Un été avec Coo, un chef d'œuvre au delà des apparences

Film d'animation de Keiichi Hara réalisé en 2007, un été avec Coo (Kappa no kuu to natsu yasumi) fait partie des perles de l'animation japonaise.
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Koichi, un jeune écolier de la banlieue de Tokyo, fait une découverte sensationnelle en revenant chez lui. Il découvre en effet un Kappa, un esprit de l’eau, fossilisé dans un rocher. Bien vite le petit animal monstrueux revient à la vie et la famille de Koichi décide de l’adopter et de le baptiser "Coo".

Coo le Kappa est directement tiré du folklore japonais issu de la tradition bouddhiste et shintoïste. C’est un esprit monstre, un yokai (esprits que l'on rencontre également dans le film d'animation Princesse Mononoké de Miyazaki). Ces formidables créatures suscitent un intérêt extraordinaire dans la société japonaise et cette rencontre fortuite entre Coo et Koichi permet de rapprocher la légende des esprits de l’eau à une réalité fantasmant quotidiennement sur ces monstres.

Au début du film, il est intéressant de noter que les Kappa vivent aux cotés des humains pendant la période Tokugawa (du 17eme siècle au 19eme siècle). On y voit Coo et son père, parlant avec des samouraïs apeurés. Cette scène permet de légitimiser la prépondérance des légendes sur les yokai à notre époque pour leur trouver une explication rationnelle. En effet, la découverte de Coo, bien que surprenante, ne semble pas si extraordinaire ; la famille de Koichi le considère comme un animal sauvage quelconque dont il faut prendre soin. D’ailleurs, il est fascinant de remarquer combien la famille connaît les Kappa et leurs pratiques sociales et culturelles (Ils savent par exemple comment les hydrater en leur versant de l’eau sur la tête…).

On en vient alors à se persuader d’une étrangeté qui fait tout le charme du film : les Kappa existent mais ils sont extrêmement rares et difficiles à dénicher.

Un portrait de la société japonaise et occidentale

Coo sait parler comme les humains et il adopte les coutumes ancestrales de la société japonaise. Ceci confirme que ces esprits sont des représentations fantasmées issues du folklore local. En outre, son sport favori est le sumotori et il adore les poissons crus.

La vie en communauté et le respect des ancêtres est primordiale pour ce petit monstre. Ainsi, pendant le film, Coo cherchera à retrouver les siens dans la campagne japonaise avec l’aide de Koichi.

Malheureusement, le film se fait l’écho d’une société hyper médiatisée où seul le sensationnel et l’étrange attirent l'attention. Les journalistes s’empressent de maltraiter le pauvre Coo afin d’assouvir la curiosité insatiable du public. C’est véritablement un sentiment d’étouffement que l’on ressent face aux hordes de passants envahissant le quartier résidentiel de la famille de Koichi.

Des scènes clefs émotionnellement fortes et violentes

Un été avec Coo est peint de façon réaliste avec des personnages aux proportions soignées vivant dans un monde tout à fait normal. Dans la forme, la douceur des couleurs et l’aspect attachant et naïf de Coo rendent le film drôle et léger. Pourtant, dans le fond il n’en est rien. En effet, quatre scènes clefs viennent volontairement choquer le spectateur s’habituant à une forme de tranquillité émotionnelle au sein de la famille de Koichi.

La première scène concerne la mort atroce et sanglante du père de Coo. Ce dernier, bien que respectueux envers les samouraïs, se fait découper le bras dans un flot de sang traumatisant et devant les larmes de son petit Kappa. La peur des hommes face à l’étrangeté est violemment dénoncée en quelques minutes de prologue qui marque le spectateur et permet en outre d'attiser une forte sympathie envers Coo par la suite.

La deuxième scène clef est la mort de "Chef", le chien de la famille qui sait parler avec Coo par télépathie. Ce brave animal, autrefois battu par son ancien maître, cherche à aider Coo pendant sa fuite des studios de télévision à Tokyo. Il sera lâchement écrasé par deux de ces curieux fanatiques qui poursuivent le Kappa. La mort de "Chef" ramène à la cruelle réalité et à la fragilité de la vie et de celle du petit esprit.

La troisième scène fait suite à la mort de "Chef", lorsque Coo utilise ses pouvoirs cachés pour littéralement exploser un volatile tournant autour du pauvre chien. L’oiseau est lacéré dans une froide gerbe de sang, terrorisant la foule. La peur de voir Coo mourir est alors immense car, comme on l’a vu dans la scène du prologue, les humains qui ont peur ont tendance à tuer pour se rassurer.

La dernière scène forte ne tourne plus autour du thème de la mort mais plutôt à celui de la séparation. L’amie de Koichi, une enfant dont les parents sont séparés, doit déménager le même jour que le départ définitif de Coo. C’est une fille solitaire toujours sujette aux moqueries de ses camarades. Koichi éprouve enfin des remords. En effet, il comprend que son comportement méchant et irrespectueux envers elle ressemble en fait au comportement de la société envers Coo.

Un chef d’œuvre à vivre

Un été avec Coo est un film d’animation fantastique, émouvant et troublant, grâce à des scènes mémorables qui obligent le spectateur à lire cette œuvre sur plusieurs niveaux de réflexion. Car malgré les apparences, on ne peut qu’éprouver de la compassion pour Coo, pour Chef et pour l’amie de Koichi. Au final on apprécie cette aventure sans retenu.

Un chef d’œuvre.

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