Slutwalk, la marche des salopes arrive à Delhi

Après les manifestations de Toronto, c'est en Inde, le 31 juillet que les femmes revendiquent désormais le droit de s'habiller comme elles le veulent.

"It's a dress, not a Yes" (c'est une robe, pas un "Oui") pouvait-on lire sur une pancarte tenue par une manifestante lors de la "marche des salopes" qui s'est déroulée à Toronto le 3 avril 2011. Depuis cette date, le mouvement féminin, soutenu par une grande partie de la gent masculine, a fait tache d'huile, et c'est à New Delhi que les femmes manifestent le 31 juillet 2011, pour revendiquer le droit de pouvoir s'habiller à l'occidentale tout en affichant leur moralité : la Besharmi Morcha (marche des effrontées) fait suite à la Slutwalk.

Une bourde "politique" à l'origine du mouvement Slutwalk

Un policier de Toronto, en mission "d'enseignement" pour la prévention et l'information sur le viol, en janvier dernier, a lâché des mots malheureux au beau milieu de l'assemblée de la York Students Federation : si les femmes ne veulent pas se faire agresser sexuellement, elles doivent cesser de "s'habiller comme des salopes " (sic) ( slut en anglais). Cette conférence, qui se déroulait à la faculté de Droit d'Osgoode, qui n'est pas précisément le lieu où l'on trouve le plus de femmes de "petite vertu", a suscité la colère parmi les auditrices, une colère qui a trouvé un écho retentissant dans de nombreux pays. Le 3 avril 2011, la première Slutwalk a eu lieu à Toronto. Le mot "Slut" a été volontairement repris par les manifestant(e)s : une manière de ne pas laisser tomber dans l'oubli ce mot fâcheux, ni l'homme qui l'a prononcé.

Comme une traînée de poudre dans le monde entier, les sluts ont fait école : à Londres, le défilé des sluts a marqué les esprits, haut en couleur avec des sluts inoubliables ; suivie de Boston, Melbourne, et jusqu'à Mexico qui a accueilli la Marcha de las putas .

La Besharmi Morcha : les effrontées indiennes

Umang Sabharwal, élève au lycée Kamala Nehru, n'a que dix-neuf ans. C'est une jeune Indienne qui porte des jeans et des T-shirts, même si, lors de certaines réunions de famille, elle ne dédaigne pas enfiler la salvar kurta traditionnelle. Jeans, T-shirts, baskets, une tenue honorable désormais dans les rues des grandes villes indiennes, mais encore trop souvent stigmatisée par les milieux traditionnels (mais pas forcément traditionnalistes). Umang Sabharwal a décidé d'organiser une Slutwalk dans les rues de Delhi qui devait se dérouler en juin, mais qui finalement aura lieu le 31 juillet.

Il était difficile pour les Indiens de conserver le mot "slut", pour la bonne raison qu'il ne veut rien dire en Inde. Si aujourd'hui nombre de jeunes femmes s'émancipent du carcan social, la notion de "salope" (puisqu'il faut bien mettre des mots sur des idées...), ou de "slut" risquait de ne pas trouver de résonance dans les esprits, mais surtout, était susceptible d'introduire dans l'esprit du grand public indien une image, voire une théorie (jusqu'alors inconnue) de la slut . C'est donc au cours d'une réunion préparatoire qu'Umang Sabharwal et ses acolytes ont trouvé ces mots de "Besharmi Morcha" : besharmi signifie littéralement "éhontée" ( shameless), morcha signifie simplement "manifestation".

17 000 manifestants attendus

C'est encore très peu dans un pays de plus d'un milliard d'habitants, et parmi ces 17 000 participants, de nombreux hommes ainsi que des femmes occidentales venues soutenir le mouvement. Bien plus qu'une simple manifestation pour le droit de porter des vêtements différents, c'est tout le respect de la femme qui sera au coeur du défilé comme en témoignent ces étudiantes venues participer à cette marche :

"Moreover, it’s not our dressing that will change it all, but it’s the men who have to change their mentality" (Ce n'est pas nos vêtements qui doivent changer, c'est la mentalité des hommes).

"The Morcha is to make women aware of their rights and to make men know that enough is enough. This campaign is a stepping stone ... (Notre manifestation doit faire prendre conscience aux femmes de leurs droits, et dire aux homme que trop, c'est trop. Cette campagne est la première pierre [de notre combat]...)

Le droit de vivre sa sexualité, d'assumer une émancipation sans pour autant devenir une "slut" aux yeux de la société, tel sera le défi de cette grande première Besharmi Morcha.

Un combat plus occidental qu'indien...

Le nombre de femmes court-vêtues dans le défilé de New Delhi est nettement plus important parmi les "visages pâles" ou les femmes d'une classe sociale très favorisée, que parmi les Indiennes du grand peuple. On assiste aujourd'hui à un véritable choc des cultures, et le combat des Canadiennes, des Britanniques, des Australiennes n'est pas forcément celui des femmes du sous-continent. L'immense majorité des Indiennes n'acceptent pas non plus les minijupes et les décolletés sexy, et la plupart d'entre elles ont un combat plus "existentiel" à mener que celui de mettre des talons hauts. Pour ces femmes, la Besharmi Morcha est avant tout une manière de revendiquer leur place dans la société, et de sensibiliser les hommes aux outrages dont les femmes sont victimes aussi bien dans les rues de Delhi que dans les villages des régions reculées, même lorsqu'elles sont vêtues de leurs habits traditionnels.

Il ne faut pas oublier non plus que le port du sari, ou, comme dans l'ouest de l'Inde, les lahange, dévoilent une partie (voire une grande partie dans certaines tribus bishnoï) du corps féminin : or, ce n'est pas cette semi "nudité" qui pose problème en Inde. Le combat ne peut donc pas être le même que pour les "salopes" canadiennes...

C'est ainsi qu'une avant-première de la Besharmi Morcha, qui s'est déroulée à Bhopal le 16 juillet dernier, a mis davantage l'accent sur la "sécurité des femmes en ville" (Hindustan Times 16 juillet 2011), que sur la volonté de pouvoir porter talons aiguilles et jeans moulants. Une sécurité qui laisse à désirer même sur le lieu de vie, le lieu de travail, où le eve-teasing (harcèlement sexuel) est monnaie courante.

La Besharmi Morcha ouvre plutôt en Inde une marche vers, espérons-le, une législation plus favorable aux femmes et plus sévère pour les violeurs et les harceleurs.

Sources :

La Besharmi Morcha heure par heure

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