Les textiles sacrés d'Indonésie

Les textiles indonésiens sont représentatifs de la diversité culturelle de l'actuelle République d'Indonésie au travers de ces rites ancestraux.

Leurs usages et leurs coutumes

Les textiles sacrés sont portés par le défunt lors cérémonies comme les funérailles. Il s’agit de textiles identitaires qui sont confectionnés pour être reconnus dans l’au delà par leurs ancêtres. Cette cérémonie très importante pour les indonésiens marque la fin de la vie physique et le passage du monde des vivants à celui des ancêtres. Parmi ces textiles sacrés, les plus connus sont les « sarong », pièces rectangulaires cousues ensemble qui peuvent être conservés pieusement après avoir été tissés, les bannières de cérémonies funéraires, les « hinggi et selimut », grandes pièces de tissus enterrées avec le défunt, les « lampung », tissus qui ornent la maison du chef du village et confère la solennité nécessaire à la cérémonie et les « tampans », panneaux de tissus décoratifs à caractère symbolique, échangés à l’occasion des rites de passage. Certains textiles servent aussi de costumes portés par les hommes et les femmes suivant la coutume locale. Ils sont régis par des règles vestimentaires très strictes qui varient selon les ethnies et les régions. Ils indiquent par leur facture et leurs motifs, le rang social de celui qui les porte, l’origine géographique, ethnique ou clanique.

Le symbolisme des décors

En raison de leur fonction cérémonielle, les textiles ne sont pas décorés au hasard. Il existe une tradition du symbolisme et de l’art décoratif qui puise ses racines souvent très loin dans le passé. Les sociétés archaïques décorent leurs artefacts de motifs anthropomorphes, de représentations d’animaux sauvages, domestiques ou mythiques. D’autres motifs en relation avec les éléments naturels ou la vie spirituelle sont également courants, tels que l’arbre de vie, la barque rituelle, la maison ou les motifs floraux. La stylisation peut être aussi très abstraite et il n’est pas toujours aisé d’en distinguer les motifs symboliques. L’origine d’une partie des motifs est puisée dans l’héritage néolithique : l’hindouisme et le bouddhisme ont eu une certaine influence. Le motif floral indien appelé le « patola » est couramment représenté dans la production de textile artisanale de l’archipel. Des emprunts aux arts décoratifs européens pendant l’époque des colonies sont présents dans les motifs des textiles : des représentations de soldats portugais ou de voiliers ou les motifs foraux et animaux tels que les paons, la colombe ou le lion héraldique. L’influence chinoise a été très forte aussi sur la côte nord de Java, à Sumatra et Sulawesi. Les motifs les plus communs sont les dragons et les serpents qu’on appelle « naga ».

La fabrication des textiles sacrés : le rôle du tissage chez les peuples indonésiens

Pour réaliser des textiles et des motifs colorés, les indonésiennes avaient recourt à la teinture à réserves ligaturées sur fils non teints appelé aussi procédé « ikat », Il s’agit d’une méthode de teinture appliquée sur des écheveaux de fils tendus sur des cadres, groupés et ligaturés puis teints selon un dessin avant d’être tissés.

Le tissage est une activité dont le fondement est quasi rituel voir religieux et appartient à ce titre aux mécanismes profonds des communautés traditionnelles. La production des textiles sacrés répond à des règles précises et remplit une fonction sociale essentielle. Contrairement à ce que l’on observe en Inde, ce ne sont pratiquement que les femmes qui tissent et teignent les tissus en Indonésie. Les méthodes de décoration et de tissage pratiquées requièrent beaucoup de temps. La production de ces tissus ne constitue en rien une activité économique, elle ne rapporte aucune valeur monétaire. Le tissage est un facteur d’intégration de l’individu à la vie communautaire traditionnelle. Il représente lui-même un rite de passage ou en constitue la préparation. Dans certaines régions d’Indonésie, chaque maison a son métier à tisser où on peut y voir jusqu’à trois générations de femmes susceptibles d’y travailler. Les motifs représentés par le tissage de l’ikat sont porteurs de messages et renvoient à des évènements essentiels de la vie d’un ancêtre.

Aujourd’hui, plusieurs facteurs immergents pourraient bien menacer la production des textiles sacrés d’Indonésie. Outre l’industrie grandissante et la mondialisation qui pourrait apporter des facilités dans le travail du tissage et donc faire disparaître un savoir faire traditionnel et ancestrale, il faut aussi prendre en compte un facteur religieux. La conversion progressive de certaines populations au christianisme pourrait bel et bien éteindre la religion ancestrale et la faire tomber dans l’oubli. Les textiles sacrés n’auront donc plus de raison d’être et nous pourrions perdre ainsi un de nos plus beaux patrimoine culturel mondial.

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