user_images/IMG_20140811_161812.jpg

FRÉDÉRIC HASCOËT

Publié dans : Les articles Culture de Frédéric Hascoët

The Assassin, la mort dans l'âme

Une dangereuse tueuse est chargée de mettre fin à la vie de son cousin, dont elle est par ailleurs amoureuse. Une histoire d'un ennui mortel.

Chine, IXe siècle. Nie Yinniang est une tueuse initiée aux arts martiaux par une nonne dans le plus grand secret. Redoutable dans l'art du maniement du sabre, elle possède néanmoins un point faible : son cousin Tian Ji'an, gouverneur de la Province du Weibo, à qui elle a été promise jadis et dont elle est toujours amoureuse. Alors que la guerre fait rage avec l'Empire, elle est chargée de retrouver sa famille et d'assassiner Tian Ji'an. Elle va alors devoir faire un choix entre son devoir et ses sentiments...

Modernité universelle

The Assassin n'est pas un film de sabre classique. Il s'agit plus précisément d'un wu xia pian, sorte de mi-chemin entre le western et le film de cape et d'épée. C'est sous cette bannière que Hou Hsiao-hsien place son nouveau long-métrage. Une histoire se déroulant dans la Chine du Moyen-Age dans lequel l'Empire et la province du Weibo se livrent une guerre sans merci. Avec à l'intérieur de cette bataille une histoire d'amour. Celle du gouverneur Tian Ji'an avec sa cousine Nie Yinniang, chargée de l'éliminer. entre l'amour et la loyauté envers " l'ordre des assassins ", celle-ci va devoir choisir son camp. Le réalisateur mêle ici la grande Histoire des hommes avec celle, plus intime et plus sensible, de l'âme et des sentiments. Lesdits sentiments qui traversent les âges, les pays, les époques, les langues, inscrits dans une époque datée (ici le IXe siècle) et dont la modernité universelle transcende la temporalité et la géographie fixe de l'histoire.

Nous voici donc plongé en plein Moyen-Age chinois. Nie Yinniang (Shu Qi) est une jeune fille élevée par une nonne et éduquée aux arts martiaux dès son plus jeune âge. Ce qui a fait d'elle l'une des plus redoutables justicières de l'Empire. Après des années d'exil, elle revient dans sa famille avec pour but d'assassiner Tian Ji'an (Chang Cheng), son cousin, gouverneur de la province du weibo, ouvertement en guerre contre l'Empereur. Or, Nie Yinniang est amoureuse de lui, et lui était même promise. Leur mariage qui aurait déjà dû avoir lieu a par le passé déjà été avorté. La combattante va devoir choisir entre sa mission et ses sentiments. Un choix cornélien qui l'oblige à trancher entre deux décisions qui vont changer son avenir. Sera-t-elle assez forte pour mettre ce que lui dit son coeur de côté ou va-t-elle faire passer Tian Ji'an au-dessus de sa mission et ainsi désobéir à "l'ordre des assassins" ? Elle seule pourra décider de son destin. 

Esthétique impeccable

Et cette épopée intérieure d'une tueuse nous est montrée par une très belle réalisation, de très belles images. La Chine de l'époque nous est remarquablement restituée ne serais-ce qu'au niveau des décors, des costumes, des lumières. Une esthétique impeccable, presque picturale, qui séduit d'emblée le spectateur. Une image d'autant plus importante que le corps, le geste, les regards, les costumes sont sensés nous raconter une histoire qui pallie une utilisation minimaliste de la parole. La dramaturgie repose pour beaucoup sur les tensions instillées par la confrontation des personnages. Confrontation psychologique liée au caractère presque spectral de Nie Yinniang, mais aussi physique, parfois lorsque les sabres sont de sortie. Par ses longs plan-séquences, Hou Hsiao-hsien laisse s'instiller une ambiance, une temporalité qui laisse ses personnages et ses enjeux s'installer à l'image même, sans ellipses. 

Mais cette action sourde ne masque pas une certaine lenteur qui finit par ennuyer singulièrement le spectateur. Les trop rares scènes de combats peinent à nous réveiller, et ce beau livre d'images qui nous est proposé ne suffit pas à maintenir un quelconque intérêt. Les gestes sont chorégraphiés, esthétisés, presque trop maîtrisés pour surprendre. Quant à la formidable Shu Qi, sensée interpréter le personnage principal féminin, elle passerait presque pour un second rôle, tant son personnage de Nie Yinniang est sous-exploité. Il devient ainsi compliqué de s'intéresser à son histoire, ses déchirements intérieurs, tant il est difficile de voir où veut en venir Hou Hsiao-hsien. En peinant à rendre dynamique et nerveux son scénario, sa mise en scène, il n'attrape pas notre regard, notre attention, rendant une belle copie sur la forme sans pour autant donner envie de la lire, tant elle est brouillonne et confuse. 


Partant pourtant d'une bonne idée, de bonnes intentions, Hou Hsiao-hsien rate son sujet en ne trouvant pas d'équilibre entre scènes d'actions et psychologie des personnages. Si les combats de sabres ne sont qu'esquissés - quand elles ne sont pas tout simplement suggérées, voire dissimulées -, le reste du film semble rallongé à l'envi, manquant de rythme, ce qui plombe l'attention qu'on lui porte. La déception est à la hauteur de l'attente d'un sujet qui semblait intéressant, mais qui au final ne l'est pas. 

À propos de l'auteur

user_images/IMG_20140811_161812.jpg

FRÉDÉRIC HASCOËT

Titulaire d'une Licence de Médiation Culturelle. Plus passionné
  • 47

    Articles
  • 1

    Séries
  • 2

    Abonnés
  • 0

    Abonnements

Poursuivez la discussion!