Le "Big One", le séisme qui menace la Californie

La Californie est une région sismique très active. Les experts prédisent qu'un tremblement de terre majeur surviendra dans les 30 prochaines années.
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Tous les scientifiques le disent depuis des dizaines d’année : la Californie, région sismique particulièrement active, est menacée par ce que les Américains appellent le « Big One ». Il s’agit d’un tremblement de terre d’une grande violence dont on prédit qu’il provoquera la mort de milliers de personnes et instaurera le chaos dans la ou les grandes villes californiennes qui seront touchées. Les spécialistes prédisent qu'il pourrait arriver n’importe quand durant les trente prochaines années.

Les grands tremblements de terre californiens: 1906 et 1989

Les tremblements de terre violents et destructeurs font malheureusement partie de l’histoire de la Californie, et notamment de la région de la baie de San Francisco. Le plus violent d’entre tous, qui a marqué la mémoire collective de la ville, est celui de 1906.

Il est 5h30 du matin en ce mercredi 18 avril 1906 lorsqu’un séisme d’une magnitude de 8,2 sur l’échelle de Richter frappe San Francisco. Le séisme provoque des incendies qui se propagent à toute vitesse à travers les maisons de bois si typiques de la ville. Sur les 250 000 habitants qui peuplent San Francisco, 3000 trouveront la mort, et les survivants vivront plusieurs semaines d’enfer dans une ville en ruine.

Le 17 octobre 1989 à 17h, alors que les San Franciscains savourent l’été et attendent quelques minutes plus tard le coup d’envoi de la finale du Super Bowl, un tremblement de terre d’une magnitude de 7,1 fait trembler une nouvelle fois la ville. Les caméras qui étaient prêtent à filmer la rencontre sportive filment le tremblement de terre pratiquement en direct. Des millions de Californiens voient en temps réel, sur leurs écrans de télévision, le pont qui relie San Francisco à Oakland s’écrouler en quelques minutes. Ils assistent, horrifiés, à la chute dans la baie des automobilistes pris au piège sur le pont. 63 personnes trouvent la mort, près de 4000 autres sont blessées et les dégâts coûtent à l’Etat près de 6 milliards de dollars.

Depuis cette catastrophe, les lois ont été modifiées et obligent les constructeurs, ainsi que les particuliers, à concevoir leurs bâtiments selon des normes antisismiques très strictes. De nombreux bâtiments qui ont résisté au tremblement de terre de 1989 ont été remis aux normes, ou « retrofitted », c’est à dire solidifiés à l’aide de gigantesques barres de fer disposées en forme de croix qui traversent les façades et que l’ont peut observer sur de nombreux bâtiments californiens.

La faille de San Andreas

Si la Californie est une région sismique si sensible, c’est parce qu’elle est traversée d’un bout à l’autre par la gigantesque et très active faille de San Andreas . Cette dernière provoque chaque année pas moins de 200 séismes dont la plupart sont heureusement à peine ressentis par les habitants.

La faille de San Andreas est la plus importante d’un énorme système de failles mesurant 1300 kilomètres de long pour 140 kilomètres de large. Elle pourrait provoquer des séismes de très grande ampleur au sein des villes les plus peuplées de Californie: San Francisco, Berkeley, Sacramento, San Diego ou encore Los Angeles.

Une autre faille faisant partie du même système et qui inquiète tout autant les sismologues est celle dite de « Hayward ». Parfaitement parallèle à celle de San Andreas, la faille de Hayward traverse notamment la ville d’Oakland en plein milieu. Située à l’Est de San Francisco, Oakland est l’une des plus grosses villes de Californie, et est surtout connue pour sa population pauvre et ses bâtiments fragiles qui ne répondent pas aux normes antisismiques. Un séisme majeur dans cette ville serait donc totalement dévastateur.

Quels sont les risques et les prédictions des scientifiques?

L’organisme de référence aux Etats-Unis en matière d’analyse d’activité sismique et d’évaluation des risques est l' USGS (U.S Geological Survey), un centre de recherche spécialisé dans la prévention et l’étude des catastrophes naturelles. Ses prédictions font froid dans le dos et concernent notamment la région de Los Angeles qui aurait 99,7 % de chances d’être frappée par un séisme de grande ampleur (entre 6,7 et 7,7 de magnitude) dans des zones très peuplées durant les 30 prochaines années.

