"I saw the devil" ("J'ai rencontré le diable"), de Kim Jee-woon

Ce film coréen sortira enfin en France le 6 juillet 2011. Voici un article pour mieux comprendre pourquoi ce film va très loin.

Attention, quelques dévoilements que certains pourront juger « de trop ».

Le personnage principal de ce film entreprend une traque contre le tueur en série responsable de la mort de sa femme. Il se fait aider par son beau-père pour établir une liste des suspects, les met à l’épreuve les uns après les autres, et rencontre enfin le coupable. Bien sûr, à force de regarder l’enfer, il n’est pas loin d’y plonger. La monstruosité est dangereusement contagieuse. Mais que nous dit le film au-delà de la question du monstre ? Il nous parle des méthodes terribles de la vengeance, et de l’impossibilité de renvoyer à l’agresseur la démesure de son geste.

La vengeance et le deuil

Dans I saw the devil , le deuil et la vengeance sont un seul et même problème. Le mari ne parvient pas à assimiler l’horreur qui a eu lieu. Dans un premier temps il ne pleure pas, ne hurle pas mais encaisse, sonné. Autrement dit, le deuil est encore impossible. Quelle résolution ?

D’abord, la surenchère. Nous sommes bel et bien dans un film d’horreur (comme le confirme l’interdiction aux moins de 16 ans), et, dès leur première rencontre, le tueur en série et le mari rageur ne s’épargnent rien. A chacune de leurs retrouvailles, les coups empirent. Le criminel en sort de plus en plus amoché, le vengeur presque intact. Ni marques, ni grimaces, ni larmes : le « héros » est encore la figure lisse sur laquelle, du moins visuellement, le mal ne prend pas.

Se venge-t-on du diable ?

Passons les péripéties. A la fin du film, le vengeur cherche avant tout à éviter que le criminel ne tombe dans les mains de la police. Nous imaginons bien l’alternative qui se présente au mari : ou bien, comme Batman dans The dark knight, il laisse le mal flotter, et reste un fugitif. Ou bien il veut en finir. Dans tous les cas le mal, dans I saw the devil , rappelle le joker joué par Heath Ledger, narguant à la fois les policiers et le justicier. Il est intraitable et sa mort même représente, dans un détour, son triomphe.

Le vengeur met au point un étrange stratagème. Il a compris que sa souffrance ne pouvait être vengée par la souffrance du criminel, mais seulement par la souffrance de l’entourage. Puisqu’il souffre de la mort de sa femme, il ne trouve de consolation que dans la souffrance des proches du criminel.

Le casque : médiatiser l’horreur.

Lui s’en va et écoute la fin de l’histoire, qu’il a provoquée, dans ses oreilles. Tout au long du film, en effet, il se ballade avec ses écouteurs qui lui permettent d’entendre les faits et gestes du criminel. L’horreur est au moins autant auditive que visuelle, c'est pourquoi le mari ne peut être consolé que par les oreilles.

Lorsqu’il a commis l’horreur, il éclate en sanglots, se courbe de douleur : la souffrance physique arrive enfin en lui. Souffrant parce qu’humain, il n’est vengé du mal que par l’intermédiaire d’autres humains.

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