Polisse : Dans la peau des flics

Primé à Cannes, un film policier majeur et saisissant sur le quotidien des femmes et des hommes de la brigade de la protection des mineurs.

Après « Pardonnez - moi » et « Le bal des actrices », Maïwenn nous plonge dans l'univers de la brigade de la protection des mineurs. Une fiction réalisée comme un documentaire qui suit un groupe de policier dans leur quotidien, professionnel comme personnel. Il y a Iris ( Marina Foïs ), qui essaye désespérément de tomber enceinte ; Nadine ( Karine Viard ), qui se demande si elle a bien eu raison de divorcer ; ou bien encore Fred ( Joeystarr ), père de famille qui finira par tomber sous le charme de Mélissa ( Maïwenn ), une photographe chargée de suivre le travail de la brigade pour réaliser un livre.

Tranches de vie

Si leur vie privée est agitée, leur vie professionnelle est tout aussi compliquée, entre traque de pédophiles, des parents soupçonnés de dérives sexuelles sur leurs enfants ou certains comportements déviants des adolescents. Mais le travail est toujours fait avec l'humour en bandoulière, qui se transforme parfois en fous rires involontaires dans des situations gênantes, mais il s'agit ici d'une arme contre la morosité et contre certaines histoires difficiles. C'est un moyen de décompresser comme d'autres, par exemple des sorties en discothèque entre collègues.

La façon de filmer donne un côté réaliste au film. Nous sommes dans l'action en permanence, sans temps mort. Les tranches de vies s'entrecroisent. Les histoires s'enchaînent. D'ailleurs, le scénario se base sur des vrais cas survenus à la brigade de la protection des mineurs. Toutefois, le film garde le parti pris de la fiction, sans jouer sur le registre de la reconstitution. Ces cas ne sont en effet que des prétextes pour filmer les tranches de vie des principaux protagonistes de ce film choral. Et notamment celle de Mélissa, que l'on peut voir comme une représentation du spectateur du film, dans une sorte de mise en abyme. En effet, la photographe ne voit les choses qu'au travers du prisme subjectif de son objectif, comme le spectateur ne les observe qu'au travers de la caméra de la réalisatrice. L'un comme l'autre se sent impuissant face aux événements parfois dramatiques. Il est au milieu et ne peut agir. Mélissa peut donc être vu comme le personnage passerelle entre la réalité et la fiction. Même s'il ne s'agit que d'un second rôle, c'est celui auquel le spectateur s'identifie le plus.

Jeu de rôle

De manière générale, aucun personnage n'est épargné. Ils sont tous mis à nu, tous les masques tombent, toutes les fêlures et les névroses sont exposées à l'air libre, allant au - delà de la fonction de chacun et humanisant ces êtres qui, tel un jeu de rôle, nouent des liens d'amitié plus ou moins forts ou de circonstance, selon les affinités, les personnalités des uns et des autres, que celles - ci soient affirmées ou plus discrètes. Cette sensibilité à fleur de peau affectée de façon plus ou moins forte par leur travail contraste avec la carapace et le détachement obligatoire que nécessite leur travail au quotidien. Un travail déconsidéré par les autres services de police.

Mais Maïwenn n'oublie pas pour autant que l'enfance reste au cœur de la thématique de son film, d'une part par le titre ( avec faute d'orthographe d'usage ) et le générique de début, teintée d'ironie, reprenant celui de l'émission télé des années 80 « L'île aux enfants ». Une thématique universelle et rassembleuse, qui rappelle à quel point l'adulte n'est pas moins fragile que l'enfant, ni l'enfant moins mature que l'adulte. Face aux cas difficiles, le film nous interroge sur un certain état de la société d'aujourd'hui, et dessine en filigrane une œuvre plus engagée politiquement, mais surtout socialement qu'il n'y paraît au premier abord.

Sur le même sujet