La California’s Emergency Management Agency (CEMA) a produit une simulation très précise des conséquences qu’aurait un séisme de magnitude 7,8 sur Los Angeles. Kelly Huston, qui travaille pour cette agence, en dresse le portrait suivant : « Vous verriez des bâtiments et des routes s’écrouler, des gens pris au piège, vous verriez de la destruction de masse, un territoire dévasté. Les prédictions sont de 2000 morts, 50 000 blessés et 200 000 milliards de dollars de dommages pour la région de Los Angeles ». San Francisco et San Diego pourraient voir des scénarios similaires se réaliser, sans oublier les risques de tsunami après une grosse secousse. Ces prédictions concernent des tremblements de terre jusqu’à 7,8 de magnitude. Imaginez seulement ce qui se passerait si le séisme dépassait 8 de magnitude, ce qui est moins probable, mais pas impossible selon les scientifiques de l'USGS.

La « culture du séisme » en Californie

Toutes les grandes villes de Californie qui se trouvent proches de la faille de San Andreas sont en alerte. Des sites Internet spécialisés comme Quake Prediction transmettent toutes les informations en temps réel sur la totalité de l’activité sismique de la région. La moindre secousse est analysée puis rentrée dans un logiciel qui calcule le risque quotidien, en pourcentages, qu’une secousse se produise en Californie, ainsi que sa puissance.

Dès la maternelle, les petits Californiens s’entraînent à l’école dans le cadre « d’alertes séisme » au cours desquelles on leur enseigne la bonne attitude à avoir si un tremblement de terre survient. S'ils se trouvent dans la rue au moment du séisme, il leur est recommandé de s’éloigner le plus possible des immeubles. S'ils se trouvent dans un bâtiment, ils doivent s’éloigner des fenêtres et se cacher sous une table en protégeant leur tête à l’aide de leurs mains. Tous ces gestes sont reproduits inlassablement et plusieurs fois par an dans les écoles à travers tout l’Etat.

Pour les adultes, les villes et des organismes spécialisés comme la Bay Area Earthquake Alliance dispensent des formations et des conseils pour aider les gens à se préparer à avoir les bons gestes en cas de séisme majeur, mais aussi à anticiper ces phénomènes en faisant par exemple des provisions pour leurs familles.

Une population sensibilisée mais pas assez préparée, selon les spécialistes

Malgré toute cette « culture du séisme » qui existe bel et bien en Californie, les experts estiment qu’une grande majorité de la population n’est pas suffisamment préparée à affronter le Big One lorsqu’il surviendra. Et c’est surtout « l’après séisme » qui les inquiète. Jose Restrepo, professeur à l’université de San Diego, est un ingénieur spécialisé dans les infrastructures sismiques.

Il explique dans cet article que l’Etat de Californie et ses habitants devraient se préparer beaucoup plus sérieusement à un séisme violent. Selon lui, « la majorité de la population n’est pas préparée et ne comprend pas l’ampleur de la tragédie qui l’attend. Même s'ils ont été sensibilisés aux risques, ils n’ont pas compris que chacun devra être capable de survivre par lui-même pendant au moins 72 heures sans aucune aide extérieure. Ils s’imaginent que l’armée sera sur les lieux en quelques heures, mais c’est un mythe ». Ce qui l’inquiète le plus, se sont les réserves d’eau : « Vous devez avoir de l’eau. L’eau est l’élément le plus vital et il est très probable qu’il faudra plusieurs jours avant que l’eau courante ne soit à nouveau disponible en ville. Il faut prévoir trois litres par jour et par personne. Pour la nourriture, il faut des aliments secs ».

Pour le moment, le sentiment des experts comme Kelly Huston, du CEMA , est que les Californiens raisonnent plutôt selon le mode du « on sait que ça va arriver, c’est inévitable, alors laissons ça de côté pour le moment et on verra bien une fois le moment venu ».

D’autres, comme Amir, rencontré à Berkeley durant l’été 2010, prennent ça avec philosophie et expliquent : « En Californie, nous n’avons pas d’inondations, pas de tornades. Nous avons du soleil, une nature magnifique, une vie très agréable, le seul désavantage, ce sont les séismes. Alors on peut bien vivre avec ».

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