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FRÉDÉRIC HASCOËT

Publié dans : Les articles Culture de Frédéric Hascoët

"Nos souvenirs" peu mémorable

Gus Van Sant tourne un peu à vide dans ce film sur la mort, la vie, la survie, malgré une bonne radiographie du couple.

Japon. Arthur Brennan, un américain, pénètre dans la forêt d'Aokigahara, au pied du Mont Fuji, avec la ferme intention de mettre fin à ses jours dans ce lieu connu pour accueillir de nombreux suicidaires. Là-bas, il se souvient de ce qui l'a poussé à venir ici : la crise que son couple a traversé et l'épreuve à laquelle sa femme Joan a été confronté. Soudain, il croise la route d'un japonais, Takumi Nakamura. Il lui sauve la vie, et les deux hommes vont alors tenter de retrouver le chemin d'un lieu dont on ne sort jamais indemne...

Labyrinthe mortifère

Dix ans après "Last Days", film consacré aux derniers jours de Kurt Cobain, ancien leader du groupe Nirvana qui s'est suicidé à 27 ans, Gus Van Sant nous replonge dans les sentiments les plus noirs de l'âme humaine avec une histoire où la mort est omniprésente. Avec pour cadre de l'action une nature hostile, un huis-clos en forêt, dont la seule fenêtre d'évasion nous est offerte sous forme de flash-back. Ceux du héros, qui se souvient de sa femme, leurs disputes comme leurs petits bonheurs et le renforcement de leur amour quand vient la maladie. Des souvenirs pas toujours très gais, mais remplis d'émotions et d'ondes positives qui finiront par lui faire voir les choses sous un autre jour et le faire hésiter sur sa funeste destinée à laquelle il se disposait. Tout va basculer avec l'arrivée d'un inconnu avec qui il va vivre des aventures rocambolesques dans un drôle de paradoxe, car il va chercher à sauver une vie dans un lieu de mort. 

Un enfer vert que l'américain Arthur Brennan (Matthew McConaughey) pensait ne pas quitter de sitôt. Dès le début du film, on comprend qu'il s'agit d'un aller sans retour. Un seul billet d'avion pour le Japon, un sac à dos avec peu d'affaires, si ce n'est un mystérieux paquet qu'il transporte comme un porte-bonheur. Et ses médicaments qu'il commence à avaler méticuleusement avec sa bouteille d'eau. Mais pas le temps d'aller plus loin. Un homme qui lui ne veut pas mourir cherche sa route. Il est japonais, se nomme Takumi Nakamura (Ken Watanabe), et s'est perdu dans ce labyrinthe mortifère. En cherchant à bien faire en l'aidant, Arthur va à son tour se retrouver au beau milieu de nulle part dans cette forêt qui leur réservera bien des mauvaises surprises, car la nature adore tester ceux qui foulent son territoire. Et parallèlement à ses (més)aventures, il se remémore les événements qui l'ont amené jusqu'ici, les bons comme les mauvais. 

Sentiments soulignés à gros traits

Et les vrais bons moments du film viennent de là. De ces passages où Arthur Brennan se souvient de sa femme Joan (Naomi Watts), lorsqu'il était aux Etats-Unis. La radiographie de ce couple offre au spectateur les vrais moments d'émotion du film. De leurs disputes et leur éloignement qui semble inéluctable à la tragique maladie qui touche Joan, les rapprochant de nouveau et leur faisant voir les choses sous une nouvelle perspective, leur offrant une seconde chance d'avenir à deux, Gus Van Sant nous propose une histoire complexe et passionnante, en tout cas beaucoup plus que celle se déroulant au Japon. Malheureusement, la conclusion de cette histoire d'amour, trop rapidement expédiée de manière absurde, déçoit fortement. Cela gâche complètement ces moments forts, qui se font rares dans ce film où les propositions du réalisateur se noient au beau milieu de sentiments soulignés à gros traits. 

Car le séjour de survie dans la forêt japonaise peine plus à convaincre. Les péripéties dignes d'un film d'action un peu douteux nous offre un faux suspense mal placé dont on se serait bien passé. Quant à la relation entre les deux personnages masculins, elle apparaît assez bancale, dénué d'un quelconque affect. Nous assistons au cheminement de deux parallèles, à défaut d'un échange réel. Le lien qui les unit dans ce lieu nous semble assez superficiel, ensevelie sous l'émotion forcée que le réalisateur appuie à grands renforts d'effets lourdingues qui gâchent le film. Et les flash-back ne font que renforcer le déséquilibre entre les deux histoires qui nous sont racontées. Sans parler des acteurs, notamment Matthew McConaughey, qui semblent eux-même un peu perdus dans leur personnage et peinent difficilement à convaincre. Du coup, on aurait presque envie qu'ils en finissent au plus vite afin de quitter au plus tôt la salle. 


La mort, personnage principal et omniprésent du film, plombe complètement l'ambiance et le moral du spectateur. Mais elle n'y est guère pour grand-chose ; lorsqu'elle est traitée de manière lourde, sans aucun recul ni réflexion, elle en devient repoussante au sens le plus vulgaire du terme. Elle en serait presque éclipsée par les rares étincelles de vie, celle de ce couple qui se bat pour exister encore malgré les nuages qui s'accumulent. Ce qui apparaît peu face à la vaine tentative de Gus Van Sant de trouver des éclaircies. 

À propos de l'auteur

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FRÉDÉRIC HASCOËT

Titulaire d'une Licence de Médiation Culturelle. Plus passionné
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