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FRÉDÉRIC HASCOËT

Publié dans : Les articles Culture de Frédéric Hascoët

Dans un autre pays: En Corée encore

Isabelle Huppert fait un petit tour en Asie dans un film sans grandes prétentions mais à la mise en scène non dénuée de charme.

Une écrivaine imagine trois histoires bien distinctes, au scénario de base différent, mais avec quelques points communs: la station balnéaire, Mohang-ni, et son héroïne principale, Anne. Tour à tour réalisatrice, femme mariée accompagnée de son amant et femme abandonnée par son mari pour une coréenne, Anne vivra trois histoires aux émotions différentes, aux situations et rebondissements différents, mais en même temps avec des similitudes. Des histoires pas si parallèles que cela...

Liens entre les trois scénarios

Le réalisateur coréen Hong Sang-soo, pour son nouveau film, a décidé de construire son film sous la forme d'un puzzle. Trois histoires, trois images, mais dont les morceaux seraient interchangeables pour former un tout à la fois disparate et cohérents. Trois situations ou les personnages reviennent d'une histoire à l'autre, pas tout à fait les mêmes, mais pas complètement opposés non plus. Des personnages dont les relations évoluent ou se complètent d'un petit film à l'autre. Cette évolution se construit parfois au sein de scènes ou de plans identiques, nous les faisant voir sous un autre angle, nous donnant une autre explication, explicite ou elliptique, ou faisant le pont, le lien entre les trois scénarios. Parfois avec des clins d’œil. Par exemple, le parapluie caché par Anne (Isabelle Huppert) au milieu de la deuxième histoire, et récupéré exactement au même endroit à la fin de la troisième.

Trois histoires, où trois personnages différents portant tous le même prénom Anne, sont les héroïnes, dans un pays qui n'est pas le leur mais dont les liens, relationnels ou intimes, les rattachent à elles. Dans la première histoire, Anne est une réalisatrice venue en Corée rendre visite à un ami. Dans la seconde, la station balnéaire de la première histoire est le théâtre d'un boulevard, avec Anne qui y est venue en compagnie de son amant. Et dans la dernière, Anne est une femme délaissée, venue se ressourcer suite au départ de son mari pour une coréenne. Dans les trois situations, Anne rencontre divers personnages, certains, comme le maître-nageur, revenant dans chacun des scénarios, faisant évoluer de l'un à l'autre leur relation, comme si tous ne constituaient finalement qu'un seul et même scénario, avec trois hypothèses de bases, améliorant ce qui est gardé, le faisant évoluer, et laissant le reste à l'état de brouillon.

Pensée retranscrite sans filtre

Ce film se veut ainsi un état des lieux de la création «en temps réel», montrant aux yeux des spectateurs l'état d'avancement d'un film unique, avec ses bonnes idées indiquées par la répétition des plans, des lieux ou des personnages, et ses recherches, avec un personnage féminin principal dont le nom et les caractéristique physiques sont conservés, mais dont le métier ou la situation personnelle de base et ses relations avec les autres personnages est modifié à chaque fois. Cela donne une autre couleur aux sentiments des héros du film. Le réalisateur se fait ainsi en quelque sorte un «écrivain de l'image», où sa pensée est retranscrite sans filtre, les idées non reprises pouvant être considérées comme des ratures. Nous rentrons alors dans le cerveau du réalisateur. Mais tout ceci constitue également un petit jeu, car Hong Sang-soo a volontairement monté ses trois idées les unes à côté des autres.

Dans ce «jeu des sept erreurs» ou des ressemblances, le cinéaste coréen, de scénario en scénario, sème ses petits cailloux et s'amuse en surprenant dans la reprise d'une même idée dans un film différent, lui donnant une autre perspective. Finalement, nous sommes là dans un voyage statique. Si la première histoire peut se voir sous l'angle du dépaysement, dans les autres nous sommes plus en terrain connu, avec des personnages qui nous sont rendus progressivement familiers. Et c'est dans ce décor de théâtre que Hong Sang-soo imagine trois pièces distinctes, trois mises en scènes différentes, mais multiplie les passerelles, les similitudes de l'une à l'autre, mélangeant ses images comme un jeu de cartes. Et c'est au travers de l'implicite que cela suscite que le spectateur se fait son propre film, le quatrième petit scénario, sorte de synthèse de ce qui a été donné à montrer, mais avec une large place accordée à la suggestion.

Malgré des redondances et des dialogues parfois un peu bêta, «Dans un autre pays» est un film qui surprend par sa structure narrative tronçonnée en trois partie qui forment les trois chapitres d'un même récit. Par ses astuces visuelles, il parvient à capter le spectateur pendant les 90 minutes que dure ce film. Avec, en prime, une Isabelle Huppert à l'aise dans ce paysage de carte postale un peu atypique, à la fois très local et tourné vers l'ailleurs. Léger, mais il mérite le coup d’œil.

À propos de l'auteur

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FRÉDÉRIC HASCOËT

Titulaire d'une Licence de Médiation Culturelle. Plus passionné
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