Black Swan : Natalie Portman est l'étoile de Darren Aronofsky

En offrant à Natalie Portman le rôle qui marquera un tournant dans sa carrière d'actrice, Darren Aronofsky nous livre son film le plus abouti.
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Nina, jeune ballerine évoluant au sein du New York City Ballet, vient d'être choisie par Thomas Leroy, le directeur artistique de la troupe, pour remplacer la danseuse étoile Beth Mcintyre dans une nouvelle création chorégraphique du " Lac des cygnes " . Elle doit être capable d'interpréter le rôle d'Odette, le cygne blanc, symbole de grâce et de candeur, mais aussi celui d'Odile, son double maléfique. Nina incarne Odette à la perfection. L'arrivée de Lily, débordante de machiavélisme et de sensualité, dans cette prestigieuse institution, va lui faire craindre le pire : perdre le rôle qui lui a été confié, ainsi que son innocence.

Un premier rôle exigeant...

Natalie Portman, époustouflante en danseuse étoile schizophrène, a confié, dans une récente interview accordée au journal des Inrockuptibles , avoir tout entrepris, lors du tournage de Black Swan , pour ne pas se laisser submerger par ce rôle qu'elle juge « presque nocif » : «Je suis restée imprégnée par le personnage longtemps après la fin du tournage et je ne m'en suis pas encore complètement séparé. C'était une grande opportunité pour moi mais aussi un rôle extrême, presque nocif (...) dans Black Swan , j'ai dû affronter quelque chose de tout à fait nouveau : l'engagement physique (...) j'ai dû travailler avec tout mon corps car il fallait que je m'exprime par le mouvement. Je devais montrer à quel point Nina est rigide, timide et angoissée au début et comment elle se libère progressivement par la danse. C'était une question de style et de technique ».

Un entraînement de trois heures par jour un an avant le début du tournage. Six mois avant, cinq heures de ballet quotidiens. Puis huit heures, deux mois avant l'échéance. Le résultat, spectaculaire, lui permet de capter la pleine et entière attention su spectateur, au détriment de très bons seconds rôles, endossés respectivement par Vincent Cassel (Thomas Leroy), Mila Kunis (Lily), ou encore Winona Rider (Beth Mcintyre).

La carrière de Natalie Portman s'est vu, jusqu'alors, esquisser sa spécificité au travers de seconds rôles marquants, par lesquels elle parvenait souvent à évincer ses partenaires dans des productions plus ou moins indépendantes, telles que My Bluberry Nights ( de Wong Kar-wai), Retour à Cold Mountain (Anthony Minghella), Garden State (Zach Braff), ou encore l'hypnotique court métrage Hotel Chevalier (de Wes Anderson). Elle avait obtenu, en 2005, le Golden Globe de la meilleure actrice dans un second rôle pour sa prestation du personnage d'Alice dans le Closer, entre adultes consentants de Mike Nichols, sans remporter, par la suite, d'oscar. La voilà, cette année, récompensée du même titre, dans la catégorie supérieure. Elle est actuellement en lice pour la course à l'oscar de la meilleure actrice dans un premier rôle. Le cheminement de Nina, dans Black Swan, pourrait bien s'ériger en une illustration de son propre parcours de comédienne...

...Pour un film ambitieux

La filmographie de Darren Aronofsky illustre, avec des œuvres telles que The Foutain _relatant une histoire d'amour établie sur trois périodes différentes_ou Requiem for a Dream _un des films les plus marquants de la dernière décennie, retraçant la décadence mentale et physique de quatre êtres humains victimes des ravages de la drogue_, son désir d'exploiter les rouages du registre fantastique pour tenter de dépeindre des personnages en perdition. Cette tonalité est, avec Black Swan , poussée au paroxysme, et ce, grâce au déploiement d'une intrigue d'abord ancrée dans un environnement au réalisme sidérant. En effet, les amateurs de danse académique auront beau apprécier le travail chorégraphique fourni par Benjamin Millepied_danseur et chorégraphe français originaire du Conservatoire de danse de Lyon, et actuellement établi au New York City Ballet dans le domaine de la danse contemporaine_dans la nouvelle version du " Lac des cygnes " dont il est question dans le film, Darren Aronofsky a choisi d'explorer plus particulièrement les tréfonds du quotidien d'une troupe de danse, en dehors de la scène, dans sa cruauté et son inhumanité. Par conséquent, les automutilations que Nina semble s'infliger résonnent comme une métaphore de la carrière de toute danseuse étoile dont le cheminement artistique est voué à frôler le vertige et la folie.

C'est bel et bien dans cet univers hautement prosaïque que le registre fantastique va pouvoir, via les représentations, à l'écran, de la mutation du corps de l'héroïne, faire irruption, afin de rendre pleinement compte de la pathologie psychotique de notre jeune étoile. Clint Mansell, qui a composé la musique de tous les films d' Aronofsky, a d'ailleurs réussi à livrer ici un équivalent musical de la chute de Nina, avec des morceaux qui, en partant souvent des célèbres mélodies de Tchaïkovsky, rendent compte des transports qui affectent son psychisme.

Black Swan est incontestablement le film le plus abouti de Darren Aronofsky, dans son aspiration à fournir, par la création de cet univers alliant si habilement des registres antinomiques, le portrait d'une déficience mentale.

Il figure également dans la liste des œuvres nommées aux oscars, en tant que meilleur film.

Un enjeu crucial, et similaire, pour la carrière de ce cinéaste, comme pour celle de Natalie Portman. C'est ce qui explique sans nul doute l'osmose qui a pu les lier, durant le tournage de Black Swan , et dont l'actrice fait alors mention : « C'est l'expérience la plus enrichissante et stimulante que j'ai jamais eue en tant que comédienne. Entre autre parce que ma relation avec Darren Aronofsky était presque télépathique. Ce niveau de communication entre acteur et réalisateur demeure très rare. Je ne l'ai jamais eu avec un autre cinéaste ».

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