2009 : une année mouvementée pour la communication du pape

L'année 2009 a été marquée par trois couacs de communication importants à gérer pour le Vatican et le pape Benoit XVI. Petit retour en arrière.

«Annus horribilis». C’est ainsi que de nombreux observateurs ont qualifié à l’époque l’année 2009, pour le Vatican et Benoit XVI. En effet, ce dernier avait été confronté à trois crises majeures de communication : l’affaire Williamson, l’affaire de Recife et celle du discours sur le préservatif. Rappel des faits.

L’affaire Williamson

En 2009, les ennuis commencent dès le mois de janvier pour le pape et son entourage. Le 21, le Vatican signe un décret (applicable au 24) destiné à lever l’excommunication de quatre évêques traditionnalistes. Or, parmi eux se trouve Mgr Williamson, qui tient, dans une émission de télé suédoise diffusée le même jour (quoiqu’enregistrée en novembre 2008), les propos suivants : «Je crois qu’il n’y a pas eu de chambres à gaz […]. Je pense que 200 000 à 300 000 juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans des chambres à gaz.» Mgr Williamson était déjà connu pour avoir tenu des propos analogues quelques années auparavant.

Aussitôt, c’est le tollé puisque personne ne comprend la décision de réintégrer cet évêque négationniste. Les médias s’emparent du sujet et la polémique enfle très vite. Pour se défendre, le Vatican indiquera dix jours plus tard seulement qu’il n’avait pas connaissance de ces propos au moment de la signature du décret. Ce que peu de monde croit étant donné que certains journaux avaient déjà révélé l’affaire plusieurs jours auparavant. Sans parler du délai de réaction très long, qui sera largement reproché au pape et à ses communicants.

L’affaire de Recife

Les déboires continuent avec une autre affaire, cette fois, au Brésil. Le 05 mars, un évêque, Mgr Sobrinho, annonce l’excommunication de la mère d’une fillette de 9 ans. Motif : elle n’a pas empêché l’avortement (interdit au Brésil) de sa fille, enceinte de jumeaux après avoir été violée par son beau-père. Pour l’évêque, ce n’est que l’application du droit canon qui condamne fortement l’avortement. Les médecins ayant pratiqué celui-ci se voient également excommuniés. Mais pas le beau-père, le viol étant, dans le droit canon, d’une gravité moindre que l’avortement.

Une nouvelle crise de communication surgit puisqu’au Vatican, certains hauts représentants reprochent à l’évêque d’avoir pris une décision un peu rapide, ce dont il se défend. L’Eglise ne parle pas d’une seule voix dans ce dossier. Outre l'émotion soulevée, de nombreux débats s’ouvrent parmi les catholiques eux-mêmes et ailleurs, sur le thème de l’avortement.

Finalement, l’excommunication de la mère sera levée, les autorités estimant qu’elle avait été influencée par des associations locales pro-avortement. Celle des médecins sera néanmoins maintenue.

Dans ce cas, c’est surtout une crise interne de l’Eglise à laquelle on assiste.

Le discours sur le préservatif

L’affaire de Recife est à peine terminée que le pape s’envole pour un voyage de cinq jours en Afrique. Nous sommes le 17 mars. Dans l’avion, le pape se prête au traditionnel exercice de l’interview. A une question sur le sida, acceptée par ses conseillers, Benoit XVI fait la réponse suivante : «Je dirais qu'on ne peut pas vaincre ce problème du sida uniquement avec de l'argent, qui est nécessaire. S'il n'y a pas l'âme, si les Africains ne s'aident pas, on ne peut le résoudre en distribuant des préservatifs. Au contraire, ils augmentent le problème.» Sur le moment, aucun journaliste n’est choqué par ces propos.

Interprétation ? Déformation ? En tout cas, dans les salles de rédaction au sol, on se concentre sur la fin de la phrase prononcée, pour finalement retenir que le pape pense que « le préservatif augmente le problème du sida ».

Une polémique énorme s’ensuit, notamment en France, à quelques jours du Sidaction. Tout le monde y va de sa petite déclaration et le pape est littéralement conspué. Les quelques représentants de l’Eglise qui interviennent dans les médias se perdent le plus souvent dans des détails techniques malheureux. 48 heurs plus tard, la version écrite de la déclaration du pape est diffusée sur le site internet du Vatican, atténuant légèrement ses propos, mais rien n’y fait.

Le pape décidera de ne parler du sujet qu’un an et demi plus tard à travers un ivre sur le sujet (1). Il revient alors sur sa déclaration pour expliquer qu’il avait seulement voulu dire que le préservatif seul ne pouvait régler le problème du sida. Par ailleurs, les déclarations contenues dans cet ouvrage sont considérées comme une avancée importante de l’Eglise sur la question du préservatif.

Finalement, ces trois accidents de communication montrent à l’Eglise que cet exercice n’est pas aisé et peut entraîner de graves conséquences. Professionnaliser les déclarations, comme le suggère Bernard Lecomte (2), et utiliser plus internet et les réseaux sociaux sont sans doute des pistes à étudier.

(1) P SEEWALD (2010), Lumière du monde: Le pape, l'Église et les signes des temps, Bayard

Source :

(2) LECOMTE B (2009), Pourquoi le Pape a mauvaise Presse , Desclée de Brouwer

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