France-Angleterre : les meilleurs ennemis

La rivalité franco-anglaise n'est pas qu'une légende. D'origine historique ou culturelle, elle s'exprime notamment au travers des rencontres sportives.
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On les appelle affectueusement les "Rosbifs". De leur côté, ils aiment à nous qualifier de "Frogs" (Grenouilles). Cet échange de mots doux se passe au-dessus de la Manche entre nous, les Français et nos meilleurs ennemis, les Anglais. Et quoi de mieux qu’une rencontre sportive pour ressortir les bonnes vieilles querelles et raviver les tensions ? Retour sur une opposition légendaire aux accents historiques et culturels.

Une histoire mouvementée

Les relations entre les Français et les Anglais sont animées depuis des siècles par une rivalité presqu’incessante. Rivalité déclenchée ou alimentée par plusieurs évènements historiques marquants.

Le plus important d’entre eux est sans doute l’invasion de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, en 1066. La bataille de Hastings marque le début de la conquête de l’Angleterre, qui, quatre ans plus tard, se retrouve entièrement sous le joug normand. A ce jour, les Anglais n’ont toujours pas digéré cet épisode de notre histoire commune.

Un peu plus tard, c’est Jeanne d’Arc qui s’illustre en tenant tête aux Anglais de façon héroïque. Son rôle à la fin de la guerre de cent ans (1453), quand elle redonne le moral aux troupes françaises contre les Anglais, est toujours très présent dans les livres d’histoire de nos petits écoliers.

Dans cette histoire mouvementée, impossible de passer à côté de Waterloo (1815). C’est le nom de la célèbre bataille au cours de laquelle l’armée de Napoléon 1er fut défaite par une troupe d’alliés principalement composée de Britanniques. Quelques années auparavant (1805), la bataille de Trafalgar avait déjà consacré la victoire des Anglais et des troupes du commandant Nelson contre celles de Napoléon. Les Anglais ne manquent aucune occasion de nous rappeler ces deux évènements.

Autre fait marquant : l’incident de Fachoda , le 18 septembre 1898. Ce sera un évènement important dans les relations entre les deux pays. En effet, cette perte coloniale française en Afrique au profit des Anglais intervient quatre ans seulement avant la signature entre les deux pays de l’Entente Cordiale , le 8 avril 1904. L’expression de "perfide Albion", couramment employée à l’époque par les Français pour qualifier l’Angleterre, indique bien le niveau de tension auquel était arrivé les deux nations. La signature de cette entente annoncait-elle les prémices d'une relation plus apaisée?

Je t’aime, moi non plus

Le XXe siècle devait donc être celui de la réconciliation. Exceptée la bataille de Mers El Kébir , le 3 juillet 1940, les relations entre les deux pays se sont peu à peu détendues. Aujourd’hui cependant, la tension existe toujours. Ainsi, 15% des Français déclarent se méfier de leurs voisins Anglais, comme l’indique Jean Guiffan dans son livre Histoire de l’Anglophobie en France (Ed. Terre de Brume).

Mais cette distanciation n’empêche pas les échanges de population. Ainsi, comme on peut le lire dans cet article de L'Express , nombre d’Anglais s’installent en France et vice-versa. En 2004, Ils n’étaient pas moins de 600 000 Britanniques à posséder en résidence secondaire en France. Dans le même temps, 250 000 Français avaient choisi de s’installer outre-manche, et principalement à Londres. Peut-on alors parler de désamour ?

En tout cas, les clichés restent nombreux. Ainsi, L’Express nous apprend aussi que les Français considèrent les Anglais comme étant hypocrites, mal habillés, et buvant de la bière à outrance. Sans parler de la cuisine, et de la fameuse "sauce la menthe" vécue parfois comme un traumatisme par nombre d’élèves français lors de leur voyage d’étude à Londres. De leur côté, les Anglais voient les Français comme arrogants, sales, infidèles, impolis et toujours en grève…N’en jetez plus.

Et que dire des relations politiques récentes? Par deux fois, en 1963 et 1967, le général de Gaulle s’opposa à l’entrée de l’Agleterre dans l’Europe. Quant à Jacques Chirac, tout le monde se souvient de 2003 et son opposition farouche à la guerre en Irak, dont un des chefs de file n’était autre que…Tony Blair.

Des règlements de compte sur le terrain

Darren Tulett et Serge Simon , dans France Angleterre, un siècle de rivalités sportives (Ed. Prolongations) se sont amusés à regarder à la loupe les confrontations sportives entre les deux pays. Avec beaucoup d’humour, ils dépeignent quelques rencontres ou matchs célèbres et significatifs de cette rivalité légendaire. Et montrent qu’il y a toujours une certaine fierté à sortir vainqueur d’une rencontre avec ses voisins d’outre-manche.

Par exemple, le 27 février denier, lors du "Crunch" (expression utilisée pour nommer les matchs de rugby France-Angleterre du Tournoi des six nations), les Anglais privent les Français d’un Grand Chelem en les battant 17 à 9 à Twickenham. Une autre confrontation parmi les plus célèbres est la demi-finale de la coupe du Monde de Rugby, le 13 octobre 2007, au Stade de France. L’Angleterre bat la France 14 à 9, l’empêchant alors de jouer une finale chez elle.

Il faut aussi parler de l’épisode de l’attribution des JO 2012 à Londres, en 2005, au nez et à la barbe de Paris. A l’époque la déception de Jacques Chirac, président de La République, ainsi que celle de Bertrand Delanoë, maire de Paris, fut énorme.

Autre rencontre, en 2004, cette fois. C’est Zidane qui, lors de la phase éliminatoire de l’Euro de football marque les deux buts victorieux contre les Anglais, qui menaient pourtant 1 à 0 à la mi-temps. Cette défaite amère, nos amis Anglais l’ont toujours en travers de la gorge. Tout comme celle de ce match amical à Wembley, le 10 février 1999. La France l’avait alors emporté 2-0 grâce à deux buts…d’Anelka, aujourd’hui joueur de Chelsea, club de prestige anglais.

Des exemples de ce genre, Darren Tulett et Serge Simon en égrènent tout au long de leur livre. Ponctuant parfois leurs pages de déclaration qui en disent long : "C’est devenu une marque de fabrique, cette incapacité à répondre présent le jour J" (DT) ou encore "Je suis heureux comme tous les Français, d’être en mesure de vous apporter un peu de folie" (SS).

On l’a compris, les tensions entre les deux pays se sont apaisées au fil du temps, même si elles sont toujours présentes. La devise de la Couronne britannique n’en reste pas moins « Dieu et mon droit », en français dans le texte ! Tout espoir est donc permis.

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