">
user_images/IMG_20140811_161812.jpg

FRÉDÉRIC HASCOËT

Publié dans : Les articles Culture de Frédéric Hascoët

Un "Cafe Society" doux amer

Un formidable vaudeville mélancolique au pays d'Hollywood, sous la patte du maître Woody Allen, plus vert que jamais.

Bobby Dorfman est un jeune homme qui s'ennuie dans le New-York des années 1930. Il ne rêve que d'une chose : Los Angeles. Pour y faire son trou, ses parents bijoutiers l'envoient chez son oncle Phil, un puissant et influent agent de stars, qui l'embauche en tant que coursier. Durant son périple Hollywoodien il va tomber amoureux de Vonnie, la secrétaire de Phil. Malheureusement pour lui, elle est déjà en couple avec un journaliste. Mais les jeux de l'amour et du hasard pourrait bien rebattre les cartes...

Le goût des amours déçus

Cela fait un demi-siècle que Woody Allen nous offre sa livraison annuelle d'histoires d'amours contrariés, de personnages névrosés qui s'interrogent sur eux-même et sur le monde, le tout ponctué d'humour, de bons mots et parfois d'une pointe de nostalgie qui font le délice des cinéphiles. "Café Society" n'échappe pas à la règle. Et c'est un bon cru. Un millésime tout droit cherché dans les années 1930, mais qui garde le goût des amours déçus que les êtres de tout temps ont vécu au moins une fois dans leur vie. Ce qui rend cette comédie si proche de nous, et si émouvante. Car si il y a bien un sujet qui dépasse toutes les époques et les transcendent, c'est bien les sentiments. Les beaux, les vrais, les fragiles. Ceux qui rendent vivant. Et de la vie, assurément il y en a dans le nouveau Woody. Beaucoup de vie. Des vies et des liens qui rapprochent. Et qui interdisent. Et des choix cruels et nécessaires qui vont avec. 

C'est le cas de celui de Bobby Dorfman (Jesse Eisenberg), notre héros New-yorkais naïf et flanqué d'une famille foldingue, entre des parents bijoutiers qui passent leurs journées à s'engueuler, une soeur mariée à un communiste et un frère gangster. Il rêve de s'extirper de sa condition et de s'évader. Pour lui, il n'y a qu'un seul échappatoire rêvé : Los Angeles. Il va avoir la chance de vivre le fantasme hollywoodien au travers de son oncle Phil (Steve Carell), agent de stars réputé, qui le prend un peu à contrecoeur sous son aile en lui dégotant un job de coursier. Mais Phil a également une très jolie secrétaire, Vonnie (Kristen Stewart), dont Bobby tombera amoureux. Mais c'est une déception : la belle n'est pas libre... jusqu'à ce que son mystérieux journaliste de compagnon et elle ne rompent. Tous les espoirs sont donc de nouveau permis, jusqu'à la prochaine désillusion. Et tout le film passe ainsi, du ciel le plus bleu à la chute la plus lourde, comme dans des montagnes russes. 

Blessures mal guéries

Déçu par son escapade au pays du rêve, c'est finalement dans le retour à la case départ que Bobby s'accomplira pleinement. Avec l'aide de son frère Bob, il ouvrira le "Café Society" et retrouvera l'amour dans les bras de Veronica (Blake Lively), mais celle-ci ne remplacera jamais vraiment dans son coeur la belle Vonnie, que les hasards remettront sur son chemin. Dès lors, pourront-ils malgré la séparation forcée renouer leurs liens, sous quelle forme et avec quelles conséquences ? Ce sont les temporalités des rencontres (trop tôt ou trop tard), les interdits et les conventions que Woody Allen filme ici, comme une prison dont les deux principaux protagonistes peineront à trouver la clé pour s'en échapper. Une histoire d'amour avouée mais avortée, dont les regards ne cesseront d'exprimer ce que les mots ne doivent plus dire, de peur de raviver des blessures mal guéries. La pudeur des sentiments ici ne s'en trouve que plus déchirante. 

Heureusement, Woody Allen évite le pathos en contrebalançant son mélo par de pures scènes de comédie. A l'instar de Bob et de sa façon d'enterrer les cadavres, qui revient façon running-gag dans le film. Ou de la conversion de celui-ci du judaïsme au catholicisme car ces derniers ont droit à la vie éternelle. Bref, une comédie romantique de haut vol, où l'on rit autant qu'on s'émeut. Sans parler des traits d'esprit typique de chez Woody. Comme un personnage disant que "l'amour sans retour fait plus de victimes que la tuberculose". Des aphorismes aussi délicieux que des bonbons acidulés, qui ponctuent ce film beau et dense, et ne tombe jamais dans une lourdeur ou une gravité inutile. A l'instar des acteurs, tous excellents de sobriété et de justesse de ton. Il est vrai dirigé par un chef d'orchestre encore très inspiré et inventif après cinquante ans de baguette. Passant du grave au léger avec toutes les nuances existantes entre les deux, "Café  Society" est un pur plaisir de cinéma. 


Woody Allen, dans son dernier film, nous invite à prendre un "Cafe" à bonne température, sucré juste ce qu'il faut, avec ce petit nuage de lait qui le rend agréable. Le petit chocolat étant ici représenté par un triangle amoureux où la pureté des sentiments le dispute à la complexité des choix qu'ont à faire les personnages, et qui décideront de leur avenir, révéleront leurs désirs mais aussi leurs frustrations. Un film profondément émouvant et bouleversant sur l'amour et ses contrariétés. 

À propos de l'auteur

user_images/IMG_20140811_161812.jpg

FRÉDÉRIC HASCOËT

Titulaire d'une Licence de Médiation Culturelle. Plus passionné
  • 47

    Articles
  • 1

    Séries
  • 2

    Abonnés
  • 0

    Abonnements

Poursuivez la discussion!