Le Metroid, une créature mythique du jeu vidéo

La véritable héroïne de la saga "Metroid" n'est pas Samus Aran, mais la créature éponyme qui hante l'identité de la série et la mémoire de nombreux joueurs.

Si les dernières aventures de Samus Aran sur la Wii de Nintendo dans “Metroid Other M” ont été assez bien accueillies par la critique, seuls les joueurs qui ont connu les épisodes 8 et 16 bits, avec comme apothéose le sublime Super Metroid sur Super Nintendo, peuvent lui reprocher son manque d’identité.

Car la saga Metroid c’est avant tout une atmosphère unique dans laquelle le joueur ressent un sentiment de solitude accablant. Cette ambiance oppressante est retranscrite grâce à un level design labyrinthique et une ambiance sonore incomparable dans chaque épisode. Mais c’est surtout grâce aux Metroid que cette série gagne ses galons de monument du jeu vidéo.

Un jeu appelé "Metroid"

Le scénario est classique pour une série d’action dans lequel il faut sauver la galaxie, à un détail près qui fait toute la différence: ce détail s’appelle "Metroid". Peu de jeux vidéo basent leur succés sur le nom d’un organisme extraterrestre ressemblant à une grosse méduse verte. Et pourtant, c’est ce qui fera la légende de la saga.

Dans chaque épisode, c’est bien la confrontation avec les Metroid qui est attendue, redoutée mais terriblement appréciée. C'est une rencontre jubilatoire qui consacre une aventure éprouvante. Car ces créatures flottantes ont la capacité de tuer n’importe quel être vivant en absorbant leur énergie vitale, ce qui se traduit souvent par un “game over” fatal pour le joueur !

L'origine des Metroid

En 1986, le série prend naissance sur Nintendo Entertainment Systeme (NES), sous les mains visionnaires de Gunpei Yokoi, le regretté inventeur de la Game Boy en 1989. Samus Aran, chasseuse de primes, doit infiltrer la planète Zebes, repère des pirates de l’espace. Ces derniers sont parvenus à contrôler les Métroid et veulent s’en servir pour détruire la galaxie.

Cet épisode originel pose les fondements du gameplay de la série Metroid jusqu’à aujourd’hui: des couloirs sombres séparés par des portes qui s’ouvrent en tirant dessus et un monde gigantesque en forme de labyrinthe, dans lequel il est nécessaire de revenir sur ses pas pour découvrir de nouveaux secrets à l’aide de l’armement le plus récent. Bref, c’est un mélange de liberté et de confinement qui gagne le joueur lorsqu'il traverse les zones de Brinstar, Kraid, Norfair et enfin Tourian, ou résident les fameux Metroid.

Si l’aventure demande beaucoup de dextérité et une capacité de mémorisation des lieux impressionnante, c’est bien Tourian et la rencontre avec les premiers Metroid, à la toute fin du jeu, qui en a fait sa légende. Le titre énigmatique du jeu ne se comprend qu’à quelques minutes de la fin et les joueurs de l’époque sont alors marqués à vie.

En quelques secondes, le premier Metroid vient se greffer sur la tête de la pauvre Samus et le joueur ne peut que constater l’inévitable fatalité: les Metroid sont des créatures effrayantes et impitoyables. La peur est retranscrite par la difficulté d’en venir à bout dans une ambiance oppressante inspirée du film Alien. Mais, finalement, le chef des pirates de l’espace, Mother Brain, un cerveau énorme dans un bocal de verre, est annihilé par le joueur soulagé.

Metroid 2, l'épisode de la compassion

Le deuxième épisode est porté sur GameBoy en 1991. Samus doit éradiquer les Metroid de leur planète d’origine, SR388. Le scénario permettait d’espérer une suite, alors que Samus décide d’épargner la toute dernière larve Metroid qui prend notre héroïne pour sa mère.

Cet attachement particulier de Samus envers ce bébé Metroid donne un second souffle au scénario de la saga et au regard du joueur envers ces créatures. Des sentiments nouveaux naissent chez Samus, comme la compassion et l’instinct maternel. L'héroïne s’humanise devenant alors une icône de Nintendo et du jeu vidéo tout aussi importante que Mario ou Link.

Super Metroid ou la consécration des Metroid

L’épisode qui consacre la saga Metroid au panthéon des jeux vidéo, c’est bien Super Métroid. Sorti en 1994 sur Super Nintendo, ce jeu transcende le gameplay originel et l’atmosphère particulière de la série en faisant resurgir la fibre nostalgique des joueurs du premier épisode. On apprend que les Metroid ne sont pas seulement ces créatures mortelles et redoutables car leurs cellules possèdent également des propriétés curatives incroyables.

Cette information change le rapport entretenu entre le joueur et les Metroid. D’abord présentés comme des organismes sans cœur et totalement néfastes, ils s’humanisent dans le deuxième épisode et deviennent un espoir pour la galaxie dans le troisième. Un espoir et une menace pour l'humanité, voici tout le paradoxe entretenu dans Super Metroid.

Une fois le rayon plasma récupéré à Maridia et toutes les zones nettoyées de leurs gardiens respectifs, Samus se rend au nouveau Tourian. Là-bas, elle rencontre la larve Metroid qui a bien grandi, et se sacrifie afin de prodiguer à Samus des pouvoirs extraordinaires pour tuer Mother Brain une nouvelle fois. La mort du dernier Metroid touche particulièrement le joueur, chose encore inimaginable dans l’épisode originel. En effet, grâce à Super Metroid, cet organisme fascinant n'est désormais plus un ennemi mais un symbole.

Comme le cœur des hommes, il représente à la fois le meilleur (compassion, solidarité, sacrifice, source de vie…) et le pire (convoitise, menace, arme de destruction massive, haine, mort…). Sa destinée est à chaque fois contrôlée par les sentiments de ceux qui le convoitent. En outre, le Metroid s'individualise. Ainsi, il semble répondre d’une conscience primitive modulable. Les épisodes suivants tendront à prouver cette théorie, n’accablant pas tous les maux de la galaxie sur ces créatures singulieres, mais laissant progressivement la place à Samus Aran.

La trilogie "Prime", Les Metroid délaissés

La trilogie Metroid Prime est sortie sur Gamecube et Wii de 2002 à 2007. Metroid Prime place le Metroid comme une victime colatérale du Phazon, une substance radioactive mutagène, le transformant en un ennemi redoutable. Mais globalement, les Metroid perdent de leur aura avec les épisodes en 3D, bien que les jeux soient excellents. On arrive à ce paroxysme assez étrange dans lequel Metroid Prime 2 et 3 ne laissent aux Metroid qu’une place insignifiante. Ils ne sont alors que des prétextes à l'atmosphère angoissante, des seconds rôles.

Enfin, l’épisode “Other M” sur Wii se concentre particulièrement sur la personnalité de Samus laissant les Metroids très en retrait. Bien que le scénario les place en grande partie comme des victimes des pirates de l’espace, la fin du jeu tend à révéler un retour aux sources de la série, déshumanisant ces organismes en les comparant à des armes extrêmement dangereuses qu’il faut a tout prix détruire (d'ou le sacrifice du mentor de Samus Aran, Adam Malkovich).

Le cycle se referme, les Metroid retrouvent leur statut d’ennemis effroyables manipulables et Samus celui d’héroïne charismatique de la série. Les Metroid redeviennent alors des chimères fantasmées. Pourtant, c’est bien grâce à eux que la saga a tissé sa légende.

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