisanale permettrait de remettre en place une pêche raisonnée autorisant le renouvellement naturel des stocks, de maintenir les emplois des marins-pêcheurs tout en court-circuitant la course au profit des grands armateurs de thoniers responsables de 80% des quotas pêchés.

Pour les thoniers qui jouent le jeu des quotas en embarquant à leur bord des contrôleurs de l'Iccat (version anglophone de CICTA), le combat n'en demeure pas moins inégal, car les bateaux de pêche illégaux continuent, eux, de travailler sans contrôle. C'est donc sur un renforcement des contrôles que les 48 pays devront réfléchir lors de la conférence de Paris. Un pari extrêmement difficile, lorsqu'il faut mener de front les contrôles sur la drogue et l'immigration illégale.

Des comptes d'apothicaires pour la France

Ayant déclaré à plusieurs reprises un dépassement de ses quotas de pêche en 2007 et en 2008, la France s'est engagée à rembourser sa dette, en diminuant son activité thonière sur les années suivantes. En 2011 et 2012, elle devrait rembourser 1.500 tonnes par an pour éponger cette dette. Mais voilà que déjà que l'on discute sur l'étalement de cette dette, pour ne pas compromettre l'équilibre financier des entreprises de pêche. Ce qui ne manque pas d'exacerber les tensions au sein même des pays de l'Union européenne, les intérêts des uns ayant du mal à s'harmoniser avec les positions prises au nom de la communauté.

Le thon rouge espèce protégée, pas encore pour demain...

Au début de l'année, plusieurs pays avaient proposé d'inscrire le thon rouge à l'annexe I de la Cites (Convention internationale sur le commerce des espèces menacées). Cette proposition est fermement soutenue par Greenpeace, qui y voit enfin l'opportunité de voir se reconstituer à 100% les stocks de thon rouge, à condition que sa pêche soit suspendue pendant au moins deux ans, « le temps de mettre en place un nouveau système de gouvernance et de contrôle » ( Le Figaro 18/11/2010 ). Malheureusement, une forte majorité des pays présents avaient voté contre cette décision. Une proposition qui ne sera pas non plus à l'ordre du jour de la conférence de Paris à première vue, puisque le thème central de cette réunion internationale consiste à débattre des quotas 2011.

Prochains combats: cabillaud, anchois, 20 autres espèces en danger

Que le thon rouge ne fasse pas oublier que la pêche outrancière et la pollution sont responsables de bien d'autres dégâts. Une vingtaine d'espèces ont été listées par le département Agriculture des Nations unies (FAO) et méritent une diminution de leur pêche, voire une interdiction à la consommation. Cette liste ne sera pas à l'ordre du jour du 17 au 27 novembre, mais gageons qu'elle le sera dans quelques années, elle aussi, et – peut-on dire –, malheureusement.

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