Sim City et les mécanismes de gestion d'un jeu vidéo mythique

En 1991, le jeu de gestion urbaine Sim City sur Super Nintendo va convertir de nombreux passionnés grâce à un système de jeu génial. Rétrospective.
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Parmi les jeux qui ont traversé les époques sans perdre de leur aura, Sim City fait incontestablement partie des meilleurs. Bien que la célèbre série de jeu de gestion ait fait ses grands débuts sur PC grâce au talent de son géniteur, Will Wright, la version Super Nintendo est sans doute celle aux mécanismes les plus fascinants.

Des mécanismes de jeu addictifs

Une fois le principe d’équilibre entre zones résidentielles, zones commerciales et zones industrielles assimilé, le hit s’apprécie comme un jeu de construction méticuleux où le concept d’espace prend tout son sens. Ainsi, pour pouvoir espérer dépasser la barre mythique des 500.000 habitants et la récompense suprême de la statue de Mario, il faut optimiser le moindre mètre carré de surface constructible car les cartes proposées ont la particularité d’être ridiculement petites en comparaison avec les standards de la version Sim City 4. La stratégie presque mathématique, du moins géométrique, de la construction et de l’expansion de sa ville obéit alors à des critères basiques mais ô combien addictifs, reposant sur le niveau de la valeur foncière. Explications…

Un système de développement unilatéralement basé sur la valeur foncière

Pour avoir le bonheur de posséder des immeubles et des gratte-ciel les plus densément peuplés du jeu (et les fameuses fusions de blocs juxtaposés), il faut que les zones jouissent de l’attrait d’une valeur foncière élevée (en rouge sur la carte des statistiques). Le jeu prend toute sa dimension puisque, justement, ces espaces à très haute valeur foncière sont extrêmement rares. La moindre trace de pollution, le moindre embouteillage ou bien un taux de criminalité un peu trop élevé vient bouleverser la valeur foncière et ainsi réduire le développement maximal des zones commerciales et résidentielles qui sont sources de nouveaux habitants.

On jongle donc avec un équilibre subtil, dans lequel les subventions font office de jokers salutaires. En effet, ces constructions spéciales (zoos, bibliothèques, parcs, casinos, gares…) donnent un bonus de valeur foncière dans les alentours directs de sa zone de construction. Ajouter à cela que le centre de la carte et les littoraux sont plus propices à de hautes valeurs foncières et la stratégie de construction devient une affaire si obsédante que Sim city en devient alors un jeu légendaire.

Des villes irréalistes pour un jeu de gestion légendaire

Malgré ses graphismes dépassés et ses musiques répétitives, aucun autre jeu de la série n’a pu développer une structure de réflexion aussi complexe dans un environnement de jeu aussi simple (il y a peu de bâtiments différents). Au final, la ville ne ressemble plus à grand-chose une fois l’intégralité des routes remplacées par des rails de chemin de fer pour annihiler une circulation automobile abondante.

Le paysage urbain est alors comparable à un gigantesque damier aux couleurs symétriques et circulaires (industries à la périphérie, puis zones commerciales et enfin résidentielles au centre). C’est sûrement sur cet aspect qu’un tel jeu n’aurait aucune chance de retrouver le succès de nos jours. Les différentes évolutions de la série Sim City vont dans ce sens: le réalisme et la complexité graphique prime sur les mécanismes de gestion. Il suffit de voir Sim City 4 pour s’en convaincre (sans parler de l'atroce Sim City Sociétés).

Cependant, et pour relativiser ces propos, il serait malhonnête de ne pas constater un certain retour aux mécaniques de gestion complexes, dans quelques jeux de ce type, comme Anno 1404 (Related design, 2009) ou bien Cities XL (Monte Cristo, 2009) mais c’est une complexité parfois extrême (aspect social et commerce extérieur...) qui nuit quelque peu au plaisir de constituer des schémas de développement précis et personnels.

Finalement, Sim City sur Super Nintendo reste un jeu atypique, réellement génial, qui a introduit un système de gestion exceptionnel et prenant, pour peu que l’on aime les problèmes de géométrie dans l’espace…

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