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FRÉDÉRIC HASCOËT

Publié dans : Les articles Culture de Frédéric Hascoët

Ivres de femmes

Ode à la biture et aux femmes, Saint-Amour est porté par des acteurs dans leur élément, dont un Benoît Poelvoorde grand cru.

Bruno est agriculteur. Avec son père Jean, ils viennent présenter leur taureau Nabuchodonosor à un concours au Salon de l'agriculture. Là-bas, Bruno en profite pour faire la route des vins, mais sans quitter la Porte de Versailles comme chaque année. Mais cette fois, Jean décide de prendre les choses en main et d'emmener son fils sur la route des vignobles. Les voici ainsi, en taxi, voyageant sur les chemins des vignobles et enchaînant les rencontres féminines plus inattendues les unes que les autres...

Triangle comique

Gérard Depardieu + Benoît Poelvoorde + route des vins = Une bonne tranche de rigolade assurée. C'est l'opération proposée par les franco-grolandais Gustave Kervern et Benoît Delépine. Une opération qui marche, car le duo de réalisateurs connaît déjà très bien les produits de leur addition ("Mammouth" pour l'un, "Le Grand Soir" pour l'autre). Ils en profitent ainsi pour s'amuser de leur image, et par conséquence nous amuser nous aussi, car l'ivresse du rire est ici communicative, jusqu'à l'exagération. Et dans ce registre, Benoît Poelvoorde nous offre un numéro magistral, éclipsant de son aura comique un Gérard Depardieu étonnement sobre (!) aux cheveux blancs. Et au milieu de cette nitroglycérine du propre de l'Homme, un troisième larron, point d'équilibre de ces deux mastodontes : Vincent Lacoste, qui réussit à trouver sa place dans ce triangle comique qui fonctionne en roue libre dans leur taxi, mais sans jamais quitter sa route des yeux.

Nous voici donc au début du film en plein salon de l'agriculture. Bruno (Benoît Poelvoorde) profite de sa seule semaine de vacances dans l'année pour faire le tour des stands vignerons afin de se saouler comme il se doit. Pendant ce temps, son père Jean (Gérard Depardieu) bichonne Nabuchodonosor (son taureau, qui porte également le nom d'une bouteille de 15 litres...) dans l'espoir que celui-ci remporte le concours annuel de la meilleure bête. Mais il s'inquiète aussi pour son fils, qui souffre de solitude et de manque de contact féminin. C'est pourquoi il prend une décision : la traditionnelle route des vins se fera cette année pour de vrai. Il y voit ainsi l'occasion de se rapprocher d'une progéniture qu'il connaît mal. Cette idée est le point de départ d'un road-movie improbable, et en taxi. Un voyage propice aux rencontres en tout genre, des plus improbables aux plus touchantes, mais toujours avec leur hédonisme en bandoulière. 

Amour libre

Et des rencontres, il y en a dans Saint-Amour. Avec un Michel Houellebecq impayable dans le rôle d'un patron de chambre d'hôte. Mais surtout avec les femmes. Les paralysées à qui on a retiré les ovaires (Izïa Higelin). Les vendeuses de pizza dans leur camion (Chiara Mastroianni). Les femmes d'âge mûr que Jean oublie de sauter (Andréa Ferreol). Les agents immobiliers lesbien (Ovidie). Les serveuses de restaurant débutantes (Solène Rigot)... Jusqu'à LA femme. Vénus (Céline Sallette). Une Vénus cavalière, presque amazone. Une idée fantasmée de l'idéal féminin, sauf que celle-ci souffre de ménopause précoce. Et va profiter de sa rencontre avec ce drôle de trio masculin pour les essayer tous les trois et tomber enceinte avant qu'il ne soit trop tard. Une représentation de l'amour libre avec des figues masculines qui traînent comme un boulet leur virginité et vont ainsi connaître une nouvelle aventure très attendue, l'aventure sexuelle. 

Des aventures vécues sous le mode du loufoque, du burlesque, de l'autodérision, de l'anarchisme et du foutraque. Un road-movie en taxi qui conduit à une route qui mène un peu dans tous les sens, mais aboutit toujours à une impasse. Mais les passagers s'en foutent. Ils font demi-tour et en prennent une autre. Une même route pour un cheminement intérieur différent, mais qui se recoupent. Chacun profite de cette échappée dans les vignes pour vivre leur propre aventure. Mais sous ces dehors de personnages qui ne se prennent pas au sérieux sont traités des sujets de société actuels inhérents au monde agricole, comme la crise de leur profession, la dépression ou encore la solitude, y compris sentimentale. Et malgré le caractère léger du film, ces thèmes plus profonds sont abordés sérieusement, avec empathie, et non dénués d'une certaine émotion. Le duo Kervern-Delépine trouve ici un ton juste entre humour et sujet de société.


Saint-Amour est une bonne cuvée en matière d'humour potache et décalé. Les duos (réalisateurs et acteurs) fonctionnent à merveille. Ce film en forme d'hommage à l'art de vivre à la française (bonne bouffe, bon vin que l'on consomme à satiété et que l'on érige en art, comme les 10 stades de l'alcool énumérés par Poelvoorde) est aussi un film en forme de remerciement à toutes les femmes, fortes ou fragiles, amantes ou mères. Une tranche de rire gaie, intelligente et émouvante, ça ne se refuse pas. 

À propos de l'auteur

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FRÉDÉRIC HASCOËT

Titulaire d'une Licence de Médiation Culturelle. Plus passionné
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