Habemus Papam:Il était une foi

Nanni Moretti pose un regard drôle et intime sur un Pape en pleine crise de foi s'interrogeant sur un rôle de guide spirituel auquel il n'est pas préparé.
11

Le film s’ouvre sur les images de l’enterrement de Jean – Paul II en 2005. Tout le reste n’est que fiction, alternance entre comédie et drame. Comédie, avec un conclave absurde entre panne d’électricité et cardinaux priant pour ne pas être élus. Drame, avec un élu que refuse, comme le veut le rituel, de se présenter au balcon, suscitant l’incompréhension des nombreux fidèles présents, puis du monde entier. Le réalisateur italien Nanni Moretti joue les équilibristes derrière la caméra afin de se moquer plus que critiquer la religion catholique dans ses plus hautes sphères. Et nous offre un huis – clos décalé, car tant que le Pape ne s’est pas montré les cardinaux ne peuvent pas sortir. Tout est tenté pour sortir de l’impasse, y compris faire appel à un psy, joué par…Moretti lui – même. Un rôle qu’il connaît bien et qu’il réendosse dix ans après « La chambre du fils » ( Palme d’or 2001 ). Le nouveau Pape, le cardinal Melville, est interprété par Michel Piccoli, parfait de sobriété. Il décrit parfaitement dans son jeu son rôle d’homme s’interrogeant sur sa foi bien avant celui de futur Souverain Pontife. Une prison morale dont il devra trouver la clé pour s’échapper. Mais, avant tout, il doit s’échapper de la Chapelle Sixtine, ce qu’il finit par faire ! Loin de la pression et des regards, il peut enfin réfléchir sur lui – même, se retrouver. Lorsqu’on lui demande ce qu’il fait, il répond « acteur ». A travers cette réponse fait se resurgir la question de ce qu’est un Pape. Un rôle ? Lequel ? Seulement religieux ? Culturel ? Religieux ? Politique ? Médiatique ? Ce n’est pas seulement l’homme qui cherche sa place, mais aussi le Pape.

Drame de l'homme seul

Nanni Moretti s’interroge sur le rôle du Pape aujourd’hui. Tout en jouant sur les contrastes. Face au drame de l’homme seul, il filme parallèlement à cela les cardinaux qui, pour passer le temps en attendant une sortie de crise, jouent aux cartes ou au volley. Et, malgré les nombreuses unes de journaux du monde entier, malgré les médias télévisés très présents, l’impression de cette situation ubuesque est qu’il sort de la réalité, qu’il acquiert une universalité par – delà la chute du piédestal d’un représentant religieux intouchable. Le Pape se « dématérialise » en un simple être humain avec ses problèmes, ses blessures, ses petites joies et ses grandes peines. Est – il passé à côté de quelque chose d’essentiel dans sa vie ? Et quoi ? Une introspection inattendue de la part d’un être sensé devenir l’un des plus influents de la planète. Mais comment guider les autres lorsqu’on ne sait pas soi – même qui l’on est ? Le réalisateur joue sur les oppositions radicales entre un religieux confronté à des problèmes concrets et un psychanalyste, profession intellectuelle et cartésienne, mis face à une situation complètement irrationnelle. Il en profite au passage pour faire de Brezzi un personnage comique porté jusqu’à son paroxysme car il est…agnostique. Ces deux personnages se croisent autour d’un dialogue pas très catholique où sexualité, famille et rêve sont convoqués, sous l’œil vigilant des autres cardinaux…Une multitude de scènes comique avec des hommes qui, de par leur fonction suprême, sont supposés ne pas être drôles, justement, afin d’alléger un film aux propos plus grave qu’il n’y paraît au premier abord.

Métaphores d'hommes désemparés

En désacralisant avec légèreté la fonction religieuse, Nanni Moretti invite le spectateur à extrapoler et à voir plus loin que l’habit. Il ne cherche pas à rapprocher le catholicisme des gens ni à offenser. Il n’a fait que poser sa caméra, son histoire dans ce lieu, afin de créer tous les effets voulus, mais le sujet traité est plus large, et ces lieux et ces personnages ne sont que des exemples, des métaphores d’hommes désemparés face à l’insoluble, répandant la bonne parole sans se parler entre eux, sans savoir qui ils sont réellement. Les fidèles s’interrogeant de l’absence au balcon du symbole, mais pas de l’effacement de la personnalité de l’homme derrière la fonction, de son annihilation, jusqu’à en perdre son nom propre pour un nom d’emprunt.

Nanni Moretti a filmé avec humour, ironie et distance bienvenue un homme au pied du mur refusant sa destinée, et les conséquences qu’un tel acte peut engendrer. Cinq ans après « Le Caïman », le pouvoir est donc encore prétexte à montrer les hommes d'influences et leurs jeux de masque. Une réussite divertissante, souriante et sans grande prétention, mais non sans influence.

Sur le même sujet