The Artist : Le cinéma dans le rétro

Un film événement au charme désuet et onirique, dont la performance des comédiens laisse sans voix.
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Troisième collaboration entre le réalisateur Serge Hazanavicius et le comédien Jean Dujardin, après « OSS 117 le Caire nid d’espions » et sa suite, « OSS 117 Rio ne répond plus », « The artist » nous plonge au cœur même de l’Histoire du cinéma, 80 ans en arrière, à la grande époque du cinéma muet et de ses stars à la Rudolph Valentino, Buster Keaton et Charlie Chaplin. A une période charnière, celle de la transition entre deux cinémas, l’un visuel, l’émotion passant par les gestes, l’exagération, et l’autre parlant, où le comédien réapprend son métier à l’aune des nouvelles techniques qui lui permettront non seulement d’être vus, mais aussi et surtout entendus.

Nous sommes en 1927, à Hollywood. George Valentin est « la » star du cinéma muet. Chacun de ses films est un triomphe et nombre de gens rêvent de pouvoir l’approcher. Ce sera le cas de Peppy Miller, une jeune figurante qui, par un concours de circonstances, va être amenée à faire la une des journaux à ses côtés. Madame Valentin se montre jalouse. Mais George est bien trop vaniteux et cabotin pour prêter la moindre attention à ces critiques. Et bien trop orgueilleux lorsque Al Zimmer, enchanté et ravi à l’idée de pouvoir réaliser des films parlants, décide de tout miser sur cette avancée révolutionnaire. Mais George Valentin ne l’entend pas de cette oreille. Pour lui, le muet a encore toute sa place. Mais il devra bien vite se rendre à l’évidence ; le muet, c’est dépassé. Les spectateurs, qui ont toujours raison, adhèrent au parlant. De film en film, d’une citation au bas à droite de l’écran à son nom inscrit en haut et en gros sur les affiches de cinéma, la jeune starlette Peppy Miller deviendra la première grande vedette de ce nouveau type de cinéma, reléguant son aîné au musée des anciennes gloires aujourd’hui au chômage, dépassées et ruinées par le vent du changement, figées dans un cinéma à papa, et dont la reconversion semble impossible face à cette jeune génération montante et qui a déjà pris leur place, jusqu’à les faire oublier, les rayer des mémoires. Malgré les obstacles, George et Peppy parviendront-ils à s’aimer ?

Complicité théâtrale

Le spectateur, lui, est déjà conquis par cette prouesse et ce culot. Réaliser un film muet en noir et blanc à l’époque de la 3D ! Mais le pari est réussi, le contrat plus que rempli par un film qui rend hommage à un certain cinéma sans le plagier ni le pasticher. Un film d’époque, qui reprend ses codes ( panneaux pour les dialogues, musique omniprésente), son ambiance et son charme très « rétro », que n’auraient reniés les grands cinéastes de l’entre-deux guerres. Nous sommes vraiment dans ces années- là. Les acteurs, Jean Dujardin en tête, ont cet humour, cette distance juste ce qu’il faut pour faire croire à cette histoire universelle, datée et très moderne à la fois. Sans se prendre au sérieux, mais en jouant le jeu à fond, en s’investissant complètement dans le projet, ils créent une complicité somme toute très théâtrale avec le spectateur, qui entre en terrain conquis dans la salle car il connaît les ficelles inhérentes à ce type de cinéma mais se laisse malgré tout surprendre et émouvoir par un film qui n’a besoin que de peu d’effets pour éblouir et étonner, tant on oublierait presque que ce film est muet tellement il nous dit de choses !

Film - champagne

Ce film à papa, réalisé à l’ancienne, est un véritable OVNI dans le paysage cinématographique du 21ème siècle, un pont entre deux époques, mais aussi entre deux cinémas, un européen ayant digéré leur glorieux aîné et leur rendant hommage en marchant de façon tout à fait savoureuse sur les plates-bandes du grand cinéma hollywoodien. Les américains, échanges de bons procédés, saluant cette performance en tressant des lauriers au « meilleur film de l’année » (Time magazine) et en multipliant les citations aux Golden Globes, l’antichambre des oscars: 6, dont meilleur film et meilleur acteur. Il est en tête du nombre de nominations.

« The Artist » est un grand film, divertissant au sens le plus noble du terme, et populaire tout en satisfaisant les exigences des cinéphiles les plus critiques. Un bel écrin pour l’explosion de tous les talents, de toutes les folies, de tous les rêves, de tous les possibles. Un film – champagne déjà culte qui redéfinit au final ce qu’est le cinéma en 2011.

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