Karachi : les dessous d'une affaire politico-financière

À l'heure où les investigations sont relancées, il est temps de revenir sur les circonstances de l'affaire Karachi. Voici les grandes étapes du dossier.

À la fin de l'année 1992, l'affaire Karachi voit le jour. Le ministère de la Défense souhaite convaincre le Pakistan d'acheter des sous-marins français plutôt qu'allemands. François Léotard, ministre de la Défense sous le gouvernement Balladur, ainsi que son homologue pakistanais, signent en 1994, le premier contrat visant à fournir trois sous-marins au Pakistan. Afin de faciliter cette accord, la Société française d'exportation de matériel militaire et aéronautique (Sofma) verse des commissions représentant 6,25% du montant du contrat. Ces versements ont continué jusqu'en 2001, une information révélée dans le journal Libération. À l'époque des faits, les commissions sur les contrats d'armement étaient parfaitement légales. Toujours la même année, deux nouveaux intermédiaires font leur apparition : Ziad Takkiedine et Abdul Rahman el-Assir qui représentent la société off-shore, Mercor France. C'est le directeur de cabinet de François Léotard, Renaud Donnedieu de Vabres, qui en serait l'investigateur. De nouvelles commissions ont été versées à hauteur de 4% du contrat.

L'arrivée de Jacques Chirac à l'Elysée change la donne

En 1995, Jacques Chirac souhaite tirer un trait sur ces pratiques. C'est par le biais de son ministre de la Défense, Charles Millon, qu'il enquête sur ces fameuses commissions. Début 1996, Jacques Chirac ordonne la suspension des commissions accordées à Mercor.

En 2009, des témoins dénoncent l'existence de rétro commissions. Une partie des versement au réseau Takieddine aurait financé la campagne d'Édouard Balladur pour l'élection présidentielle de 1995, à hauteur de 10,25 millions de francs. En avril 2010, Libération confirmait cette information.

L'attentat, le début d'une affaire politico-financière

Le 8 mai 2002, un attentat à Karachi fait 14 morts, dont 11 français employés de la Direction des constructions navales (DCN). La piste islamiste est dans un premier temps évoquée. C'est seulement en 2007 que les juges antiterroristes Marc Trévidic et Yves Jannier suivent l'affaire et déclarent aux familles des victimes qu'une piste politico-financière semble logique. Cette version est qualifiée de "grotesque" par Nicolas Sarkozy. Cependant devant les réclamations des familles, il promet que "l'État aidera la justice en communiquant tous les documents".

Plusieurs personnalités politiques sont éclaboussées par l'affaire. Le juge Renaud Van Ruymbeke auditionne l'ancien PDG de la société chargée de négocier les contrats d'armement (Sofresa). Michel Mazens affirme que Jacques Chirac et Dominique de Villepin sont impliqués dans la suppression des versements de commissions au Pakistan sans en avoir mesuré les risques.

Le pouvoir mis à mal

Aujourd'hui le nom de l'actuel président de la République est cité. En effet, Nicolas Sarkozy était ministre du Budget à l'époque des faits. Le chef de l'Etat dénonce "une polémique qui n'a pas lieu d'être". Il assure que l'Etat communiquera tous les documents sur ce dossier "en temps et en heure". Alain Juppé, ministre de la Défense, déclare que "les documents qui pourraient intéresser les juges seront déclassifiés". Quant aux Premier ministre, il ne souhaite pas autoriser la perquisition des locaux de la DGSE. "La déclassification temporaire de tout ou partie des locaux de la DGSE ne peut recueillir mon accord", a déclaré François Fillon. Actuellement quatre enquêtes sont ouvertes. Le juge Renaud Van Ruymbeke s'occupe des plaintes pour "corruption" et "délit d'entrave". Les familles des victimes, elles, attendent toujours la vérité. Selon Alain Juppé, "aucune preuve n'existe attestant de l'existence d'un lien entre l'attentat de Karachi et l'interruption décidée par Jacques Chirac, du versement des commissions".

Géraldine De Oliveira

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