">
user_images/207672_fr_photo0009.jpg

GABRIELLE CHAMOULEAU

Publié dans : Les articles Culture de gabrielle chamouleau

La passion suspendue : entretiens avec Marguerite Duras

Les éditions du Seuil publient en janvier 2013 une interview où l'auteur de "l'Amant" se confie en toute liberté à Leopoldina Pandolla della Torre.

Marguerite Duras reçoit le prix Goncourt pour son roman autobiographique L'Amant, en 1985. Trois ans plus tard, alors que ce succès foudroyant l'érige en auteur reconnu mondialement, elle se confie à une jeune journaliste italienne travaillant pour La Stampa,Leopoldina Pallotta della Torre : son enfance, son parcours, son oeuvre, son engagement politique, sa carrière éblouissante, la gloire, ses démons, sa passion pour les hommes, l'écriture et la littérature. Cette longue confession a paru pour la première fois en langue italienne en 1989, aux éditions de la Tartaruga, sous le titre original LaPassione sospesa. Fait inédit : les éditions du Seuil publient cet entretien en janvier 2013, en langue française, taduit et annoté par René Ceccaty.

Des tribunes dans la presse écrite concernant l'affaire Villemin, l'entretien cinéphilique Les yeux verts, avec Serge Daney, Le Bureau de poste de la rue Dupin (un dialogue avec François Mitterand sur l'expérience de l'engagement dans la résistance), La Vie matérielle, recueil de textes intimes rédigés avec l'écrivain-scénariste Jérôme Beaujour... Si les dialogues auxquels Marguerite Duras a collaboré sont nombreux, La Passion suspendue atteint un degré d'intimité qui l'érige en document inédit.

C'est avec une méthode quasi chirurgicale que l'auteur laisse la jeune journaliste scruter son univers social, professionnel, psychologique et relationnel. Jusqu'à livrer, pêle-même, son enfance toxique en Indochine coloniale, son rapport conflictuel à sa mère et à son frère ainé, l'importance de son engagement dans la résistance, aux côtés de son premier époux, Robert Antelme. On apprend que le roman La douleur, rédigé après le retour de ce dernier des camps de la mort, était l'opus qui importait le plus à Duras, contrairement à un collectif de lecteurs et de critiques pour qui Le Ravissement de Lol V. Stein était son meilleur ouvrage.

La Passion suspendue se déploie comme le récit de la vie d'une femme qui prit précocément conscience que tout était, pour elle, "trop tard" : l'écriture, frénétique, à l'image du désir érotique, comme tentative de se sauver de façon paradoxale par l'autodestruction, l'alcoolisme ("je connaissais l'alcool comme on connaît une personne humaine"), une douleur inhérente à la condition féminine de l'époque, contre laquelle elle luttera jusqu'à la fin de sa vie... Et l'hystérie, que l'on retrouve dans chacune des héroïnes de ses romans : "Pendant des années, j'ai eu une vie sociale et la facilité avec laquelle je rencontrais les gens ou je leur parlais se reflétait dans mes livres. Jusqu'à ce que je connaisse un homme, et peu à peu, toute cette mondanité a disparu. C'était un amour violent, très érotique, plus fort que moi, pour la première fois. J'ai même eu envie de me tuer, et ça a changé ma façon même de faire de la littérature : c'était comme découvrir les vides, les trous que j'avais en moi, et de trouver le courage de les dire. La femme de Moderato Cantabile et celle de Hiroshima mon amour, c'était moi : exténuée par cette passion que, ne pouvant me confier par la parole, j'ai décidé d'écrire, presque avec froideur."

Marguerite Duras, La Passion suspendue, entretiens avec leopoldina Pallotta della Torre (Seuil), traduit de l'italien et anoté par René de Ceccaty, 196 pages, 17 euros.

À propos de l'auteur

user_images/207672_fr_photo0009.jpg

GABRIELLE CHAMOULEAU

21 ans, étudie à Paris
  • 12

    Articles
  • 5

    Séries
  • 0

    Abonnés
  • 0

    Abonnements

Poursuivez la discussion!